Belfort : ce que l'on sait de l'agression d'un jeune homme le jour de Noël

Le jeune homme de 20 ans affirme avoir été agressé pour avoir fêté Noël alors qu'il est musulman et parce qu'il est fils de policiers. Le procureur de la République, lui, détaille une version bien différente. 

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France Télévisions
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Le commissariat de police de Belfort (Territoire de Belfort), le 24 janvier 2014 (illustration). (SEBASTIEN BOZON / AFP)

L'affaire connaît de nouveaux rebondissements. Un jeune Belfortain, âgé de 20 ans, a déposé plainte après avoir été agressé parce qu'il aurait publié sur les réseaux sociaux des photos le montrant en train de fêter Noël, comme l'a appris franceinfo de source policière dimanche 27 décembre. Selon ses déclarations, il aurait été pris pour cible parce qu'il est de confession musulmane et fils de policiers. "Il est tombé dans un guet-apens", a affirmé dimanche la mère du jeune homme sur France 3.

De son côté, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a réagi sur Twitter dès samedi : "A Belfort, un jeune homme agressé parce qu'il aurait fêté Noël et ne serait pas un 'bon Arabe'. Circonstance 'aggravante' : être fils de policiers. La justice a ouvert une enquête. Pas de place pour le séparatisme dans notre pays, pas de place pour le racisme d'où qu'il vienne." Mais un communiqué de la cour d'appel de Besançon, du tribunal judiciaire de Belfort et du parquet, publié lundi 28 décembre, donne une version bien différente. Ses auteurs déplorent d'ailleurs que l'incident ait fait l'objet d'"informations parcellaires ou inexactes susceptibles d'engendrer un trouble à l'ordre public au regard de leur particulière médiatisation et des réactions exacerbées qui en sont la conséquence, y compris de la part de personnalités politiques et organisations syndicales."

Un message menaçant reçu sur Snapchat

L'affaire commence avec la diffusion d'une photo. Le jeune homme, beau-fils d'un policier affecté au groupe d'appui judiciaire (GAJ) de la circonscription de sécurité publique (CSP) locale et fils d'une policière, affectée au commissariat de Mulhouse, diffuse sur le réseau Snapchat une photo de l'assiette de son repas de Noël, ont appris franceinfo et France Télévisions de source policière, dimanche. 

Un de ses contacts, âgé de 18 ans, lui aurait alors demandé s'il fêtait Noël, "sans allusion à une éventuelle pratique religieuse", précise le communiqué de la cour d'appel de Besançon, du tribunal judiciaire de Belfort et du parquet. 

La conversation aurait dégénéré d'invectives en injures avec, notamment, l'échange suivant : "J'vais te montrer c'est quoi un vrai rebeu" (arabe en verlan), est-il indiqué dans le communiqué. Le plaignant aurait répondu : "Mais on va voir en face si t'assumes tes paroles là comme un homme." Un rendez-vous est alors fixé. 

Le jeune homme est violemment frappé par plusieurs personnes

Le plaignant s'y rend avec "deux voire trois personnes", selon le communiqué de presse. Le contact est quant à lui accompagné de deux frères – âgés de 18 et 20 ans – et d'une troisième personne.

"Après un bref échange entre le plaignant et le contact, les deux frères et le plaignant se sont trouvés impliqués dans une rixe. Les auditions du plaignant et du contact laissent penser que le premier coup a été porté par l'un des frères", est-il précisé dans le communiqué. Les frères affirment, eux, que le premier coup a été porté par le plaignant et qu'il a été esquivé par l'un d'eux. L'autre aurait alors répondu par un coup de poing au visage. 

Le plaignant s'est retrouvé au sol et a alors reçu de nouveaux coups, "occasionnant des dermabrasions au niveau du dos et une plaie au nez, sans fracture. Aucun certificat médical fixant une ITT n'a été produit en procédure, le quantum de 4 jours d'ITT évoqué dimanche 27 décembre en soirée par l'AFP n'étant pas confirmé", détaille le parquet. 

Le motif des violences est incertain

"Quand il est rentré, il était ensanglanté et en pleurs", a déclaré la mère de la victime à France 3"Il est tombé dans un guet-apens", affirme-t-elle. 

"Le plaignant s'est délibérément présenté au rendez-vous pour régler ses problèmes 'comme un homme'. Il n'est donc pas permis d'affirmer qu'il serait tombé dans un guet-apens", indique le parquet.

De plus, "il apparaît au terme de quatre journées d'enquête que la seule référence avérée à la profession de policier est celle figurant dans l'échange de messages. Elle ne semble pas avoir d'autre signification que celle de demander à l'intéressé quelle autre qualité il pourrait revendiquer en dehors de celle de fils de policier ('mais à part ça t'es qui ?'). Il ne peut donc être affirmé que la qualité de fils de policier serait à l'origine des violences ou en aurait été un élément déterminant", peut-on lire dans le communiqué.

Le parquet revient également sur les accusations de racisme : "S'agissant de la seule injure à caractère racial mise en évidence ('sale Blanc de merde'), son auteur ne peut être formellement identifié à ce stade de la procédure dès lors que le contact titulaire du compte [Snapchat] affirme qu'il était alors utilisé par l'un des frères, ce que ceux-ci contestent, et que le plaignant a affirmé puis confirmé ne pas avoir reconnu son contact au travers des propos employés."

"Il n'est par ailleurs nullement établi qu'aurait été expressément reproché à une personne de confession musulmane de célébrer la fête chrétienne de Noël, poursuit le communiqué, les frères expliquant en outre célébrer eux-mêmes Noël comme une 'fête de famille' sans connotation religieuse."  Il avance cette hypothèse : "Le déchaînement verbal puis le rendez-vous fixé semblent davantage relever d'une question d'ego, le plaignant estimant que son contact, moins âgé que lui, lui avait manqué de respect, et non pas d'une volonté d'imposer à autrui des convictions religieuses."

La mise en examen des deux frères va être requise

Le contact s'est librement présenté au commissariat de police de Belfort dans la soirée du 25 décembre et a été placé en garde à vue, précise le parquet. Il a été remis en liberté dimanche, en fin d'après-midi. "Les deux frères ont été placés en garde à vue dimanche 27 décembre en matinée après s'être librement présentés", est-il aussi précisé. 

Un des accompagnants du plaignant s'est aussi spontanément présenté aux enquêteurs dimanche. "Après avoir exposé une version très proche de celle livrée dans la presse par ledit proche parent, ce témoin a été placé face aux contradictions existant entre ses déclarations et celles des autres protagonistes, y compris celles du plaignant. Le témoin a reconnu avoir menti sur le nombre de personnes ayant porté des coups, maintenant toutefois avoir entendu des insultes notamment en relation avec la profession de policier."

Les investigations vont se poursuivre avec l'ouverture d'une information judiciaire, lundi, "afin notamment d'identifier le second accompagnant du plaignant et de l'éventuel troisième, le troisième accompagnant du contact et le réel interlocuteur du plaignant à l'occasion de l'échange de messages, de confirmer les circonstances de déclenchement de la rixe et de fixer l'éventuelle ITT consécutive aux faits".

La mise en examen des deux frères du "chef de violence en réunion n'ayant pas entraîné d'incapacité" sera requise, tout comme leur placement sous contrôle judiciaire. "Le magistrat instructeur sera également saisi contre X du chef d'injure publique en raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique s'agissant des propos 'sale Blanc de merde'".

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