Lutte contre les incendies : Airbus veut répondre à "un besoin malheureusement croissant" en transformant son A400M en bombardier d'eau

La transformation sera rapide, selon Jean-Brice Dumont, grâce à un "kit roll-on, roll-off" dont le but est "de faire entrer rapidement la citerne dans l'avion et de l'arrimer, et de pouvoir l'enlever très rapidement pour retransformer l'avion dans son rôle militaire".

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Radio France
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Airbus veut aider à lutter contre les incendies en transformant son A400M en bombardier d'eau, grâce à un kit. Image d'illustration. (SILAS STEIN / DPA VIA AFP)

Airbus veut répondre à "un besoin malheureusement croissant" avec son kit pour transformer ses avions de transport militaire A400M en bombardiers d'eau afin de lutter contre les incendies, explique le responsable du programme militaire d’Airbus Jean-Brice Dumont, mardi 26 juillet sur franceinfo. Ces avions viendront "en complétement" des Canadairs.

francienfo : Vous venez de tester la semaine dernière un A400M modifié. L'idée, c'est de transformer cet avion de transport militaire en bombardier d'eau. Comment est-ce possible ?

Jean-Brice Dumont : C'est un avion qui a été conçu pour emmener des charges, pour emmener des militaires, pour emmener des parachutistes, pour ravitailler des avions en vol, des avions de chasse ou d'autres avions de transport. Et ce faisant, il a une très grosse charge marchande, il peut transporter jusqu'à 37 tonnes à des distances allant jusqu'à 9 000 km. Donc, c'est un très bon avion et un très bon potentiel pour le transformer en avion qui largue de l'eau. Nos ingénieurs ont eu l'idée d'installer une espèce de grosse citerne, comme on en voit sur les camions, qui contient 20 tonnes d'eau et à l'arrière de laquelle deux gros tuyaux sortent par la porte arrière qu'on appelle la rampe de l'avion, celle par laquelle on peut larguer des charges, par laquelle les parachutistes peuvent sauter. Et là, en l'occurrence, ce sont deux gros tuyaux qui lâchent ces fameuses 20 tonnes d'eau en une dizaine de secondes.

La transformation est-elle rapide ?

C'est un de nos objectifs. On a voulu quelque chose qui, sur un avion très polyvalent, permette de le transformer rapidement. Je ne pourrai pas forcément vous donner un temps de transformation, mais on a appelé notre kit "roll-on, roll-off", c'est-à-dire que le but, c'est de faire entrer rapidement la citerne dans l'avion et de l'arrimer, et de pouvoir l'enlever très rapidement pour retransformer l'avion dans son rôle militaire. Quand on voit ce qui se passe et on l'a vu très récemment en France, quand on voit la chaleur de nos étés, l'intérêt c'est de pouvoir transformer très rapidement l'avion dans une version de lutte anti-incendie, sans avoir à trop anticiper.

Pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt ?

Il y a deux raisons pour cela. L'appareil était ces dernières années en développement et il a fallu atteindre un certain niveau de maturité de l'appareil pour sortir ce dossier qui était déjà dans nos tiroirs. Il faut aussi reconnaître que la chaleur des étés et la quantité d'incendies observés, notamment l'été dernier, nous ont remués. On a décidé de lancer ce projet il y a neuf mois précisément et on a réussi à atteindre un largage réel auquel j'ai pu assister d'ailleurs la semaine dernière à Madrid. Mais pour arriver à quelque chose qu'on puisse remettre clés en main à nos clients, il y a un peu plus de travail à faire. La France, comme d'autres pays, pourraient le faire. Après, c'est à eux de décider quelle est leur doctrine d'emploi pour faire de la lutte anti-incendie. En tout cas l'urgence est là et on la sent. Donc, on va faire le plus vite possible.

L'A400M pourra-t-il un jour écoper dans l'eau comme le fait le Canadair ?

Il est impossible d'écoper dans l'eau. L'objectif n'est pas de se mettre en concurrence, mais plutôt en complément. Le Canadair est un avion qui a fait ses preuves. J'ai passé mes étés en Corse quand j'étais jeune et j'en ai vu des Canadair éteindre des incendies, c'est un avion merveilleux dont le successeur est en préparation. Donc, l'objectif n'est absolument pas un objectif de concurrence, mais de se mettre au service de ce qui va être un besoin malheureusement croissant de nos pays. L'A400M n'écope pas, mais l'A400M a une charge trois fois supérieure à la capacité d'un Canadair et il peut éventuellement mettre des retardants d'eau qui ont un effet positif. On va aussi voir si on peut utiliser l'avion de nuit, ce qui est un gros handicap actuel du Canadair puisque l'extinction d'incendies ne s'arrête pas au coucher du soleil.

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