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Groupuscules d'extrême droite : "Se faire entendre par la violence"

Les réactions politiques ont aussitôt fusé après l'agression mortelle dont a été victime mercredi soir Clément Méric. Elles visent les groupuscules d'extrême droite et en particulier les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), soupçonnées d'être impliquées dans l'attaque. Depuis les manifestations contre le mariage pour tous, ces organisations d'extrême droite font parler d'elles. Qui sont ces militants? Quelles sont leurs revendications, leurs méthodes?
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
 (GRANIER DEFERRE CAPUCINE/SIPA SIPA/ Capucine Granier-Deferre)

Selon une
source policière, les quatre personnes interpellées graviteraient autour
du "noyau dur des Jeunesses nationalistes révolutionnaires" , même
si cette information doit encore être "affinée" pendant la garde à
vue. Composé d'une trentaine de membres, le groupe dément être lié à ce drame. Leur
devise : "croire, combattre, obéir" .  Chaque année, le deuxième week-end de mai,
ils défilent en rang et au pas rue de Rivoli, à Paris, aux côtés d'autres groupes
d'extrême droite. Fondé par Serge Ayoub en
1987, les JNR sont aujourd'hui le bras armé de Troisième voie, un
groupuscule également créé par " Batskin" et qui   fait partie de la mouvance nationaliste révolutionnaire .

Depuis
plusieurs mois, et notamment depuis le début des manifestations contre le
mariage pour tous, les agressions provenant de groupuscules d'extrême droite se
sont multipliées. Pour Magali Balent, chercheuse à l'IRIS et spécialiste
de l'extrême droite européenne, ces groupes se nourrissent de l'actualité et se
sentent investis d'une "mission  de défendre une civilisation
prétendument menacée"
.

L'objectif "n'est pas de défendre ses idées dans les urnes par un programme politique (...), mais
c'est de se faire entendre par la violence en participant des manifestations et
en étant des facteurs de perturbation - comme ça a été le cas pour la manifestation
pour tous -, ou bien des actes isolés".

Phénomène
européen

La France n'est
pas le seul pays d'Europe concerné par "l'expression" de ces
groupuscules d'extrême droite. En Grande-Bretagne, il y a quelques jours, l'English
Defence League
a mené une expédition punitive dans le quartier de Londres
avait été tué un soldat
britannique. En Grèce, la police a interdit le mois
dernier une manifestation d'extrême droite à Athènes et Aube dorée, parti xénophobe
et antisémite, est impliqué dans de nombreux cas de violence contre des
migrants dans le pays.

Pour Magali
Balent, "nous avons affaire à une résurgence de ces groupuscules ultra-violents,
ultra radicaux, qui proviennent de l'extrême droite, (...) qui sont des groupes
qui existent depuis un certain temps, mais qui aujourd'hui connaissent un
regain de vigueur dans la mesure où un certain nombre de faits d'actualité, par
rapport aux attentats terroristes, aux attaques islamistes comme ça a été
le cas à Londres ou à La Défense, l'affaire Merah... Autant de faits d'actualité
qui (...) prouvent que leur mot d'ordre est juste" 
et les conforte dans
leurs actions.  

Des précédents

Les faits
sont là. Les agressions en provenance de groupuscules d'extrême droite se répètent.
En janvier 2011, dans la région lyonnaise, à Villeurbanne, un couple a été violemment
agressé par plusieurs individus armés de battes de base-ball. Quatre hommes
avaient été écroués, tous les quatre ont été identifiés dans plusieurs
manifestations associant l'extrême droite.

A Toulouse,
en avril 2012, une quinzaine de personnes cagoulées, armés de battes de
base-ball et criant des chants fascistes, ont agressé un étudiant chilien qui a
failli mourir. Un an plus tard, le 7 avril dernier à Paris, Wilfred de Bruijn
et son compagnon, Olivier, sont sauvagement attaqués. Dix jours plus tard, à
Lille, trois skinheads ont attaqué un bar gay et frappé le patron.

Récemment, des
militants d'extrême droite ont frappé et insulté des journalistes lors des
manifestations contre le mariage pour tous.

Dissoudre
les groupuscules

A gauche,
certains demandent la dissolution de ces groupes. Jeudi, au lendemain de l'agression
dont a été victime Clément Méric le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a indiqué
que le gouvernement allait étudier les moyens nécessaires pour "tailler en
pièce"
ces groupuscules.

"J'ai
demandé au ministre de l'Intérieur, j'ai demandé à la Garde des sceaux
d'étudier toutes les possibilités qui permettront de tailler en pièces, en
quelque sorte, de façon démocratique, sur la base du droit, ces mouvements
d'inspiration fasciste et néo-nazie et qui font tort à la République"
, a déclaré
Jean-Marc Ayrault lors des questions d'actualité au Sénat.

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