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Récit "On a vu passer un véhicule en trombe, gyrophare allumé" : comment la fête a basculé après la disparition de Maëlys

A 3 heures du matin, dans la nuit de samedi à dimanche, les invités se sont rendu compte de l'absence de la petite fille. Elle est depuis activement recherchée par les gendarmes.

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La petite Maëlys a disparu lors d'un mariage célébré dans la salle des fêtes de Pont-de-Beauvoisin (Isère), dans la nuit du 26 au 27 août 2017. (CAMILLE ADAOUST / FRANCEINFO)

Une soirée "maudite". Pour l'un des invités du mariage de Pont-de-Beauvoisin, samedi 26 août, le constat est sans appel. La fête a tourné au drame quand Maëlys s'est volatilisée à 3 heures du matin, dans cette commune de l'Isère, non loin de la Savoie. La petite fille, âgée de neuf ans, a été vue pour la dernière fois sur le parking de la salle des fêtes de Pont-de-Beauvoisin. Cinq jours après, les gendarmes poursuivent leurs recherches et un homme a été placé en garde à vue. Mais comment s’est déroulé le mariage, samedi 26 août ? Du début de la fête aux premières recherches, franceinfo raconte.

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La fête débute sous la pluie en début d’après-midi, samedi. Dans le centre-ville de Pont-de-Beauvoisin, une commune de 3 500 habitants, le long cortège du mariage défile devant les petits immeubles d'habitation et les nombreux commerces. Dans les rues, il ne passe pas inaperçu. "On a entendu tous les klaxons. Les voitures du mariage sont passées par le centre, elles ont tourné autour de l’église pour se diriger vers la salle des fêtes", raconte à franceinfo un vendeur de meubles qui observe la scène. Quelques centaines de mètres plus loin, longeant la rivière du Guiers, les invités du mariage franchissent un portail vert pour se garer puis entrer dans la grande salle des fêtes, légèrement excentrée.

"Il y avait beaucoup de monde"

"On était dans le jardin quand les invités ont commencé à arriver", raconte à franceinfo Florence, dont la maison surplombe la salle des fêtes. C’était un grand mariage, d'après cette voisine. "On entendait ce qui se disait au micro et, visiblement, le photographe n’arrivait pas à réunir tout le monde pour les photos, tellement il y avait d’invités", se souvient-elle en souriant. Les parkings, à l’extérieur au bord de la route comme à l’intérieur du complexe tout autour de la salle, affichent complet.

La maison de Florence surplombe la salle des fêtes de Pont-de-Beauvoisin (Isère). (CAMILLE ADAOUST / FRANCEINFO)

Après l’habituelle séance photo des différents groupes, les convives passent à l’apéro. "J’y suis allée vers 18 heures, se rappelle cette commerçante de Pont-de-Beauvoisin. Effectivement, il y avait beaucoup de monde, mais je ne sais pas si toutes les personnes de l’apéro sont restées à la soirée." Pour sa part, elle a rapidement quitté la fête.

Puis la soirée devient plus tranquille. "Vers 22 heures, je suis passé à côté en voiture et je n'ai rien entendu", raconte un habitant de Pont-de-Beauvoisin, étonné. "La salle est souvent louée pour des mariages et, d’habitude, on entend la musique toute la nuit. Cette fois-ci, c’était très calme, confirme Florence. On a mangé et on a regardé des films, avec ma fille." 

Je n’ai vu aucun enfant jouer sur le parking extérieur.

Florence

à franceinfo

A 3 heures, le DJ coupe la musique

La soirée se déroule tranquillement, jusqu’à ce qu'une voix jette un froid. De joyeuse célébration, l'événement devient "maudite soirée", pour reprendre les mots d'un convive. Vers 3 heures du matin, la musique s'arrête et le DJ fait une annonce au micro. La petite Maëlys est introuvable et toute personne l'ayant aperçue est invitée à prévenir les proches de la fillette. Cette dernière est venue du Jura avec ses parents et sa grande sœur, pour assister au mariage. "Rapidement, on a vu tout le monde commencer, je ne vais pas dire à s'affoler, mais à chercher un peu partout", raconte à RMC Grégoire, un ami des mariés. La musique ne redémarre pas et les recherches commencent. Tout le monde fouille la salle et ses environs, "un peu dans les bois au-dessus, ou vers le lycée à côté", détaille Grégoire. La salle touche en effet une forêt à la végétation très dense et au sol escarpé. Non loin de là également, Le Guiers, une rivière aux eaux sombres et aux abords boisés.

La salle des fêtes jouxte une forêt, à Pont-de-Beauvoisin (Isère). (CAMILLE ADAOUST / FRANCEINFO)

"On s'est dit qu'elle était peut-être partie se promener, ou qu'elle avait trébuché quelque part", relate Grégoire. Après une heure de recherche, les invités, inquiets, décident de prévenir les gendarmes.

Vers 4 heures, on a vu passer un véhicule en trombe, gyrophare allumé

Anthony

à franceinfo

Anthony, 30 ans, tient un magasin de cigarettes électroniques dans le centre-ville, à 500 m de la salle des fêtes. Ce samedi soir, il organise une soirée "vapotage" dans un nuage de fumée et de fortes odeurs, pour faire tester les derniers goûts de cigarettes électroniques à ses clients, en partenariat avec le bar Le Rendez-Vous, situé juste à côté. "Les clients étaient installés dans la boutique. Ils goûtaient des nouveautés et buvaient l’apéro en même temps dans le bar d’à côté", retrace-t-il. Hocine, le patron du troquet en question, explique avoir fermé son établissement aux alentours de minuit, bien avant son voisin.

Pendant la fête du mariage, le bar "Le Rendez-Vous" organisait également une soirée, le 26 août 2017 à Pont-de-Beauvoisin (Isère). (CAMILLE ADAOUST / FRANCEINFO)

Les gendarmes passent donc devant les deux établissements et arrivent sur les lieux, tard dans la nuit, quelques secondes après le coup de fil. "Ils ont fouillé tous les véhicules, pris les coordonnées de toutes les personnes qui étaient encore présentes", continue Grégoire, interrogé par Le Parisien. Le gardien de la salle des fêtes, Pascal, dont le petit chalet donne sur le parking, dort à ce moment-là. "Les gendarmes m’ont réveillé à 4h15, explique-t-il au quotidien. J’étais sous le choc." Florence, elle, se réveille plus tard dans la matinée.

On n’a pas compris, on a vu beaucoup de chiens et de gendarmes. Ils étaient tout autour de la salle.

Florence

à franceinfo

Les recherches s'accélèrent très vite. "Les gendarmes sont entrés chez nous dimanche après-midi. Ils ont cherché dans toutes les pièces", continue Florence.

Elle n’est pas la seule à être interrogée. "Deux gendarmes sont passés lundi, ils ont posé des questions à tout le monde", explique Gilles, un résident du centre-ville. Les forces de l'ordre entendent au total 250 personnes : les 180 invités du mariage et les 70 participants à deux autres fêtes qui se déroulaient le même soir. "Ils sont venus dimanche", complète Hocine, le patron du bar Le Rendez-vous. Autre lieu scruté : une salle paroissiale à 300 mètres du lieu du mariage, qui accueillait "des jeunes ce soir-là", d’après Gilles.

Une chape de plomb sur la ville

Dans la ville, la nouvelle installe une ambiance particulière. Depuis ce mariage, des dizaines de gendarmes parcourent tous les jours les rues de Pont-de-Beauvoisin. Pour eux, les journées se ressemblent. Le matin, les nombreuses camionnettes bleu foncé et autres véhicules de la gendarmerie franchissent le portail automatique de la salle des fêtes. Commencent alors les fouilles. Les effectifs passent et repassent au peigne fin les bois et la rivière, à proximité de la salle des fêtes. "Il suffit qu’on ait quelqu’un qui soit chanceux, qui décide de soulever cette pierre plutôt qu’une autre", espère le capitaine Cédric Sommen, qui dirige les membres de l'escadron de Maisons-Alfort (Val-de-Marne) venus aider dans les recherches. 

Et dans la ville, cette mobilisation fait écho. Chacun tente de mettre la main à la pâte. "Tout le monde a affiché le papier qu’on nous a distribué lundi, l’appel à témoins", décrit Margot, qui travaille à l’office de tourisme de Pont-de-Beauvoisin. Le visage de la jeune fille est collé sur toutes les vitrines. "Maëlys mesure 1,30 m, pèse 28 kg, a la peau mate, les yeux marron et les cheveux châtains", peut-on lire sous la photo.

Presque tous les commerçants de Pont-de-Beauvoisin (Isère) ont affiché l'appel à témoins après la disparition de Maëlys, le 29 août 2017. (CAMILLE ADAOUST / FRANCEINFO)

"Si ça peut aider", font remarquer plusieurs habitants. "C’est affreux, on croise les doigts", note une cliente dans la boucherie du centre. Pour aider, beaucoup ont décidé de participer à une recherche citoyenne, samedi 2 septembre. Sur Facebook, plus de 500 personnes ont déjà promis leur aide.

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