Affaire Daval : la découverte d'un cheveu de la mère de Jonathann Daval peut-elle relancer l'enquête ?

Le beau-frère d'Alexia Daval a fait part de cet élément dans une lettre adressée dimanche à son avocat.

Martine Henry, mère de Jonathann Daval, le 18 octobre 2018 à Besançon (Doubs).
Martine Henry, mère de Jonathann Daval, le 18 octobre 2018 à Besançon (Doubs). (MAXPPP)

A quelques jours de la confrontation entre les différentes parties, l'affaire Daval s'emballe à nouveau. Le beau-frère d'Alexia Daval, Grégory Gay, a annoncé dimanche 25 novembre avoir identifié l'ADN de la mère de Jonathann Daval dans le coffre de la voiture qui a servi à transporter le cadavre de la joggeuse, disparue en octobre 2017. 

Cet élément  bouleverse-t-il la défense du principal suspect, ou s'agit-il d'une tempête dans un verre d'eau ? Elements de réponse.

En quoi consiste cette découverte ?

Grégory Gay, partie civile dans cette affaire, a adressé dimanche une lettre à son avocat pour lui faire part d'une découverte troublante effectuée en consultant le dossier de l'instruction. Il s'est en effet rendu compte que l'ADN féminin retrouvé par les enquêteurs sur un cheveu qui se trouvait dans le coffre du véhicule de Jonathann Daval, mis en examen pour le meurtre d'Alexia Daval, correspondait à celui de Martine Henry, mère du principal suspect.

"Ce cheveu bicolore de 8 cm avait été découvert lors des premières constatations sur une portion de planche de bois supportant deux autres ADN : celui de Jonathann et celui d'Alexia", détaille Le Parisien. Grégory Gay a pu identifier l'ADN qui lui était rattaché comme étant celui de la mère de Jonathann Davall car les "tableaux complexes" qui décrivaient sa composition étaient identiques en tout point à ceux d'un prélèvement effectué sur Martine Henry dans le cadre d'une autre analyse qui se trouvait dans le dossier de l'instruction, ajoute le quotidien.

A la suite de cette découverte, l'avocat de Grégory Gay et de la sœur d'Alexia a écrit lundi 26 novembre au juge pour l'alerter.

Cette découverte peut-elle bouleverser la défense de Jonathann Daval ?

Elle peut potentiellement être dévastatrice. En effet, l'ADN identifié comme étant celui de Martine Henry a été retrouvé dans la voiture professionnelle de Jonathann Daval. Or, ce dernier a reconnu avoir utilisé ce véhicule pour transporter le corps d'Alexia dans un bois situé à quelques kilomètres du domicile conjugal de Gray-la-Ville (Haute-Saône).

Après avoir avoué en janvier avoir étranglé sa femme au cours d'une dispute, tout en niant avoir brûlé le cadavre, Jonathann Daval avait fait volte-face au début de l'été devant le juge d'instruction. Il avait alors assuré qu'il n'était pas responsable du meurtre et que sa femme avait en fait été étranglée par son beau-frère, Grégory Gay, au domicile des parents d'Alexia. Tous auraient ensuite conclu "un pacte secret", selon lui, pour dissimuler les faits.

Dans la lettre adressée à son avocat, Grégory Gay estime que "le fait que les ADN de Jonathann, Martine et Alexia soient retrouvés au même endroit sur cette plaque de bois nous pose bien évidemment question". Il souhaite "savoir quelles actions vont être menées, quelles sont les mesures qui vont être prises pour faire suite à cette découverte qui donne un tout nouvel angle à cette affaire", sous-entendant ainsi que l'ancien mari d'Alexia pourrait avoir bénéficié de la complicité de sa mère pour dissimuler le corps de la jeune femme. 

"Je vois bien ce qui est sous-entendu, qui permettrait d'impliquer d'une façon ou d'une autre la maman de Jonathann Daval dans quoi que ce soit concernant cette affaire", a réagi Randall Schwerdorffer, avocat de Jonathann Daval, auprès de franceinfo.

S'agit-il d'un élément nouveau ?

Randall Schwerdorffer estime par ailleurs que cette découverte n'en est pas vraiment une. "Ce sont des éléments relativement anciens en termes d'enquête, donc il n'y a rien de nouveau. Je ne comprends pas pourquoi c'est présenté comme un élément nouveau et majeur en termes d'avancées de l'enquête", a-t-il déploré. Et d'ajouter que la présence de ce cheveu ne prouve rien.

Qu'on retrouve un nouveau cheveu dans la voiture de votre maman, par exemple, ça n'aurait rien de troublant même si vous n'y montez pas forcément. Un cheveu, c'est volatile. Ça se transporte. Ça se perd. Ça tombe.Randall Schwerdorffer, avocat de Jonathann Davalà franceinfo

Interrogé par Le Parisien, un enquêteur confirme que "cet élément n'est pas nouveau et a été jugé non significatif", car Jonathann Daval se rendait plusieurs fois par jour chez sa mère avec son véhicule de fonction.

Cette dernière a "[nié] très fort cette complicité" mercredi devant les caméras de BFMTV. "Je ne savais pas qu'il pouvait exister un cheveu de moi dans la voiture. Cela ne me choque pas du tout parce qu'un cheveu, c'est volatil. Il a pu se retrouver dans la voiture en serrant mon fils ou en l'embrassant, et se poser sur ses vêtements", a expliqué Martine Henry.

Dans quel contexte cette découverte intervient-elle ?

Ce nouvel épisode intervient alors que Jonathann Daval doit être interrogé jeudi 28 novembre au matin par un juge d'instruction du tribunal de Besançon. Cette audition, qui se déroulera en présence de ses avocats, devrait durer plusieurs heures et devrait permettre au mis en examen de 34 ans de s'expliquer sur ses multiples revirements depuis son arrestation.

Elle sera suivie le 7 décembre par deux confrontations, la première avec la sœur d'Alexia et son mari, Stéphanie et Grégory Gay, et la seconde, avec les parents d'Alexia, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot. Tous parties civiles, ils ont réclamé ces face-à-face après avoir été impliqués par Jonathann Daval.