Attentats terroristes : ils ne sont pas "Charlie"

Sans pour autant se féliciter de l'attentat, plusieurs voix s'élèvent contre le message "Je suis Charlie" repris ces derniers jours.

La une de \"Charlie Hebdo\", le 7 janvier 2015.
La une de "Charlie Hebdo", le 7 janvier 2015. (BERTRAND GUAY / AFP)

Ils ne sont pas Charlie. Au milieu du flot de déclarations de soutien aux dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo, assassinés le 7 janvier, plusieurs voix se sont élevées pour dire leur gêne face à cette unanimisme. Ils ne sont pas Charlie, non, mais ils ne soutiennent pas non plus les auteurs de l'attentat. "Croyez-moi, je suis aussi triste que vous", écrit l'un d'eux sur le site Arrêt sur images.

Francetv info revient sur leurs arguments.

"J'ai critiqué le journal par le passé"

L'un des premiers à écrire "Je ne suis pas Charlie" est le journaliste belge Marcel Sel. Sur son blog, il s'explique dans un dialogue avec lui-même. "Tu n’écriras pas 'je suis Charlie'. Parce que ce serait trop facile. Tu as critiqué le journal par le passé. Tu assumes. Ce serait lâche de ne pas le faire", écrit-il, avant de rappeler qu'il n'a pas compris pourquoi l'hebdomadaire n'avait pas été condamné pour "deux caricatures en particulier" qui lui "semblaient faire l’amalgame entre musulmans et terroristes".

Marcel Sel raconte ensuite avec émotion le débat qu'il avait eu avec l'une des journalistes du journal, Zineb El Rhazoui. Il n'avait pas apprécié que Charlie Hebdo défendre le parti Vlaams Belang dans "une histoire de coran déchiré" et l'avait écrit. La journaliste lui avait envoyé un droit de réponse. "De cette petite polémique, tu ne gardes rien d’autre que l’espoir qu’elle a échappé au massacre, écrit-il. Pour pouvoir jouir avec elle de cette liberté de débattre, de se battre lettre à lettre."
 
On apprendra un peu plus tard que Zineb El Rhazoui n'était pas présente à Charlie Hebdo ce jour-là. S'il ne se sent pas "solidaire de tout ce que Charlie Hebdo a produit", Marcel Sel estime que "ce serait pire encore de ne pas" se "dresser pour hurler que, quoi qu’ils aient écrit, dessiné ou dit, rien ne justifie, n’excuse, un tel carnage".

"On continue à se raconter des histoires"

BC, un internaute d'Arrêt sur images, n'était pas non plus d'accord avec Charlie Hebdo. "Plus personne ne le lisait", écrit-il. Mais ce n'est pas la seule raison qui le pousse à écrire "Je ne suis pas Charlie". "Cet unanimisme émotionnel (...), j'ai l'impression qu'on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises, développe-t-il. La société française est complètement anomique [déstructurée, désorganisée], mais on continue à se raconter des histoires."

Selon lui, si la vague de soutiens à l'hebdomadaire est "un mouvement sain et compréhensible", "elle a pour versant complémentaire le déni collectif, et pour résultat l'oubli des causes réelles et profondes de l'anomie". Pour lui, le problème est ailleurs. "Notre problème, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait plus personne en France qui n'ait tellement plus rien à espérer et à attendre de son propre pays natal au point d'en être réduit à n'avoir pour seule raison de vivre que de tuer des gens en masse", explique-t-il, pointant notamment le rôle de la prison dans l'embrigadement des terroristes.

"Si vous étiez Charlie, vous seriez morts"

Le journaliste américain Matt Welch rejette lui aussi le "Je suis Charlie", mais pour une tout autre raison. Dans sa tribune "Si vous étiez Charlie, vous seriez morts", traduite en français par le site Contrepoints.org, il évoque un "geste admirable" mais "complètement faux".  "Non, nous ne sommes pas Charlie - très peu d'entre nous sont aussi bons, et aucun d'entre nous n'est aussi courageux", lâche-t-il. 

"Si un peu plus d’entre nous étaient courageux et refusaient de céder au veto des terroristes (...) alors Charlie Hebdo n’aurait pas été seul dans ce combat", poursuit-il. Le journaliste vise ici particulièrement les journaux américains qui, comme le New York Times, ont décidé de flouter les caricatures que publiait l'hebdomadaire. "Il est plus difficile et moins gratifiant pour un fanatique de frapper mille petites cibles plutôt qu’une seule cible importante, estime Matt Welch. Aujourd’hui est un jour terrible pour la liberté de la presse. Alors, si vous voulez mériter votre #JeSuisCharlie, sortez, vivez et parlez."