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Agression de policiers à Champigny-sur-Marne : "On ne doit pas mélanger tout et opposer policiers et magistrats"

Virginie Duval, présidente de l’Union syndicale des magistrats, a réagi, mardi sur franceinfo, alors que le syndicat de policiers Alliance propose de rétablir les peines planchers à la suite de l'agression de trois policiers à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).

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Radio France
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Des policiers manifestent, mardi 2 janvier 2018, à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) après l'agression de trois de leurs collègues. (MAXPPP)

"On ne peut pas dire que si on restaurait les peines planchers il y aurait moins de violences", a expliqué Virginie Duval, mardi 2 janvier sur franceinfo. La présidente de l’Union syndicale des magistrats (USM), a réagi à la proposition du syndicat de policiers Alliance de remettre en place les peines planchers pour les auteurs d'agressions contre les forces de l'ordre alors que trois policiers ont été agressés à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) et à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) la nuit du Nouvel An et le lendemain.

franceinfo : Que dites-vous aux policiers qui estiment que la justice ne fait pas son travail contre les auteurs de violences contre les forces de l'ordre ?

Virginie Duval On ne peut pas contester l'émotion que ressentent à juste titre les policiers. Par contre, je ne peux pas aller dans le même sens sur l'amalgame entre les violences à l'égard des policiers et la justice qui serait laxiste et qui ne suivrait pas ces dossiers-là. Le fait de commettre des violences à l'égard des policiers, ce sont des violences qui sont aggravées, c'est-à-dire que la peine encourue est plus importante. Une étude en 2016 a montré que, lorsqu'il y a des violences à l'égard des policiers, dans 75% des cas une peine d'emprisonnement est prononcée. C'est moins de 50% dans les autres délits. Evidemment, je comprends le ras-le-bol des policiers parce qu'ils exercent dans des conditions très difficiles, mais on ne doit pas mélanger tout et opposer policiers et magistrats, parce qu'on est dans la même logique : celle de lutter contre la délinquance.

Que répondez-vous au souhait du syndicat de policiers Alliance de mettre en place des peines planchers pour les auteurs de violences contre les policiers ?

Les peines planchers avaient été instaurées en 2008. Elles n'ont jamais fait preuve de leur efficacité. Elles ont été supprimées en 2014, parce qu’on n’avait pas de diminution évidente de la délinquance. Les violences à l'égard des policiers ne sont pas nées après 2014. Elles existent depuis longtemps, et même quand il y avait les peines planchers, cela ne les a pas fait diminuer. On ne peut pas dire que si on restaurait les peines planchers, il y aurait moins de violences. Par contre, le fait de trouver les agresseurs ça c'est autre chose. Parce que finalement, les policiers expliquent que quand ils interviennent quelque part, ils peuvent se faire violenter. Cela est inacceptable. Est-ce qu'il y a toujours des enquêtes ? Je ne le crois pas. Est-ce que les personnes mises en cause sont toujours trouvées ? Pas forcément non plus. Donc si les personnes sont présentées à la justice, il y a une peine lourde qui peut être prononcée.

Emmanuel Macron et son ministre de l'Intérieur Gérard Collomb ont réagi après ces images qui ont provoqué une émotion un peu partout en France, en promettant que les auteurs seraient sévèrement punis. Sont-ils dans leur rôle ?

Absolument pas. Que le ministre de l'Intérieur et le président de la République assurent tout faire pour que l'enquête soit menée et que les auteurs soient présentés à la justice, c'est leur rôle. Mais, qu'ils interviennent en disant qu'il faut une peine sévère, là on est hors de tout propos. Non seulement ça laisse entendre que ça ne pourrait pas être le cas, mais en plus ça fait pression sur la justice. C'est inacceptable parce qu'on a vu que de telles pressions peuvent avoir des effets néfastes. Chacun doit être dans son rôle.

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