Comment s’organise la traque du tueur au scooter

Plus de 200 enquêteurs sont mobilisés pour retrouver au plus vite la trace de l'individu qui a frappé à Montauban et Toulouse, de crainte qu’il ne récidive. Un dispositif rarement déployé en France.

Des élèves d\'une école juive escortés par des policiers, à Toulouse (Haute-Garonne), le 20 mars 2012.
Des élèves d'une école juive escortés par des policiers, à Toulouse (Haute-Garonne), le 20 mars 2012. (PASCAL PAVANI / AFP)

En trente ans de maison, ils n’ont jamais vu ça. De mémoire de policier, le dispositif mis en place pour retrouver le tireur au scooter, qui a tué sept personnes, dont trois enfants, à Toulouse et Montauban, est rarissime. Plus de 200 enquêteurs sont à pied d’œuvre. "C’est la première fois que je vois autant d’effectifs mobilisés", témoigne Gilles Rouzies, du syndicat de police Alliance. En cause, la gravité des crimes commis et la crainte, comme l’a reconnu le ministre de l’Intérieur lui-même, que l’individu recherché "ait envie de commettre un quatrième attentat".

D'une manière générale, magistrats et policiers sont très prudents sur l’affaire et plutôt déroutés par ce type de tueur jamais rencontré dans les annales criminelles françaises. Deux pistes principales sont à l’étude pour l’instant : celle d'un extrémiste islamiste et celle d'un fanatique d'extrême droite néo-nazi ou "identitaire". Les trois enquêtes sont centralisées au parquet de Paris, du fait de sa compétence antiterroriste. "Il s'agit d'actes prémédités [qui correspondent] à la définition juridique du terrorisme", a déclaré le procureur de la République de Paris, François Molins, mardi 20 mars lors d'une conférence de presse. Comment s’organise la traque de l’homme devenu l’ennemi public numéro 1 ? 

• Sur le terrain

Qui ? Des policiers de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et de sa sous-direction antiterroriste, ainsi que des effectifs de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) ont été dépêchés sur place, avec leurs responsables Christian Lothion et Bernard Squarcini et leur ministre de tutelle, Claude Guéant, qui coordonne les opérations. Vingt-cinq policiers du Raid, spécialisé dans des opérations d'arrestation à haut risque, sont par ailleurs arrivés en renfort, lundi soir à Toulouse.

Comment ? Les enquêteurs de la police judiciaire nationale et locale travaillent dans la plus grande confidentialité. Leur mission : "fermer des portes", les unes après les autres, c'est-à-dire éliminer une à une les pistes possibles pour mieux cerner celle qui les mènera au tueur. Pour cela, ils auditionnent tous les potentiels suspects, entendent les témoins, recueillent des témoignages, exploitent les vidéos de surveillances. Selon le procureur, 7 800 heures de vidéos captées à Montauban doivent être visionnées.

La police judiciaire a ainsi consulté plusieurs clubs de tir et fait le tour des armuriers de la région pour tenter de remonter la piste du 11.43 dont les enquêteurs détiennent un chargeur abandonné sur une scène de crime (à Montauban) par le tueur. "C'est bien la même arme qui a été utilisée pour les trois crimes", a confirmé le procureur mardi. Les membres de la DCRI tentent, de leur côté, de mettre à profit les fichiers de ce vaste service de contre-espionnage créé en 2008.

Quels résultats ? Selon les informations de France 2, une dizaine d’hommes ont été interrogés jusqu’à présent, souvent d’anciens soldats en conflit avec l’armée, et notamment trois hommes du 17e RGP de Montauban, sanctionnés en 2008 pour s'être photographiés avec un drapeau nazi. Cette piste ne serait plus privilégiée. Selon Le Monde, les enquêteurs ont pu vérifier leur emploi du temps. "Aucune piste n'est abandonnée", a toutefois tenu à préciser le procureur François Molins.

Le témoignage d’une femme qui aurait aperçu un tatouage sur le visage du tueur à Montauban semble également être sujet à caution. Les seuls éléments physiques dont disposent les enquêteurs sont limités : il s'agit d'un individu à la silhouette plutôt fine, d'une taille d'1,75m environ, selon le procureur.

Quant au scooter utilisé par le tueur (un modèle T-Max 530 Yamaha), "nous n'avons aucun élément sur [son] immatriculation", a souligné François Molins. Selon le magistrat, "on ne peut pas affirmer qu'il s'agit du même scooter que celui qui a été volé le 6 mars dernier, même s'il s'agit d'une piste sérieuse."

• Sur internet

Qui ? Les cyberpoliciers de la Direction centrale de la PJ à Nanterre (Haut-de-Seine). Ces experts de l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication pistent toutes les traces laissées par le tueur sur le web.

Comment ? Les enquêteurs disposent notamment d’une petite annonce postée sur Le Bon Coin par la première victime et consultée, selon Le Figaro, par 50 internautes. Le militaire tué dimanche 11 mars à Toulouse cherchait à vendre sa moto et aurait pris rendez-vous avec le tueur. Il a été retrouvé mort à côté de sa moto, une balle dans la tête.

Quels résultats ? Les enquêteurs auraient retrouvé une adresse IP menant au point de connexion de l'ordinateur utilisé par le tueur. A partir de cette donnée, ils peuvent potentiellement retrouver des données d'abonnement, d'e-mails, de coordonnées. Ils pourraient également remonter aux téléphones qui ont activé des bornes-relais dans le secteur de la connexion.

Il est par ailleurs possible que le tueur ait enregistré la tuerie de Toulouse et l’assassinat de deux militaires à Montauban avec une caméra placée tantôt sur sa poitrine, tantôt sur son casque. Les cyberpoliciers surveillent ainsi internet pour une éventuelle apparition des images. Mais là encore, le procureur se veut très prudent : "Le harnais mentionné sur le torse du tueur, qui lui aurait permis d'enregistrer ses actes, n'est qu'une hypothèse."