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Souad Merah disparue : le renseignement a-t-il failli ?

Le ministre de l'Intérieur a confirmé qu'il y avait "de fortes présomptions" de la présence de la sœur de Mohamed Merah en Syrie. Pour Alain Chouet, ancien chef de service de la DGSE, ce départ n'aurait pas pu être empêché.

Article rédigé par franceinfo - Propos recueillis par Claire Digiacomi
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Souad Merah, la sœur de Mohamed Merah, arrive au commissariat de police de Toulouse (Haute-Garonne), le 19 décembre 2012. (PASCAL PAVANI / AFP)

"Il y a de fortes présomptions de sa présence en Syrie." C'est ce qu'a déclaré Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, vendredi 23 mai, à propos de Souad Merah. La sœur de Mohamed Merah a en effet disparu de Toulouse (Haute-Garonne) avec ses quatre enfants âgés de 9 mois à 14 ans.

Est-elle partie faire le jihad ? La jeune femme était déjà fichée par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, rebaptisée DGSI au début du mois de mai) avant les tueries perpétrées par son frère en mars 2012, en tant que membre de la mouvance salafiste. Elle a aussi fait l’objet d’une enquête pour apologie du terrorisme après la diffusion, par l’émission "Enquête exclusive" sur M6, d’images filmées à son insu sur lesquelles elle disait qu’elle était "fière des actes" de son frère, et qu’elle "pensait du bien" d’Oussama ben Laden.  

Le renseignement français a-t-il fauté en perdant la trace de Souad Merah ? Francetv info a demandé son avis à Alain Chouet, ancien chef de service de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

Francetv info : Comment Souad Merah était-elle surveillée ?

Alain Chouet : La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) avait sans doute un œil sur elle, mais la jeune femme n'a pas le statut judiciaire ou policier pour être surveillée 24 heures sur 24, puisqu’elle n’est pas sous contrôle judiciaire. Elle n’était donc pas suivie à la trace, en permanence. Ce genre de surveillance suppose une équipe d’une quinzaine de personnes, mobilisées pour un seul individu. 

Des centaines de Français peuvent potentiellement faire le genre de voyage attribué à Souad Merah. Je parle de personnes qui ont fait l’objet d’inculpations, de mises en examen ou simplement de soupçons de connivence avec des réseaux salafistes violents, mais qui ne sont jamais passées à l’acte.

Le départ de Souad Merah n'aurait-il pas pu être anticipé ?

C'est le paradoxe de nos dispositions juridiques, inadaptées au phénomène terroriste. On ne peut pas réagir simplement parce qu’on estime que la personne va peut-être faire quelque chose. Ce n’est pas admis en droit. Il faut une décision d’un juge. Et à ce titre, on ne peut pas dire qu’il y ait eu de manquement de la part des autorités. Même si l’on avait su qu’elle préparait ce voyage en Syrie, Souad Merah reste une citoyenne française. Au nom de quoi aurait-on pu l’arrêter ou l’empêcher de quitter le territoire ? Cela aurait été dénoncé comme un procès d’intention ou un délit de faciès.

Que se passera-t-il pour Souad Merah si elle revient en France ?

Elle pourra être entendue à titre de témoin, mais seulement si l’on a des indications sur ses actions, par exemple de la part des autorités turques. Un juge pourra déclencher une mise en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, si on sait qu’elle a participé à des activités violentes, et si on a la preuve qu’elle était accompagnée. Aucune mesure ne sera prise si on n’a pas la preuve qu’elle a participé a une action violente. La surveillance pourra éventuellement être accentuée, mais pas éternellement. 

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