Procès Merah : Il doit permettre que "la lumière soit faite pour qu'on puisse faire notre deuil"

Pour Latifa Ibn Ziaten, la mère d'Imad Ibn Ziaten, premier militaire assassiné à Toulouse par Mohammed Merah, "si on travaille tous ensemble, on arrivera à empêcher tout ce qui se passe aujourd'hui."

Latifa Ibn Ziaten, la mère d\'Imad Ibn Ziaten, premier militaire assassiné à Toulouse par Mohammed Merah, le 2 octobre 2017.
Latifa Ibn Ziaten, la mère d'Imad Ibn Ziaten, premier militaire assassiné à Toulouse par Mohammed Merah, le 2 octobre 2017. (ERIC FEFERBERG / AFP)

La première semaine d’audience du procès des attentats de Toulouse et Montauban, perpétrés par Mohamed Merah, s’est achevée vendredi 7 octobre. Dans le box des accusés, deux hommes : Abdelkader Merah, frère aîné de Mohamed Merah, accusé de complicité et un ami d’enfance Fettah Malki qui a reconnu lui avoir fourni une arme.

Pour Latifa Ibn Ziaten, la mère d'Imad Ibn Ziaten, premier militaire assassiné à Toulouse par Mohammed Merah, ce procès doit permettre que "la lumière soit faite pour qu'on puisse faire notre deuil et que nos enfants reposent en paix." Invitée de franceinfo vendredi soir, elle attend "qu'Abdelkader parle de la complicité avec son frère", même si elle estime qu'il n'est "pas dans cette planète." 

Latifa Ibn Ziaten, qui parcourt la France depuis cinq ans pour convaincre les jeunes de ne pas tomber dans le terrorisme, veut "garder espoir" et assure vouloir dédier sa vie "à toute cette jeunesse", jusqu'à la fin de sa vie en restant "debout". Elle entend "continuer ce combat de paix, de vivre ensemble et de sauver notre pays."

franceinfo : Ce procès fait-il partie d'une thérapie ?

Latifa Ibn Ziaten : C'est important de savoir la vérité. Cela fait 5 ans que l'on attend. J'attends qu'Abdelkader parle de la complicité avec son frère. Je n'ai aucun doute. Il est à fond dans cette secte, il n'est pas dans cette planète. Abdelkader n'est pas de ce monde-là. Il n'est pas conscient de ce qui se passe. C'est quelqu'un de très dangereux. La personne qui a tué n'est plus là, mais le complice est encore là. Il doit parler. C'est important.

Vous comprenez ce que peut vivre la famille de Mohammed Merah ?

Bien sûr parce qu'on a perdu chacun de nous un fils, un frère. La souffrance est là. On a cet assassin en commun. On souffre de la même manière. Il faut que la vérité éclate, que la justice soit faite, que la lumière soit faite pour qu'on puisse faire notre deuil et que nos enfants reposent en paix.

Que dites-vous à la mère de Mohamed Merah ?

Elle n'a pas respectée toutes les familles. Elle est rentrée [dans la salle d'audience] souriante. Elle a oublié toutes les familles qui sont en face d'elle. Elle est fière de son fils. C'est horrible. Elle devait au moins respecter toutes les familles présentes. Elle ne nous a pas respectées. Cela nous a fait mal.

Quel est votre sentiment dans le contexte actuel, avec les derniers attentats ?

Si on travaille tous ensemble, on arrivera à empêcher tout ce qui se passe aujourd'hui. Chaque citoyen doit faire un peu pour éviter ce qui se passe aujourd'hui. Si on peut aider un jeune, si on peut s'intéresser à lui, on n'aura pas autant de problème qu'on vit aujourd'hui. Il ne faut pas se décourager. Il faut garder espoir. Il faut continuer. Daesh veut décourager. On ne doit avoir peur, ne pas baisser les bras et continuer ce combat de paix, de vivre ensemble et sauver notre pays.

Est-ce que vous comptez poursuivre votre combat au-delà du procès ?

Jusqu'à la fin de ma vie, je continuerai ce combat. Aujourd'hui, pour chaque jeune qui a besoin de moi, dans les maisons d'arrêt, dans les écoles, dans les quartiers, je serai là. Je ne suis pas seule. Il y a beaucoup d'aide. Ma vie je la dédierai à toute cette jeunesse. J'avance et j'essaie de laisser une petite graine de paix, d'aller vers l'autre. J'ai promis à mon fils de rester debout. Aujourd'hui je reste debout pour toute cette jeunesse.