Si l'affaire DSK s'était produite en France, on n'en aurait rien su, estime Gisèle Halimi

"Ce qui se passe aux Etats-Unis, avec la brutalité de cette justice, réaffirme la dignité des femmes et la protection des plus faibles", estime l'avocate féministe Le Parisien mercredi.Concernant les réactions politiques, elle se dit "déçue par la gauche", estimant que "le respect des femmes" doit "prévaloir sur l'amitié et l'esprit de clan".

Gisèle Halimi (archives, 2003)
Gisèle Halimi (archives, 2003) (AFP / Jack Guez)

"Ce qui se passe aux Etats-Unis, avec la brutalité de cette justice, réaffirme la dignité des femmes et la protection des plus faibles", estime l'avocate féministe Le Parisien mercredi.

Concernant les réactions politiques, elle se dit "déçue par la gauche", estimant que "le respect des femmes" doit "prévaloir sur l'amitié et l'esprit de clan".

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"Le fait de voir Dominique Strauss-Kahn, un homme puissant, encadré par des policiers, au tribunal, cela montre à quel point il n'y a pas dans ce pays (les USA) de justiciable VIP", estime Gisèle Halimi, tout en reconnaissant "une espèce de commisération à l'égard de la chute d'un homme".

Pour elle, la femme qui accuse Dominique Strauss-Kahn d'agression sexuelle "dit la vérité". "Comment voulez-vous croire qu'une simple femme de ménage, noire, mère célibataire de surcroît, ne dise pas la vérité ? Quel serait son intérêt ?", ajoute-t-elle.

Cette femme "a osé parler. Mais bientôt, on va fouiller dans sa vie privée (...) J'ai commencé à lire ici ou là des dénigrements. Mises en cause, ces femmes finissent par sombrer dans une dépression et regrettent d'avoir porté plainte", note l'avocate, en affirmant que "l'objectif est, bien sûr, de les contraindre au silence".

Evoquant "la levée de boucliers des amis" de Dominique Strauss-Kahn, Gisèle Halimi se dit "déçue par la gauche". "Il ne me semble pas avoir entendu les Aubry, Guigou, Royal exprimer leur compassion pour la victime". "Je le regrette car s'il y a une chose qui doit prévaloir sur l'amitié, l'esprit de clan, c'est le respect des femmes", dit-elle.

Accusé d'agression sexuelle samedi par une femme de chambre d'un hôtel de Manhattan, Dominique Strauss-Kahn est incarcéré à New York.

Les féministes dénoncent
Plusieurs organisations féministes dénoncent le traitement de l'affaire par les médias et sur les réseaux sociaux.

Le mouvement " Osez le féminisme" a déploré mardi sur France Inter que l'on ne parle pas depuis le début de l'affaire "de la plaignante, de son point de vue à elle, de ce qu'elle a pu ressentir".

La porte-parole Caroline De Haas a également jugé "choquant" "le déferlement de blagues sexistes" sur les réseaux sociaux.

"Osez le féminisme" souligne encore que le traitement de l'affaire dans les médias révèle "une méconnaissance totale du viol", qui "concerne toutes les catégories sociales".

"Chaque année, 75.000 femmes sont victimes de viol. Seules 10% d'entre elles portent plainte", car les victimes sont "astreintes au silence par une chape de plomb, celle du tabou et de la culpabilité" et souvent "font les frais d'idées reçues largement propagées dont la plus commune est qu'elles l'auraient bien cherché".

L'association Mix-Cité note elle aussi que les réactions à la mise en cause de Dominique Strauss-Kahn révèlent "une grande confusion dans les esprits pour tout ce qui concerne les violences sexuelles".

"La liberté sexuelle, le libertinage n'ont rien en commun avec la violence sexuelle", rappelle-t-elle dans un communiqué, en ajoutant que "le directeur général du FMI n'a pas été arrêté du fait de sa +faiblesse pour les femmes+, il est accusé d'un délit grave (agression sexuelle) voire d'un crime (viol)".

Mix-Cité déplore aussi que "les blogs regorgent de plaisanteries grivoises" depuis le début de cette affaire.