La justice américaine a libéré vendredi sur parole l'ancien directeur général du Fonds monétaire international

Pour autant, le dossier n'est pas clos.Désormais libre de ses mouvements sur le territoire des Etats-Unis, Dominique Strauss-Kahn, détendu, a dîné avec son épouse, Anne Sinclair, dans un restaurant italien de New York.

Dominique Strauss-Kahn et son épouse Anne Sinclair, souriants, quittant leur domicile après la séance au tribunal
Dominique Strauss-Kahn et son épouse Anne Sinclair, souriants, quittant leur domicile après la séance au tribunal (AFP - DON EMMERT)

Pour autant, le dossier n'est pas clos.

Désormais libre de ses mouvements sur le territoire des Etats-Unis, Dominique Strauss-Kahn, détendu, a dîné avec son épouse, Anne Sinclair, dans un restaurant italien de New York.

Auparavant, il s'était contenté d'adresser un grand sourire aux nombreux journalistes qui lui demandaient sa réaction aux derniers rebondissements de l'affaire.

Le dossier "n'est pas clos", a précisé le juge vendredi au tribunal pénal de Manhattan lors de la comparution de DSK. L'accusation n'a pas abandonné les poursuites contre l'ancien directeur général du FMI. Les autorités ont conservé son passeport. Prochaine audience le 18 juillet.

On se dirige toutefois vers un non-lieu, a reconnu l'avocat de l'accusatrice, Me Kenneth Thompson. Après l'audience, le procureur Cyrus Vance a dénoncé le "récit erroné" de la plaignante.

Même si le dossier n'est pas "clos", selon les termes du juge Michael Obus, la justice a levé vendredi la caution de DSK et lui a rendu l'argent versé en garantie lors de sa mise en liberté sous surveillance en mai. L'audience a démarré à 17h30 heure française pour s'achever vers 17h41. Dominique Strauss-Kahn est donc resté moins d'une heure dans l'enceinte du tribunal pénal de Manhattan.

Libéré de son assignation à résidence, l'ancien patron du FMI a quitté le tribunal, souriant, avec sa femme Anne Sinclair. Il ne porte plus de bracelet électronique et peut désormais se déplacer à travers les Etats-Unis, mais n'a pas le droit de quitter le territoire des Etats-Unis d'Amérique. Il est autorisé à s'adresser à la presse.

Son avocat en France, Me Jean Veil, a indiqué vendredi soir que Dominique Strauss-Kahn s'exprimera "à son retour en France" lorsqu'il "sera lavé de tout soupçon".

Initialement, DSK ne devait comparaître devant le juge Michael Obus que le 18 juillet. Or, "les enquêteurs ont découvert des failles importantes dans la crédibilité de la femme de chambre", une Guinéenne âgée de 32 ans, qui l'accuse de crimes sexuels, a révélé le journal New York Times.

Les accusations portées contre Dominique Strauss-Kahn sont sur le point de s'effondrer, d'où la convocation anticipée de l'audience vendredi au tribunal de Manhattan. La femme de chambre est ainsi soupçonnée d'être impliquée dans du trafic de drogue et du blanchiment d'argent sale, a affirmé le journal américain. La prochaine audience reste néanmoins fixée au 18 juillet.

Le procureur pointe les erreurs de la plaignante
La victime présumée de Dominique Strauss-Kahn a produit sous serment un "récit erroné" de l'agression sexuelle dont elle affirme avoir été l'objet le 14 mai (jour de l'arrestation de DSK), a fait savoir vendredi le procureur Cyrus Vance à la suite de l'audience au tribunal pénal de Manhattan.

Le magistrat a souligné par exemple que la femme de chambre avait omis de préciser qu'elle avait nettoyé une autre chambre avant de dénoncer les faits incriminés. "La plaignante a reconnu depuis que son récit était erroné et qu'après l'incident dans la suite 2806, elle avait nettoyé une chambre voisine puis était retournée dans la suite (de DSK) avant de rapporter l'incident à son supérieur", a expliqué le bureau du procureur dans un communiqué.

Or, dans les semaines ayant suivi les faits, la jeune femme a raconté à "de multiples reprises" aux enquêteurs qu'après avoir été agressée, elle s'était réfugiée dans le couloir du 28e étage de l'hôtel où se trouvait la suite de Dominique Strauss-Kahn, précise le document. Elle avait expliqué avoir ainsi attendu que son agresseur présumé sorte de sa chambre pour dénoncer les faits à un supérieur arrivé à l'étage peu après.

"La plaignante a réitéré cette version des faits sous serment devant le grand jury", a précisé le bureau du procureur. Le magistrat a précisé que "durant toute l'enquête, la plaignante avait menti aux assistants du procureur à propos de plusieurs autres sujets comme son histoire, son passé, les circonstances présentes et ses relations personnelles".

L'avocat de DSK soulagé, celui de la plaignante résigné
A l'issue de l'audience, l'un des avocats de DSK, William Taylor, a assuré de son côté avoir "la conviction" que son client serait acquitté.

De son côté, l'avocat de la femme de chambre, Kenneth Thompson, a déclaré que sa cliente n'avait pas "changé un seul mot" à sa version des faits. Il a précisé disposer de "preuves matérielles" de l'agression sexuelle et a qualifié de "mensonges" les informations récentes incriminant sa cliente, notamment celle selon laquelle la femme de chambre serait mêlée à des trafiquants de drogue. Néanmoins, Me Thompson a ajouté qu'il pensait que l'affaire se solderait par un non-lieu.

Vendredi, sans faire la moindre déclaration, l'ancien patron du FMI et son épouse ont fait leur entrée vendredi à 10h50 locales (16h50 heure de Paris) dans l'imposant bâtiment du tribunal pénal de Manhattan, au pied duquel l'attendaient plusieurs dizaines de journalistes. DSK a pénétré dans la salle d'audience à 11H30 locales (17H30 heure de Paris). Il en est ressorti une dizaine de minutes plus tard.

Bien que les analyses d'ADN aient révélé qu'il y avait eu relation sexuelle entre l'ex-directeur général du FMI et la femme de chambre, la Guinéenne Nafissatou Diallo, cette dernière aurait menti à plusieurs reprises. Les procureurs ne croient pas beaucoup ce qu'elle leur a dit sur les circonstances de l'incident pas plus que sur elle-même.

Les nouveaux éléments dévaforables à la victime présumée
Selon deux enquêteurs cités par le New York Times, Nafissatou Diallo a eu une conversation téléphonique avec un détenu dans les 24 heures ayant suivi sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn. Au cours de cette conversation, qui a été enregistrée, elle a évoqué le profit qu'il y aurait à maintenir ses accusations contre l'ancien ministre français.

Le détenu dont il est question avait été arrêté pour possession de près 200 kilos de marijuana. Lui et d'autres individus ont déposé, au cours des deux dernières années, de l'argent liquide, pour un total de 100.000 dollars, sur le compte en banque de la femme de chambre âgée de 32 ans, rapporte le journal. Cette dernière paie chaque mois plusieurs centaines de dollars à plusieurs compagnies de téléphone, ajoute le NYT.

La femme de chambre a indiqué aux enquêteurs qu'elle n'était pas au courant de l'origine des dépôts sur son compte sinon qu'ils étaient effectués par un homme qu'elle dit être son fiancé et par les amis de celui-ci.

Selon un des enquêteurs cités par le New York Times, la jeune femme a indiqué aux enquêteurs avoir précisé dans sa demande d'asile aux Etats-Unis qu'elle avait été violée par le passé, mais cela ne figure pas dans la demande. Elle a aussi indiqué avoir été victime d'une mutilation génitale, mais cet élément diffère aussi de ce qui figure dans la demande d'asile, selon le journal.

En France, en attendant le début de l'audience, le coup de théâtre a bousculé le jeu politique, plusieurs des amis de DSK envisageant son retour en politique ; Michèle Sabban, vice-presidente PS du conseil régional d'Ile-de-France, ayant même pour sa part demandé une suspension du processus des primaires.

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