Affaire Estelle Mouzin : cette enquête faite "sans méthode" est "un déni de justice", selon l'avocat du père

Didier Seban, l'avocat d'Eric Mouzin, a expliqué, mardi sur franceinfo, que son client a annoncé attaquer l'Etat pour faute lourde, car "on ne se donne pas les moyens d'arrêter celui ou ceux qui ont enlevé Estelle" en 2003.

Une marche silencieuse en hommage a Estelle Mouzin, le 7 janvier 2017 à Guermantes (Seine-et-Marne), disparue à l\'âge de 9 ans en 2003.
Une marche silencieuse en hommage a Estelle Mouzin, le 7 janvier 2017 à Guermantes (Seine-et-Marne), disparue à l'âge de 9 ans en 2003. (MAXPPP)

"Dans ces affaires d'enfants disparus, il y a beaucoup de compassion et il n'y a pas beaucoup d'action", a regretté Didier Seban, l'avocat d'Eric Mouzin, mardi 9 janvier sur franceinfo. Eric Mouzin, le père d’Estelle, une fillette de 9 ans disparue en Seine-et-Marne depuis 15 ans, souhaite porter plainte contre l'Etat pour faute lourde.

franceinfo : Que reprochez-vous à la justice ?

Didier Seban : En quinze ans, nous avons eu sept juges d'instruction chargés de ce dossier. Le dossier est un fouillis inimaginable. Il n'est pas classé. Les policiers se refusent à faire tout rapport de synthèse. L'enquête représente plus 80 000 pages. Il n'y a aucun rapport d'analyse. On est dans une situation de déni de justice. On ne se donne pas les moyens d'arrêter celui ou ceux qui ont enlevé Estelle. Cela constitue évidemment une faute lourde. Il y a cinq ans, on avait déjà dû saisir la justice pour que le dossier soit simplement numéroté [côté en procédure pénale]. Aujourd'hui, on vient de nous annoncer qu'on allait classer le dossier. On le classe comme on classerait une affaire, c’est-à-dire qu'on ne cherche plus Estelle.

Est-ce que vous contestez ces efforts d'investigations ?

Non. Il y a eu des efforts très importants d'investigations au départ, mais on n'a aucun compte-rendu dans le dossier de ce qui a été fait sur la téléphonie. Il n'y a pas, point par point, tous les portables qui ont borné. On a fouillé un certain nombre de puits, mais on ne sait pas quels puits ont été fouillés, quels puits n'ont pas été fouillés. On a entendu les habitants de Guermantes, mais sur les 400 pavillons, il y en avait bien quelques dizaines où les gens n'étaient pas là. On ne sait pas ceux qui n'ont pas été perquisitionnés. Il n'y a pas de méthode. Dans tous les dossiers criminels, on fait des rapports de synthèse. Oui, on a fait beaucoup, mais sans méthode et sans se donner les moyens aujourd'hui de dire ce qui reste à faire pour retrouver Estelle.

Est-ce que la justice a baissé les bras et a abandonné votre client ?

Oui, très clairement. C'est ce qu'il ressent et à juste titre. Depuis que nous sommes dans ce dossier nous avons fait des centaines de pages de demandes de vérifications sur Michel Fourniret, sur Nordahl Lelandais et tout un tas de personnes. On s'aperçoit que les policiers communiquent plus avec la presse qu'avec le juge d'instruction et qu'ils ne font pas de compte-rendu. On apprend par la presse des nouvelles, chaque année, à la date anniversaire, mais en réalité, on ne trouve pas trace des réponses qui ont été faites aux demandes que nous avons formulées. Quelquefois il faut attendre quatre ou cinq ans pour qu'une demande d'enquête que nous avons formulée soit réalisée, et quelque fois un peu par-dessus la jambe. Nous avons le sentiment qu'on le fait plus pour la galerie que pour enquêter sérieusement sur ce dossier criminel. Va-t-on attendre 25 ou 30 ans pour chercher celui qui a enlevé Estelle ?

Est-ce que votre objectif est d'obtenir une mobilisation pour qu'on n'oublie pas ?

Il y a un premier sujet qui est la condamnation de l'Etat. Dans ces affaires d'enfants disparus, il y a beaucoup de compassion et il n'y a pas beaucoup d'action. Nous demandons depuis très longtemps qu'il y ait des juges spécialisés dans ces domaines et qu'ils restent longtemps. Nous demandons qu'il y ait un fichier des enfants disparus. Nous demandons un site internet pour les enfants disparus. Nous demandons des choses simples. Tous les parents le demandent ! Ce combat-là, c'est une manière de dire qu'il faut enfin passer à l'action.