Mort du cousin d'Adama Traoré : la famille dénonce une autopsie "incomplète" et confirme porter plainte pour homicide volontaire

Quatre jours après la mort de Mahamadou Fofana, un cousin d'Adama Traoré, le rapport d'autopsie ne livre qu’une partie des réponses. L'avocat de la famille réclame une contre-autopsie et confirme son intention de déposer plainte pour homicide volontaire.

Yassine Bouzrou. 
Yassine Bouzrou.  (CONSTANCE VIOT / RADIO FRANCE)

Comme pour la mort de son cousin, Adama Traoré, en 2016, il reste de nombreuses zones d'ombres après le décès dimanche 13 septembre de Mahamadou Fofana, 35 ans, après une course-poursuite avec les forces de l'ordre à Marly-le-Roi (Yvelines). Les policiers tentaient de l'interpeller alors qu'il essayait de charger une moto dans un fourgon avec quatre complices. La procureure de la République de Versailles confirme à franceinfo qu'elle ouvrira ce vendredi 18 septembre une information judiciaire pour "recherche des causes de la mort" et qu'elle saisira un juge d'instruction pour faire la lumière sur cette affaire. Mais la famille de la victime dénonce déjà une enquête tronquée.

L'avocat de la famille évoque une autopsie lacunaire

Au cœur de la polémique : l'autopsie du corps, réalisée à l'institut médico-légal de Garches (Hauts-de-Seine), dont les conclusions, auxquelles franceinfo a eu accès, ne livrent qu'une partie des réponses. Les médecins-légistes estiment que l'état du corps "peut s'accorder avec une noyade comme cause directe du décès, sans qu'il soit possible de l'affirmer avec certitude". Par ailleurs, le corps présente des "abrasions cutanées" à la tête et à l'épaule, "d'aspect récent" qui, selon les médecins, n'ont "pas joué de rôle dans le mécanisme du décès".

Mais l'avocat de la famille, maître Yassine Bouzrou, dénonce des lacunes dans l'autopsie : "Je suis étonné de constater que des lésions importantes, notamment des traces d'enfoncement du crâne, ne figurent pas dans les conclusions. Il n'y a eu ni radio ni examen de la boîte crânienne", dénonce-t-il. La famille s'est rendue mercredi soir devant l'institut médico-légal de Garches en exigeant de voir le corps. 

Nous estimons que cette autopsie est totalement incomplète. Il faudrait une contre-autopsie et nous souhaitons que ce soit l'institut médico-légal de Paris qui s'en charge.Me Yassine Bouzrouà franceinfo

"Nous disposons d'un premier compte-rendu préliminaire d'autopsie", précise pour sa part la procureure de la République de Versailles, Maryvonne Caillebotte, "derrière suivra un dossier beaucoup plus conséquent, constitué d'un ensemble de photographies et d'un compte-rendu détaillé du médecin-légiste". Deux examens doivent notamment permettre de préciser la mort par noyade : une analyse toxicologique et un examen anatomopathologique.

"Ces lésions au niveau de la tête - qui peuvent correspondre à des violences - pourraient avoir contribué au décès de manière indirecte" avance maître Yassine Bouzrou.

"Aucune trace de violence" selon la procureure

Mahamadou Fofana a-t-il reçu des coups ? A-t-il perdu connaissance ? Est-il tombé dans la Seine ou l'a-t-on poussé ? L'avocat pose un certain nombre de questions, auxquelles l'enquête devra répondre. "Nous disposons des auditions de tous les policiers qui sont intervenus. À ce stade de leurs déclarations, ils indiquent qu'il n'y a eu aucun contact (ndlr : physique) avec M. Fofana", indique la procureure de Versailles. Elle était allée plus loin ce jeudi dans le journal Le Parisien, en indiquant qu'"il n'y a aucune trace de violence sur le corps de cet homme", déclenchant la colère de maître Bouzrou : "Lorsque la procureure indique qu'il n'y a pas de trace de violence, elle ment et divulgue des informations fausses", estime-t-il.

Les résultats complémentaires de l'autopsie ne sont pas attendus avant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, ce qui risque d'alimenter encore la polémique.