Crash dans les Alpes : ce qui s'est passé dans le cockpit minute par minute

Le procureur de la République de Marseille a annoncé que le copilote était seul dans le cockpit au moment du crash.

Capture d\'écran montrant les lieux où s\'est crashé l\'Airbus A320 de Germanwings, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le 25 mars 2015.
Capture d'écran montrant les lieux où s'est crashé l'Airbus A320 de Germanwings, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le 25 mars 2015. (MINISTERE DE L'INTERIEUR )

La conduite du copilote de l'Airbus A320 de Germanwings "peut s'analyser comme une volonté de détruire l'avion", a annoncé le procureur de la République de Marseille, lors d'une conférence de presse, jeudi 26 mars. L'enquête sur le crash de l'Airbus A320 de la compagnie Germanwings dans les Alpes avance à grands pas. Le copilote allemand, Andreas Lubitz, 28 ans, a délibérément dirigé l'appareil vers le sol, a expliqué le procureur, Brice Robin. Il était seul dans le cockpit au moment du crash, a-t-il ajouté, s'appuyant sur l'analyse de la boîte noire fournie par le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) français. Le procureur a précisé qu'Andreas Lubitz n'était pas répertorié comme terroriste.

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Voici le récit détaillé des dernières minutes avant le crash de l'avion, tel que le procureur de la République l'a livré à la presse.

Peu avant 10 heures : l'avion décolle. Pendant les 20 premières minutes, tout se passe normalement. "Les deux pilotes échangent de manière tout à fait normale et même enjouée", raconte le procureur de la République de Marseille. "On entend ensuite le commandant de bord préparer le briefing de l'atterrissage à Düsseldorf. Les réponses du copilote semblent laconiques."

10h30 : dernier contact radio avec l'avion. "L'avion est pris en charge par le centre de navigation aérienne d'Aix-en-Provence. Il est à ce moment-là à 11 400 mètres d'altitude au-dessus de Bandol [Var]. Lors de ce dernier contact radio, à 10h30, le contrôle aérien avait indiqué au pilote de maintenir le niveau de vol à 11 400 mètres et de le recontacter ultérieurement. Et à ce moment-là, le pilote a confirmé", avait expliqué Ségolène Royal, ministre de tutelle des Transports.

Juste après, le commandant sort du poste de pilotage. Il demande à Andreas Lubitz, son copilote, de prendre les commandes. L'avion est en pilotage automatique. "Le commandant va probablement satisfaire un besoin naturel", précise Brice Robin. "On entend un siège qui recule et une porte qui se ferme."

10h31 : le copilote actionne les commandes activant la descente de l'appareil. "A ce moment-là, le copilote est donc seul aux commandes." Volontairement, il va alors faire descendre l'Airbus. "L'avion commence à descendre sans autorisation, donc il est rappelé par le contrôleur aérien, et à ce moment-là, il n'y a pas de réponse", rapporte Ségolène Royal. "Le copilote manipule les boutons du Flight Monitoring System pour actionner la descente de l'appareil. L'action ne peut être que volontaire", estime le procureur de la République. Il appuie sur "un bouton, pour une raison que nous ignorons totalement mais qui peut s'analyser comme une volonté de détruire cet avion". 

Le copilote empêche le commandant de bord de rentrer dans le cockpit. Alors que l'avion continue sa descente, le commandant de bord va essayer à plusieurs reprises de regagner le cockpit, sans succès. "On entend [sur l'enregistrement de la boîte noire] plusieurs appels du commandant de bord demandant l'accès à la cabine de pilotage. Il a tapé sur la porte", détaille Brice Robin. A l'intérieur du cockpit, seule la respiration du copilote est audible. "On entend un bruit de respiration humaine dans la cabine et ce jusqu'à l'impact final. (...) Il n'a strictement prononcé aucun mot depuis que le commandant de bord a quitté la cabine", selon le procureur.

Des coups violents dans la porte du cockpit"Les alarmes se sont déclenchées pour signifier à l'équipage la proximité du sol", poursuit le procureur.

10h35 : la Direction générale de l'aviation civile donne l'alerte. L'enregistrement de la boîte noire laisse entendre "des coups portés violemment comme pour enfoncer la porte" du cockpit. "Aucun message de détresse ou d'urgence n'a été reçu par le contrôleur aérien", constate le procureur.

"Nous n'entendons des cris qu'à la fin, dans les toutes dernières minutes", précise le procureur.

10h40 : l'Airbus A320 est détecté pour la dernière fois par un radar, à une attitude proche du lieu de l'impact. "Je pense que les victimes ne se sont rendu compte de la situation qu'au dernier moment, au tout dernier moment. Dans la bande, les cris interviennent juste au dernier instant", explique Brice Robin. La mort des passagers "a été instantanée". En percutant, la montagne, "l'appareil a littéralement explosé."