Catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge : au premier jour du procès, les parties civiles s'inquiètent d'une "défense frontale" de la part de la SNCF

Le procès de la catastrophe ferroviaire, qui avait fait sept morts et des centaines de blessés il y a près de neuf ans, s'est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel d'Evry. La compagnie ferroviaire, SNCF Réseau et un cadre de l'entreprise publique sont jugés pour homicides et blessures involontaires.

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Des plaignants attendent le début du procès lié à l'accident de train à la gare de Bretigny-sur-Orge en 2013, au palais de justice d'Evry, le 25 avril 2022. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

Le procès de la catastrophe ferroviaire de Brétigny s'est ouvert, lundi 25 avril, devant le tribunal correctionnel d'Évry dans l'Essonne. Le 12 juillet 2013, un train Corail avait déraillé en gare de Brétigny-sur-Orge. Le bilan avait été très lourd avec sept morts et des centaines de blessés. Presque neuf ans après l'accident, la SNCF, SNCF Réseau (anciennement Réseau ferré de France) et un cadre de l'entreprise publique comparaissent pour homicides et blessures involontaires. 

>> Catastrophe de Brétigny-sur-Orge : "La SNCF a fait tout ce qu'elle pouvait pour cacher la vérité", affirme un avocat de victimes

Une grosse centaine de personnes ont pris place, lundi 25 avril, sur les bancs des parties civiles dans la salle du tribunal d'Évry qui d'habitude sert aux assises et qui a été réaménagée. Une deuxième salle retransmet les débats sur un écran pour que chacun trouve une place. L'appel de toutes les parties civiles a pris beaucoup de temps. Les noms des victimes ont été cités un à un, à commencer par les sept personnes décédées. On a vu ainsi défiler à la barre, par petits groupes serrés, les visages graves des proches de ces sept personnes qui avaient entre 19 et 82 ans.

Parmi les parties civiles figurent également des traumatisés et des blessés. Neuf ans après le drame, ces victimes vivent toujours dans l'hyper vigilance, parfois la phobie des transports. Les parties civiles espèrent que ce procès pourra, à défaut de panser leurs plaies, apporter des réponses à leurs interrogations et notamment la principale : pourquoi ce train Corail, parti de Paris à destination de Limoges, a déraillé et connu un violent choc à 137 km/h, sous la limite fixée à 150 ?

"Il y a beaucoup de choses qu'on veut comprendre"

Pour l'accusation, il y a eu un déficit de maintenance, des négligences dans l'entretien des voies. Les experts ont pointé du doigt une pièce en métal appelée éclisse, une sorte d'agrafe reliant deux rails. En cause, des boulons usés, des boulons manquants, des fissures sur cette éclisse. La SNCF plaide un défaut imprévisible sur le métal qui constitue cette pièce. "Il y a beaucoup de choses qu'on veut comprendre, explique maître Alexandre Varaut, avocat d'une quinzaine de parties civiles, et notamment pourquoi, alors que le lendemain de l'accident, le président de la SNCF et de Réseau ferré de France déclarait que c'était leur responsabilité, que c'était un problème d'entretien. À présent on nous annonce qu'ils ont l'intention de se défendre en disant que ce n'est pas leur responsabilité, qu'il n'y avait pas de problème d'entretien. Donc, que s'est-il passé entre le lendemain de l'accident et aujourd'hui où on nous annonce une défense frontale de telle manière qu'il n'y aurait finalement aucun responsable ? Ce serait la faute à pas de chance."

"Derrière les expertises, il y a les larmes et l'émotion des victimes qui seront nombreuses tous les jours à suivre le procès."

maître Alexandre Varaut, avocat de parties civiles

à franceinfo

Guillaume Pepy, ex-PDG de la SNCF, sera entendu à la barre comme témoin dès jeudi. Sur le banc des prévenus, il y a donc deux personnes morales, la SNCF et SNCF Réseau auparavant RFF, qui encourent 225 000 euros d'amende. Et puis, une personne physique : un homme de 33 ans, père de famille, qui, au moment du drame, était directeur proximité de la SNCF dans le secteur de Brétigny-sur-Orge, donc responsable de l'entretien des voies. Il risque trois ans de prison et 45 000 d'amende.

Un manque de transparence ?

Ce qui risque aussi d'occuper les débats, c'est la question de la bonne volonté de la SNCF à faire la transparence sur ce drame au cours de l'enquête. Les juges d'instruction ont eu assez de doutes sur cette bonne volonté pour placer plusieurs cadres et juristes de l'entreprise publique sur écoutes. Des écoutes qui ont mis clairement en lumière un manque de coopération de la SNCF. L'exemple d'une discussion où une juriste briefe un cadre, le prépare, est particulièrement frappant. Ce cadre est sur le point d'être entendu par les enquêteurs et la juriste lui dit : "Il faut les laisser chercher. Il ne faut pas être proactif avec ces enquêteurs".

Des mises en cause que maître Emmanuel Marsigny, avocat de la SNCF, entend balayer lors de l'audience : "Il y a eu effectivement un moment l'idée que peut-être, des documents n'étaient pas communiqués, alors que c'est tout l'inverse. SNCF a communiqué des milliers de documents. Il n'a jamais été question de la part de la SNCF d'interférer de quelque manière que ce soit, ni de faire entrave à l'enquête. L'examen complet de ces écoutes téléphoniques, plutôt que quelques morceaux choisis et sortis de leur contexte, permettra sans aucun doute de faire litière de ce qui n'est pas véritablement une accusation, mais plutôt un effet d'avant audience."

Ce procès doit durer six semaines au tribunal d'Évry, la décision sera mise en délibéré.

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