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Régionales : pourquoi Marine Le Pen s'affiche subitement en supportrice du RC Lens

Si la candidate frontiste à la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie a assisté au match entre Lens et Nancy, lundi soir, au stade Bollaert, ce n'est sans doute pas par amour du ballon rond.

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France Télévisions
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Capture d'écran d'un tweet de Marine Le Pen s'affichant au stade Bollaert de Lens, le 2 novembre 2015. (MAXPPP / FRANCETV INFO)

C'est peut-être un selfie pour vous, mais pour elle, ça veut dire beaucoup. Lundi 2 novembre, Marine Le Pen s'est affichée dans les tribunes du stade Félix-Bollaert, à l'occasion de la rencontre entre Lens et Nancy, avant de signaler sa présence sur Twitter. Si la candidate frontiste à la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, donnée gagnante dans tous les sondages, a assisté à un match de Ligue 2 sans grand enjeu, ce n'est sans doute pas par amour du ballon rond. Mais faut-il forcément se montrer aux côtés du club le plus populaire de la région pour remporter les élections ?

D'habitude, la famille Le Pen préfère le rugby

C'est peu dire que le RC Lens est une institution dans le nord de la France. La carte des supporters en France montre qu'il est le club le plus populaire dans le Nord-Pas-de-Calais, mais aussi en Picardie. Soit précisément les contours de la grande région que Marine Le Pen rêve de conquérir les 6 et 13 décembre. S'afficher au stade Bollaert, au chevet d'un club embourbé dans des soucis financiers et dans les profondeurs du classement de la Ligue 2, n'est-ce pas réaliser un joli coup de communication ? "Pas du tout", se défend Guillaume Kaznowski, élu FN à Liévin (Pas-de-Calais), contacté par francetv info. C'est lui qui a invité Marine Le Pen et quelques autres ténors frontistes de la région à Bollaert. "Je voulais lui faire découvrir l'ambiance d'un stade de foot, dit-il. Dans sa famille, on aime plutôt le rugby."

Au Front national, on se défend de toute récupération des supporters, et ce même si la carte des meilleurs scores du FN recoupe peu ou prou les zones de chalandise du RC Lens. "Dire qu'on drague les supporters, c'est un raccourci, poursuit Guillaume Kaznowski. Si on fait nos meilleurs scores dans le bassin minier, ce n'est pas parce que Marine Le Pen est allée voir un match à Lens, mais plutôt parce que le taux de pauvreté y est le plus élevé de France."

Un message tout trouvé pour la présidente du FN

Pourtant, pour faire basculer l'hégémonie du Parti socialiste dans la région, l'UMP ne s'y était pas pris autrement, en courtisant le président du club, le populaire Gervais Martel, pour mener sa liste dans le Pas-de-Calais aux régionales de 2010. Refus de l'intéressé : "J'adore la France, j'adore mon pays. Mais nous n'avons qu'une vie, pas deux. La mienne est suffisamment chargée." Il aurait dû affronter Daniel Percheron, président PS de la région Nord-Pas-de-Calais depuis 2001… et voisin de tribune présidentielle à Bollaert ! Un authentique amoureux du club, qui est allé jusqu'à se rendre vêtu du maillot du club devant le gendarme financier du foot français pour implorer leur clémence.

Quand le RC Lens a tangué, à cause de son actionnaire majoritaire fantôme, l'Azerbaïdjanais Hafiz Mammadov, l'affaire est remontée jusqu'à François Hollande : le président de la République s'est même entretenu avec son homologue azéri à propos de la situation du club lensois. Car d'après le ressenti des élus de la région, un Racing mettant la clé sous la porte reviendrait à pousser la région dans les bras de Marine Le Pen. 

Le club est toujours sous perfusion, et c'est là qu'il faut chercher le sens de la visite de la favorite des sondages.

Le message de sa venue, adressé aux dirigeants du club comme aux supporters, c'est que le FN au pouvoir continuera de soutenir le club, comme le sport régional.

Guillaume Kaznowski, élu FN à Liévin

à francetv info

Lors du débat sur le vote des travaux de rénovation du stade Bollaert, en 2013, Philippe Eymery, le président du groupe frontiste au conseil régional "attaché au RCL, à l'engouement populaire", avait pourtant émis des réserves, en évoquant son "hostilité au sport spectacle, et le fait que l'investissement public n'a pas à financer les profits privés". Le FN s'était ainsi abstenu, le PS et l'UMP adoptant le texte.

Une venue diversement appréciée chez les supporters

Dans les rangs du public sang et or, habituellement classé à gauche, mais qui compte toutefois quelques hooligans à crâne rasé, la venue de la présidente du FN est diversement appréciée. "On ne peut pas empêcher les politiques de venir, relativise Philippe Pernet, président du 12 Lensois, la plus grosse association de supporters du club, contacté par francetv info. Quand on voit Nicolas Sarkozy dans la corbeille du Parc des Princes tous les dimanches soir sur Canal+, c'est aussi de la politique. Mais je ne suis pas certain que la venue de Marine Le Pen ait une influence au niveau du vote. Après, si elle s'intéresse au club, on aurait tort de ne pas en profiter si elle devient présidente de région."

La position de Marine Le Pen sur le cas Mammadov est encore floue, même si on peut supposer qu'un parti qui s'oppose aux propriétaires qataris du PSG ne voie pas d'un bon œil un autre club français sous pavillon étranger. Pour le moment, Marine Le Pen est la seule des trois principaux candidats à la présidence de région à s'être affichée à Bollaert – sans écharpe aux couleurs du club, cela dit. Xavier Bertrand s'est déjà rendu au stade, mais pour y rencontrer des entrepreneurs un jour sans match. Et Pierre de Saintignon, adjoint de Martine Aubry à la mairie de Lille, est un supporter du Losc, l'ennemi juré.

"Le FN et le foot n'ont rien à faire ensemble"

"Je n'ai pas le souvenir, à part André Delelis, ancien maire de Lens, et Daniel Percheron, président de région encore pour quelques semaines, d'un politique qui soutenait vraiment le club d'un amour sincère", commente Cédric Pharisien, ancien responsable d'un groupe de supporters. Il dénonce donc l'opportunisme de Marine Le Pen.

Surtout, pour lui, les valeurs du parti d'extrême droite sont antinomiques avec celles de son club : "Le FN et le foot n'ont rien à faire ensemble, surtout à Lens, un club marqué par l'immigration polonaise, italienne, etc. Quand je l'ai vue dans les tribunes, avec son grand sourire, je me suis dit 'touche pas à mon club !'"

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