Vidéo "People" et politiques : quand des artistes emblématiques encourageaient Mitterrand à se représenter à la présidentielle 1988

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Complément d'enquête. "Tonton, laisse pas béton" : quand les artistes font campagne
Complément d'enquête / France 2

Avant d’être l’élu du peuple, un bon candidat doit commencer par être celui des "people" : cette règle non écrite de la présidentielle est un héritage des années Mitterrand. Dans cet extrait de "Complément d'enquête", retour sur une campagne marquante, celle qui précède son second mandat, et un magistral coup de com.

En 1987, le président socialiste, vieillissant et déjà malade (son cancer ne sera rendu public que des années plus tard) hésite à rempiler pour un second mandat. Bâtie pour encourager sa candidature, une "stratégie du désir" va lui tailler sur mesure un comité de soutien exceptionnel. Chanteurs, comédiens, écrivains conquis par une politique généreuse envers les arts (et un budget de la culture doublé) vont être mis à contribution dans une magistrale opération de com.

A la manœuvre, Jack Lang aidé de Jacques Séguéla

A la manœuvre, Jack Lang, l'emblématique ministre de la Culture, et Jacques Séguéla, publicitaire star des années 1980 (l'artisan de "la force tranquille" victorieuse de 1981). Leur idée : "suggérer" à certains artistes triés sur le volet, comme Renaud, Barbara ou Gérard Depardieu, qui ont proposé leur aide, "de l'exprimer directement avec leurs propres mots", selon ceux de Jack Lang.

Pour Depardieu, sollicité pour une campagne de presse, ce sera : "Mitterrand ou jamais !" Le comédien avoue même sous son portrait en pleine page :" "Ça y est, je vais voter pour la première fois." Fait "très extraordinaire", s'émerveille Séguéla, "il a tenu à payer de sa poche ces campagnes-là. C'est la première fois dans l'histoire. Les artistes sont toujours prêts à s'engager, mais pas à payer le support dans lequel ils s'expriment".

Un grand coup de jeune pour le candidat de 72 ans

Pour Renaud, ce sera l'imparable "Tonton, laisse pas béton", détournement d'une de ses chansons les plus populaires. Sous le slogan, la tribune qu'il signe dans Le Matin de Paris n'est pas faite que de ses "propres mots" : "On l'a écrite avec lui, avoue Jack Lang, mais il y a mis sa patte". Le "chanteur énervant" qui vient en meeting "soutenir la candidature de François Mitterrand (ta ta tin)" offre en tout cas un grand coup de jeune au candidat de 72 ans.

Après une telle campagne, celui-ci sera réélu haut la main (et le quotidien Libération titrera "Bravo l'artiste"). Elle marque l'apogée de l'influence des personnalités issues du monde de la culture. Cet emploi des acteurs ou chanteurs à des fins électorales n'a pas manqué d'être critiqué par les détracteurs de Jack Lang. "Grotesque", "ridicule" lâche celui dont la "considération pour les artistes n'a rien à voir avec ça". Trente-cinq ans plus tard, a pu constater "Complément d'enquête", la remarque continue à l'excéder.

Extrait de "People et politiques, petits services entre amis ?", un document à revoir dans "Complément d'enquête" le 3 novembre 2022.

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