Témoignages Présidentielle : ils sont âgés de 19 à 25 ans et racontent pourquoi ils ont choisi l'action militante plutôt qu'un parti politique

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Elles ont moins de 25 ans et ont décidé d'agir à leur niveau, loin des partis politiques, qu'elles trouvent "éloignés de la réalité". (PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO)

Au lieu de prendre une carte dans un parti politique, les six jeunes adultes que nous avons interrogés se sont engagés pour une cause "afin de faire bouger les choses".

Ils s'appellent Lena, Tom, Mona, Lauren, Camille et Zoé. Ils ont moins de 25 ans et ont choisi de se battre pour des causes auxquelles ils croient. De la lutte pour le climat à celle contre les violences faites aux femmes, en passant par la défense de la chasse ou la revalorisation des jeunes des quartiers populaires, ils ont décidé d'agir à leur niveau, loin des partis politiques, qu'ils trouvent "éloignés de la réalité". A l'approche de l'élection présidentielle des 10 et 24 avril, pour laquelle certains vont voter pour la première fois, ils racontent leurs motivations et leur engagement.

Lena, 20 ans, militante #NousToutes

Léna, militante pour l'association #NousToutes lors d'une manifestation à Paris, le 16 octobre 2021. (FIORA GARENZI / HANS LUCAS VIA AFP)


"Je suivais #Noustoutes sur les réseaux sociaux depuis trois ou quatre ans, mais je voulais faire plus. En tant que femme, je suis confrontée tous les jours à des problèmes de violence. Du harcèlement de rue, des remarques sexistes quasi quotidiennes, jusqu'à des violences dans le couple ou des viols. Cela n'était plus possible de ne rien faire, j'avais ça sous les yeux constamment.

Rejoindre un parti ne m'a jamais traversé l'esprit, je ne me suis jamais vraiment intéressée à la politique. Mon engagement chez #NousToutes est plus concret. Quand on interpelle les politiques sur les violences faites aux femmes, on se rend compte qu'il ne se passe pas grand-chose. On connaît les solutions, mais les moyens ne sont pas alloués, on ne nous écoute pas.

"Peu importe qui sera élu, on ne sera pas entendues."

Léna, militante #NousToutes

à franceinfo

J'ai l'impression que ça fonctionne mieux quand la prise de conscience vient de la base et montre que les violences faites aux femmes sont systémiques. C'est cette prise de conscience qui va faire pression sur le monde politique. Sans cela, les femmes et hommes politiques ne verraient pas la nécessité de lutter.

J'espère que la politique peut encore changer les choses, en tout cas c'est le but, mais je suis désabusée. Dans les médias et les débats, on voit surtout l'extrême droite, Eric Zemmour, les mêmes thèmes, l'islam, la sécurité... C'est le plus effrayant et ça ne m'attire pas. Il faudrait réussir à vulgariser un peu plus la politique pour que les jeunes se sentent concernés."

Tom, 25 ans, président de l'Association des jeunes chasseurs de la Loire

Tom, président de l'Association des jeunes chasseurs de la Loire, en forêt dans la Loire, en octobre 2020. (TOM ROUSSON)

"J'accompagne mon père à la chasse depuis que je suis en âge de marcher. J'ai eu mon permis à 16 ans. Je préside une association de jeunes chasseurs dans mon département de la Loire. Je ne suis pas vraiment militant, mais j'aime bien défendre mes convictions, sans pour autant aboyer sur le premier individu qui vient me contredire. Mon engagement pour la chasse a été naturel, c'était presque dans mes gènes. Dans ma famille, on ne s'intéresse pas à la politique.

"Les femmes et les hommes politiques sont tous pourris, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre."

Tom, président de l'Association des jeunes chasseurs de la Loire

à franceinfo

Selon moi, la chasse doit être totalement indépendante et non récupérée par un parti. Les femmes et les hommes politiques ne sont au pouvoir que quelques années, alors que la chasse se joue sur le temps long. On peut attendre une dizaine d'années avant de voir les résultats d'une action. Les décisions doivent venir de la base, des associations, pour remonter ensuite.

Je préfère agir au niveau local avec mon association. Déjà qu'entre chasseurs, on a du mal à se mettre d'accord... Dans un parti, je serais peut-être tout seul à lutter pour la chasse, je ne pourrais pas faire bouger les choses. Mais j'ai toujours voté lors des grosses élections.

Les propositions des candidats sur la chasse pourraient évidemment influer sur mon vote. Le candidat qui veut l'interdire, il n'aura pas ma voix. On compte environ 1,2 million de chasseurs en France. Si on ajoute leur famille, ça fait un gros réservoir de voix. On peut forcément trouver des accords avec les écologistes. Un chasseur a tout intérêt à voir plus d'animaux et plus de forêts. On ne veut pas tout décimer et empêcher la reproduction des espèces."

Mona, 22 ans, militante à Ghett'up et Nouvel Air

La militante au sein de l'association Nouvel Air, Mona, en octobre 2021, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). (MATHIEU EDWONDO BELINGA / NINETY FOUR PRODUCTION)

"Je suis engagée dans deux associations, Ghett'up et Nouvel Air, qui poursuivent le même but : revaloriser les quartiers populaires et les jeunes qui y vivent. Je ne retrouvais pas ces thèmes dans les partis politiques, qui sont très déconnectés de la réalité du terrain. Ce milieu manque d'authenticité. Je perçois également beaucoup de mépris envers les personnes issues de l'immigration.

Plus jeune, j'étais très en colère, je me demandais pourquoi on ne s'intéressait pas à nous. Ou pourquoi toujours de manière négative : la violence, l'islam, le voile, la sécurité... On nous méprise, nous humilie. Mon militantisme vient de là. A mon niveau, je pense que je peux changer des petites choses. Je veux défendre les personnes qu'on n'entend pas, celles que je fréquente ou que j'ai fréquentées. 

Je n'ai encore jamais voté, j'assume et je n'éprouve aucune culpabilité. J'ai l'impression que mon vote ne changera rien. 

"Les candidats sont surtout en campagne pour défendre leurs intérêts. Il est de plus en plus question de conquête du pouvoir."

Mona, militante à Ghett'up et Nouvel Air,

à franceinfo

Aucun candidat ne me représente. La phrase qu'on entend souvent dans la bouche des jeunes des quartiers populaires, c'est : 'Dès que les personnes sont élues, elles ne s’intéressent plus à nous.'

Même si j'avais confiance en un candidat ou une candidate pour changer les choses, le système en place fait que ce serait toujours les mêmes personnes qui seraient privilégiées, les inégalités perdureraient. Ceux qui profitent du système n'ont aucun intérêt à le changer."

Lauren, 24 ans, cocréatrice de l'association Cité des Chances

Lauren, cocréatrice de l'association Cité des Chances à Fosses (Val-d'Oise), le 24 février 2022. (CARLOS FEDZ)

"Je n'avais pas vraiment d'intérêt pour la politique avant mon hospitalisation en raison d'un grave souci de santé dans le 16e, à Paris. J'ai poursuivi ma scolarité pendant six mois là-bas et j'ai découvert de nouveaux élèves, un nouveau milieu, moi qui ai grandi à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Ils connaissaient la politique, les noms des ministres, des secrétaires d'Etat... En 2017, l'élection approchait, il fallait faire quelque chose.

Avec Brandy Boloko, on a créé l'association Cité des Chances. On aide les jeunes des quartiers populaires à se familiariser avec la politique, son fonctionnement, et avec les institutions. On essaie de leur faire comprendre qu'ils ont les capacités pour faire partie de la vie politique du pays. Je me sens plus utile ici que dans un parti.

Je suis jeune élue dans le conseil municipal de ma ville de Fosses (Val-d'Oise), je sais comment les partis fonctionnent au niveau local et national. J'ai plutôt l'impression qu'ils veulent préserver leur place plutôt que de réellement réfléchir au bien commun et à l'avenir des gens. On retrouve souvent les mêmes discours déconnectés.

"Intégrer un parti, ça serait m'éloigner de la réalité des gens."

Lauren, de Cité des Chances

à franceinfo

Cela peut être un cercle très fermé et parfois hostile dès qu'on a un profil différent. Les partis considèrent souvent les jeunes comme une vitrine, mais dès qu'on aspire à davantage de responsabilités, c'est compliqué. Je ne veux pas être juste la jeune femme noire qu'on 'expose' et ensuite aller défendre des propositions que je n'approuve pas et que j'ai subies. Dans le milieu associatif, on se rend vite compte qu'on répare les défaillances de l'Etat. Mais je comprends qu'on veuille se tourner vers la politique parce que le milieu associatif peut être frustrant."

Camille, 19 ans, militante Youth for Climate

Camille (au centre), militante au sein de l'association Youth for Climate, lors d'une marche pour le climat, en 2021, à Grenoble (Isère). (YOUTH FOR CLIMATE FRANCE)

"Je suis militante au sein de Youth for Climate depuis 2019. J'avais connaissance des enjeux écologiques et de l'urgence, mais je ne savais pas que je pouvais agir. Puis, j'ai entendu le discours de Greta Thunberg lors du Forum économique de Davos. En parallèle s'organisait la première grosse grève pour le climat, ça été le tremplin. 

Chez Youth for Climate, on mène une action politique et on sait que le changement passe par là. Mais dans le système tel qu'il est, je ne crois pas que l'action des hommes et femmes politiques puisse avoir un effet. En juillet 2019, Greta Thunberg et trois jeunes de notre association ont été invités à l'Assemblée nationale. Les députés étaient là pour faire des photos et nous féliciter, mais deux heures après ils votaient le Ceta, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada.

La discipline de parti ne m'attire pas, c'est un cadre dans lequel je ne me sentirais pas à l'aise. Ça ressemble parfois à un combat de coqs et à une lutte pour le pouvoir, jusqu'à en oublier les électeurs. Parfois, je me dis que certains politiques se foutent de nous. Un exemple : la Convention citoyenne sur le climat. Ça allait dans la bonne direction. Au final, on a un texte vidé de sa substance. Des gens se sont engagés et on a piétiné leurs efforts. 

"Cela ne donne pas confiance et après on s'étonne qu'il y ait de l'abstention."

Camille, de Youth for Climate

à franceinfo

Je crois en l'action politique collective, comme la grève mondiale pour la justice écologique et sociale qu'on organise le 25 mars. Mais j'ai de gros doutes sur le fait qu'on puisse y arriver dans le système tel qu'on le connaît. Et même si un candidat écologiste arrivait au pouvoir, qu'est-ce qu'il pourrait faire ? Concrètement, comment on arrête l'action d'une multinationale comme Total par exemple ? Selon moi, on ne pourra pas résoudre la crise climatique sans changer un système gangrené par les puissances de l'argent, les lobbys."

Zoé, 25 ans, militante chez Alternatiba

Zoé lors d'une action devant le Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin), le 19 janvier 2022. (BASILE MESRE-BARJON)

J'ai commencé en tant que militante à Alternatiba, il y a trois ans, via un groupe local à Strasbourg (Bas-Rhin). Je me rendais compte de l'état d'urgence dans lequel on était : les catastrophes, les inondations, les gros incendies... Puis, je constatais la grosse indifférence du milieu politique. 

Les associations et les partis sont un peu complémentaires. On provoque aussi le rapport de force, on peut mener des actions de blocage, alors que les mouvements politiques, comme les Verts au Parlement européen, vont travailler à l'intérieur des institutions. Je connais mal l'organisation des partis certes, mais j'avais davantage de mal à saisir ce que je pouvais apporter dans un parti, en tant que militante de terrain.

"Je voulais mener une action concrète et je préfère cette organisation collective, horizontale, qui permet d'avoir une grande autonomie, notamment au niveau local."

Zoé, d'Alternatiba

à franceinfo

On tient vraiment à rester apartisans. Je ressens que mes amis et beaucoup de jeunes de mon âge se sont éloignés des sujets politiques. Ils ne se sentent pas représentés et ont perdu la sensation qu'ils pouvaient agir en tant que citoyens. C'est cette sensation que je voulais retrouver, celle de pouvoir transformer mon quotidien."

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