"Des endroits sont souillés par les affiches électorales" : pourquoi la présidentielle agace des défenseurs des paysages

Les affiches de campagne recouvrent les villes à l'approche de l'élection. Ce collage intensif est-il légal ? Franceinfo a interrogé l'association Paysages de France, qui lutte notamment contre l'affichage publicitaire.

Un homme passe devant une affiche de campagne de Benoît Hamon, à Toulouse (Haute-Garonne) le 15 mars 2017.
Un homme passe devant une affiche de campagne de Benoît Hamon, à Toulouse (Haute-Garonne) le 15 mars 2017. (ERIC CABANIS / AFP)

Elles recouvrent les ponts, les abribus et les murs. Les affiches des candidats fleurissent à l'approche de l'élection présidentielle. Et si certaines sont collées aux endroits réservés à cet effet, un grand nombre se retrouve sur des zones interdites. Comme l'affichage politique sauvage, œuvre des militants, qui collent sans relâche le visage de leur candidat, notamment la nuit. Pour les mairies, il s'agit d'un véritable fléau en période électorale, affirme Le Parisien, qui cite les cas de Lille, Toulouse ou encore Montpellier, villes qui ont décidé de faire payer les afficheurs sauvages.

>> "On fait ce qu'il faut pour qu'il soit partout lors de cette présidentielle" : une nuit avec les colleurs d'affiches de François Asselineau

Mais quelles sont les règles en vigueur exactement ? Sont-elles respectées en cette période de campagne ? Franceinfo a demandé à Eric Huftier, l'un des vice-présidents de l'association Paysages de France, qui lutte depuis 1992 pour la protection des paysages contre l'affichage publicitaire.

Franceinfo : Les candidats peuvent-ils coller leurs affiches partout ?

Eric Huftier : Le Code de l'environnement est précis sur les nuisances visuelles comme l'affichage publicitaire, qui comprend l'affichage électoral. Il est, par exemple, interdit de coller des affiches en dehors des agglomérations. En ce qui concerne les villes, l'affichage y est logiquement autorisé mais tout de même régulé : interdit de coller sur les signalisations routières, sur tous les équipements publics ou sur les maisons. En période électorale, l'affichage est autorisé partout où il y a une zone d'affichage libre ainsi que sur les panneaux officiels réservés à la campagne.

Mais ces règles sont-elle vraiment respectées ? 

Pendant toutes les campagnes électorales, on voit apparaître des affiches à des endroits où elles n'ont rien à faire. Elles sont collées en dehors des agglomérations, sur des transformateurs électriques, ou sur d'autres équipements au bord des routes. C'est complètement illégal.

J'ai par exemple constaté qu'un abribus sur mon trajet entre Soissons (Aisne) et Compiègne (Oise) était devenu le lieu d'une guéguerre : une affiche d'Emmanuel Macron a été recouverte par une affiche de Jean-Luc Mélenchon, elle-même recouverte par une affiche de Marine Le Pen. Ces endroits sont constamment souillés par les affiches électorales. Et après les campagnes, elles ne sont pas nettoyées et perdurent pendant plusieurs mois. Voir toutes ces affiches électorales, comme les affiches publicitaires, me dérange vraiment, comme la majorité des gens pour lesquels elles n'ont plus aucun impact à l'heure des réseaux sociaux.

Peut-on vraiment faire quelque chose contre cet affichage sauvage ? 

Hélas, on ne peut pas faire grand chose. Quand on constate ces infractions, les procédures sont souvent longues, en passant par le préfet ou le maire. C'est parfois la croix et la bannière. En plus dans le cas des affiches électorales, les choses sont temporaires, ça ne sert donc à rien de les signaler aux autorités. Et en terme de responsabilité, c'est aussi compliqué. Le candidat n'est pas responsable directement, il n'a pas donné l'ordre de coller à cet endroit.

Nous avons donc décidé de plutôt dénoncer ces comportements sur les réseaux sociaux. Le message est simple : il faut respecter les paysages. Il y a suffisamment de panneaux réservés à cet effet pendant cette campagne. Notre association a également envoyé une lettre aux candidats à la présidentielle, pour savoir ce qu'ils comptaient faire vis-à-vis du respect de la loi sur l'affichage, justement. A ma connaissance, nous n'avons reçu aucune réponse.