Municipales à Paris : NKM face à un parcours d'obstacles

La candidate UMP voit déjà les embûches se multiplier, à plus de quatre mois du scrutin.

Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la mairie de Paris, présente son programme, le 5 novembre 2013.
Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la mairie de Paris, présente son programme, le 5 novembre 2013. (BERTRAND GUAY / AFP)

"Il y a des semaines comme ça…" C'est peut-être ce que Nathalie Kosciusko-Morizet se dit, jeudi 7 novembre, impatiente de pouvoir tourner la page de cette semaine pourrie par les mauvaises nouvelles. Pourtant, ce devait être "son" moment : mardi, NKM a présenté son programme de "tueuse" (comme elle se décrit elle-même) pour les municipales à Paris. Une annonce effacée par l'actualité, notamment le dossier sensible de l'écotaxe, qui s'invite dans la campagne de l'ancienne ministre de l'Ecologie.

Le fantôme Ecomouv'

La crise de l’écotaxe qui a secoué la Bretagne est devenue le scandale Ecomouv', du nom de la société chargée de percevoir pour l’Etat cette redevance sur la circulation des poids lourds. En quoi NKM est-elle concernée ? Ministre de l’Ecologie entre 2010 et 2012, c'est elle qui a approuvé le montage et accepté l’offre d'Ecomouv'. Un choix qu'elle "assume, contrairement aux autres". Isolée, lâchée par "ses amis politiques", raconte Le Monde, elle défend une "procédure transparente".

Le scandale a pris un tour judiciaire, mercredi, avec l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Nanterre. "Il s'agit de savoir s'il y a eu dans l'attribution du contrat entre l'Etat et la société Ecomouv' des éléments de nature à porter atteinte à l'égalité de traitement qui doit prévaloir dans les marchés publics", a expliqué le procureur, Robert Gelli. Une aubaine pour Anne Hidalgo, l'adversaire socialiste de NKM. "Quand j'entends madame Kosciusko-Morizet nous expliquer à longueur de journée que Paris serait mal gérée, qu'elle veut faire un milliard d'économies, (…) si c'est pour faire des partenariats public-privé comme Ecomouv', je n'appelle pas cela de la bonne gestion", a taclé la candidate du PS sur i-Télé.

Le boulet du logement social

A Paris encore plus qu’ailleurs en France, la question du logement est délicate. NKM y consacre, comme tous les candidats aux municipales, un long volet de son programme, présenté mardi. Elle souhaite notamment faciliter l’accès au logement des classes moyennes et freiner la construction de HLM dans certains quartiers. Pas de chance : le lendemain, le Lab d'Europe1 révèle que le chef de file UMP du 19e arrondissement, Jean-Jacques Giannesini, occupe toujours le logement social qu'il promet de quitter depuis 2009. Un appartement d'environ 80m² qu'il paye 1 200 euros par mois, alors que ses revenus atteignent au moins 6 000 euros mensuels.

L'élu tente d'abord de se justifier : "Je suis contractuel de l'Etat, je ne suis même pas fonctionnaire, je n'ai pas de patrimoine. Demain, si je ne suis plus conseiller de Paris, je me paye un logement comment ?" Mais il finit par céder, jeudi, à la pression. "Il n'a de toutes façons pas eu le choix, ironise un proche à Metronews. Il en a discuté avec NKM et il a 'pris' la bonne décision." Trop tard. Les adversaires de la candidate ne manquent pas cette occasion d'ironiser sur la politique de l'UMP en matière de logements sociaux.

Un bataillon de dissidents

Ils sont au moins huit à mener la fronde, dans sept arrondissements. Des candidats relégués au 2e ou 3e rang, derrière des têtes de listes "parachutées" par NKM – à qui ils reprochent d'être elle-même parachutée à Paris. La méthode de l'ancienne maire de Longjumeau (Essonne) ne passe pas auprès de ces élus ou anciens élus. Ils menacent de se présenter – certains font déjà campagne – sans le soutien de l’UMP, dans trois arrondissements détenus par le PS (3e, 10e et 14e), ainsi que dans les 5e, 7e, 15e et 16e, soit la moitié des arrondissements tenus par l'UMP.

L'insoumise la plus visible s'appelle Marie-Claire Carrère-Gée (MCCG), candidate dans le 14e arrondissement – précisément celui où NKM est tête de liste. C'est l'un des plus peuplés et donc l'un des "plus gros pourvoyeurs d'élus au conseil de Paris", explique Olivier Biffaud sur le blog Scènes politiques. Pour MCCG, "les électeurs ne sont pas dupes. Ils voient bien que NKM n'a pas d'attaches dans l'arrondissement et qu'elle n'a pas envie de nouer des relations de proximité avec les habitants".

Un sondage publié lundi par Libération semble lui donner en partie raison. En cas de duel au second tour, la candidate socialiste Carine Petit, malgré sa faible notoriété, totaliserait 55% des suffrages, contre 45% pour Nathalie Kosciusko-Morizet.