Municipales : à l'UMP, plus personne ne croit à la "vague bleue"

En dépit d'une situation politique très favorable, la droite s'attend à des résultats en demi-teinte aux élections des 23 et 30 mars.

De g. à dr., Jean-Pierre Raffarin, François Fillon, Jean-François Copé et Alain Juppé, réunis au siège de l\'UMP, le 18 décembre 2013 à Paris.
De g. à dr., Jean-Pierre Raffarin, François Fillon, Jean-François Copé et Alain Juppé, réunis au siège de l'UMP, le 18 décembre 2013 à Paris. (MARTIN BUREAU / AFP)

A deux mois des élections municipales, certains ténors de l'UMP anticipent déjà "un rendez-vous manqué". Bien loin de la "vague bleue" que le patron du parti, Jean-François Copé, promettait sans cesse il y a encore quelques mois, la droite s'attend plutôt à des résultats en demi-teinte, les 23 et 30 mars. C'est dans ce contexte assez morose que l'UMP a lancé officiellement sa campagne, cette semaine. D'abord à travers une convention au siège du parti, jeudi 23 janvier, puis avec la tenue d'un conseil national auquel doivent participer 2 000 cadres locaux et nationaux, samedi à Paris.

Car en dépit d'un contexte politique très favorable (seuls 22% des Français font encore confiance au chef de l'Etat, selon le dernier baromètre Ifop-JDD), les perspectives de "vague bleue" semblent très lointaines. Dans un sondage CSA publié jeudi, les listes de droite et du centre recueillent, au niveau national, 46% des intentions de vote au premier tour. C'est, certes, cinq points de plus que les listes de gauche, mais c'est aussi deux points et demi de moins que lors des municipales de 2008, quand la gauche s'était emparée d'une trentaine de grandes villes. Surtout, le Front national devrait cette fois se maintenir au second tour dans de très nombreuses communes. Une hypothèse traditionnellement défavorable à l'UMP.

"Ne pas gagner Paris et perdre Marseille, une catastrophe"

Dès lors, plus personne, à droite, ne souhaite parier sur cette fameuse "vague bleue". "Le but n'est pas juste de gagner des villes comme on gagne un match de foot", esquive le vice-président du parti, Laurent Wauquiez, dans un entretien au Figaro. Même Jean-François Copé, qui promettait en novembre 2012 "une gigantesque vague bleue" à ses partisans, évite désormais l'expression, préférant miser sur de "très nombreuses victoires" pour l'UMP. "J'ai toujours été méfiant quant à cette expression de vague bleue", assure de son côté Hervé Mariton, délégué général du parti. Une manière de dire que Jean-François Copé a manqué de prudence ? "Chacun s'exprime avec les mots qu'il souhaite", sourit Mariton.

Et pour cause. Paris, Lyon, Nantes, Toulouse, Montpellier, Lille, Rennes… Toutes ces grandes villes devraient, sauf surprise, rester à gauche. A l'inverse, la droite pourrait perdre Aix-en-Provence, Avignon, Bayonne, Montauban ou Mulhouse. Pire : il est possible que Marseille, une ville que la droite dirige depuis 1995, tombe elle aussi dans l'escarcelle socialiste. "Ne pas gagner Paris et perdre Marseille serait une catastrophe", prévient un ancien ministre de Nicolas Sarkoy, joint par francetv info. 

L'UMP vise donc les villes moyennes, et quelques capitales régionales. "Sur le millier de villes de plus de 9 000 habitants, 550 sont aujourd'hui à gauche. A nous d'en reconquérir le plus possible", explique Jean-François Copé. Cibles prioritaires : Strasbourg, Toulouse, Montpellier, Amiens, Reims, Caen, Rouen, Metz, Angers, Argenteuil, Saint-Etienne ou encore Tourcoing.

Copé mise sur le vote sanction et le vote utile

Pour atteindre ce but, le président de l'UMP appelle très solennellement les électeurs à "sanctionner la gauche". Problème : selon l'institut CSA, 66% des électeurs comptent voter "d'abord en fonction de considérations purement locales". "En posant une mauvaise question, on aura une mauvaise réponse, a mis en garde l'ancien ministre François Baroin dans un entretien au JDDL'appel à un vote sanction conduira à mobiliser les extrêmes, l'UMP n'étant pas en situation de reconquérir les cœurs."

Mais pour Jean-François Copé, l'appel au vote sanction se combine avec l'appel au vote utile. Aux électeurs qui seraient tentés de voter pour des candidats du Front national, le député-maire de Meaux martèle à l'envi que l'UMP n'a "ni la même histoire, ni les mêmes valeurs, ni le même programme" que le parti de Marine Le Pen.

Une stratégie qui laisserait l'ancien président, Nicolas Sarkozy, pour le moins dubitatif. "L'UMP va se prendre une branlée aux municipales comme aux européennes, a-t-il récemment confié à des proches, selon des propos rapportés par Le Canard enchaîné. Le PS va s'en sortir et le Front national gagnera des villes. Il n'y aura donc pas de vague bleue, et on parlera surtout dans les médias d'une vague bleu... Marine."