Campagne des municipales : le PS, parti le plus discret de France

Echaudé par l'impopularité du gouvernement, le parti au pouvoir s'illustre par sa faible implication dans la préparation de ces élections locales. 

Lors d\'un forum sur \"la République face aux extrémismes\" organisé par le Parti socialiste, le 5 octobre 2013 à Paris.
Lors d'un forum sur "la République face aux extrémismes" organisé par le Parti socialiste, le 5 octobre 2013 à Paris. ( MAXPPP)

Dans moins de vingt jours, les électeurs choisiront les maires qui dirigeront leur ville pour les six prochaines années. Alors que les résultats demeurent incertains malgré l'impopularité du gouvernement, le Parti socialiste s'illustre par sa faible implication dans la campagne nationale, en insistant sur le caractère local du scrutin. 

Le parti s'investit peu pour ses candidats

La rue de Solférino joue sa partition en sourdine. Depuis le lancement officiel de la campagne du PS pour les municipales, le 7 décembre, le parti s'est montré plutôt discret. A cette occasion, une charte de cinq pages intitulée "La ville qu'on aime pour vivre ensemble" a été dévoilée. Sur son site, le Parti socialiste publie régulièrement des "reportages" vidéo vantant les mérites de tel ou tel prétendant à travers la France. 

Et c'est à peu près tout... Pas de grand meeting rassemblant les ténors du parti, tel que celui organisé par l'UMP le 5 mars à Strasbourg. Jusqu'à présent, le Premier secrétaire, Harlem Désir, s'est très peu déplacé sur le terrain pour soutenir les candidats PS. En deux mois, il s'est rendu à Bourges (Cher), une ville qui pourrait basculer à gauche, à Poissy (Yvelines), où le maire PS sortant est en difficulté, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), pour soutenir le député PS Razzy Hammadi. Et à Decize (Nièvre)… pour apporter son soutien à un candidat PS qui sera le seul candidat !

Au PS, on assume ce service minimum en insistant sur le caractère local du scrutin. "Chaque équipe décline localement sa campagne. Les enjeux municipaux dépassent l'adhésion aux idées de tel ou tel parti", explique à francetv info le porte-parole du PS, David Assouline.

Des arguments à l'exact opposé de ceux avancés lors de la campagne des municipales en 2008, lorsque les socialistes étaient dans l'opposition. "Les élections municipales, ce doit être le seul objectif des socialistes pendant sept semaines, qu'ils n'aient d'yeux tournés que vers cet objectif-là et sur rien d'autre", s'était exclamé en janvier 2008 le Premier secrétaire d'alors, un certain François Hollande, succédant à la tribune à Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et Laurent Fabius. Même Dominique Strauss-Kahn avait à cette occasion fait une brève apparition. Sans doute la première fois qu'un patron du FMI s'intéressait à une campagne municipale !

Les ministres sont dissuadés de faire campagne

Sur les 37 membres du gouvernement, 15 figurent sur une liste aux élections municipales, mais seuls deux en dirigent une : le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et la ministre déléguée aux Personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti dans le 3e secteur de Marseille.

Les autres ministres ont été fermement invités à rester concentrés sur leur portefeuille et à ne pas s'égarer sur les terrains de campagne. "Un certain nombre d’entre vous sont candidats et vous en avez parfaitement le droit. Il ne doit y avoir aucune confusion, et l’essentiel de votre temps doit être consacré au gouvernement. Nul ne comprendrait qu’il puisse y avoir utilisation des moyens de l'Etat pour des campagnes qui doivent être menées localement", a sermonné François Hollande début janvier.

Jean-Marc Ayrault, qui est pourtant le chef de la majorité, s'est quant à lui contenté de déplacements non officiellement consacrés aux municipales. Le 31 janvier, il est venu dans sa ville de Nantes pour parler rénovation urbaine en présence de la candidate socialiste, Johanna Rolland. Mi-février, le Premier ministre a pris le prétexte d'annonces sur le vieillissement pour se rendre dans une maison de retraite d'Angers, où le maire sortant, Frédéric Béatse, est menacé.

Rare ministre populaire parmi les membres du gouvernement, Manuel Valls est le seul à mettre tout son poids politique et médiatique dans la bataille, parfois accompagné de son collègue Arnaud Montebourg. Au risque de susciter la polémique sur son véritable rôle : représentant de l'Etat ou VRP du Parti socialiste ?

Les dernières semaines de campagne ne devraient plus poser ce genre de problème. Depuis le 2 mars, la "période de réserve préélectorale" a commencé. Une circulaire émise par Matignon précise qu'un ministre ne peut effectuer un déplacement officiel que dans deux hypothèses : "Si le déplacement est justifié par un événement lui-même exceptionnel (fait divers d'une particulière gravité, sinistre...)" ou "s'il est lié à une manifestation dont le ministre ne maîtrise pas la date et à laquelle il est difficile qu'il ne participe pas (outre les commémorations publiques, il peut s'agir de salons, congrès professionnels ou syndicaux, etc.)" Et le déplacement doit, dans tous les cas, être autorisé par le Premier ministre.

Les candidats PS préfèrent se débrouiller seuls

Sur le terrain, nombreux sont les candidats qui ne souhaitent de toute manière pas bénéficier d'un appui national à leur campagne. Une attitude compréhensible, devant les records d'impopularité qui touchent l'exécutif et l'impressionnante série de neuf élections (législatives ou cantonales) partielles perdues par la gauche depuis fin 2012.

Interrogé fin janvier par 20 Minutes.fr, le maire PS de L'Isle-d'Abeau (Isère) disait espérer une visite de Manuel Valls, qui a "une bonne image". "Pour d’autres ministres, ça serait peut-être différent et plus compliqué", confiait André Colomb-Bouvard.

Mieux, certains font tout pour rendre leur appartenance partisane la plus discrète possible. A Lyon, Gérard Collomb, qui brigue son troisième mandat, n'a apposé le logo du PS sur aucune de ses affiches. Il faut dire que les listes du maire sortant comptent moins de 50% de socialistes encartés. Dans le 5e arrondissement, qui risque de basculer à droite, les six places éligibles de la liste Collomb ont été distribuées à des candidats centristes ou n'appartenant plus au PS, relève Lyon Capitale.

Même Martine Aubry, à Lille, apparaît sur une affiche vierge de tout logo de parti, avec un habillage bleu et turquoise, loin du rose traditionnel des socialistes, dont elle fut pourtant la Première secrétaire de 2008 à 2012.