Législatives : une défaite qui coûte cher aux socialistes et aux Républicains

Au-delà de la perte du nombre de sièges à l'Assemblée et de la représentativité, les deux partis vont voir leurs subventions publiques fondre comme neige au soleil. 

Depuis la loi du 11 mars 1988, l\'Etat accorde chaque année et sous certaines conditions une subvention directe à certaines formations politiques.
Depuis la loi du 11 mars 1988, l'Etat accorde chaque année et sous certaines conditions une subvention directe à certaines formations politiques. (DANIEL KARMANN / DPA)

Une bérézina coûteuse. La claque reçue au premier tour des législatives par le Parti socialiste et Les Républicains ne se mesure pas qu'au plan politique. Au-delà de la perte de nombre de sièges à l'Assemblée et de la représentativité, les deux partis vont voir leurs subventions publiques fondre comme neige au soleil. Car depuis une loi de 1988, l'Etat accorde chaque année une enveloppe à certaines formations politiques, calculée en fonction de leurs résultats à ce scrutin et potentiellement amputée en cas de non-respect de la parité.

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Pas besoin forcément d'obtenir un siège à l'Assemblée. Pendant cinq ans, un parti reçoit 1,42 euro par voix et par an, s'il a présenté, dans au moins 50 circonscriptions ou dans au moins un département ou une collectivité d’outre-mer, des candidats ayant obtenu au moins 1 % des suffrages exprimés. Bonus, ils reçoivent plus de 37 000 euros par député ou sénateur rattachés au dit parti. Ces subventions "vont faire vivre les partis pendant cinq ans, donc c'est un élément très important dans la négociation des coalitions électorales", confirme le chercheur Abel François, auteur du Financement de la vie politique (Editions Armand Colin).

Franceinfo a calculé le manque à gagner provoqué par le raz-de-marée de La République en marche.

Jusqu'à 18,5 millions d'euros en moins chaque année pour le PS

L'addition s'annonce salée pour le Parti socialiste. Majoritaire en nombre de voix et de députés en 2012, le PS bénéficiait de la plus grosse part du gâteau depuis cinq ans. En 2016, il s'est ainsi vu octroyer près de 25 millions d'euros. Au premier tour, le parti a égaré près de six millions de voix. Et au second tour, seulement 12 candidats étiquettés PS sont en mesure de l'emporter, selon notre décompte, à comparer avec les 280 députés socialistes actuellement installés dans l'Hémicycle. Le Parti socialiste devrait en conséquence perdre plus de 18,5 millions d'euros chaque année.

Les élections sénatoriales prévues en septembre prochain – mais dont la date pourrait être reportée – achèveront peut-être de diminuer le nombre de parlementaires PS et l'enveloppe budgétaire qui va avec. Une catastrophe en perspective pour Solférino. Le financement public, c'est qui va permettre à un parti "de payer un local, un siège, de faire face à ses factures, d'embaucher des salariés..., détaillait Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof, sur BFMTV. Le pire qui puisse arriver pour un très gros parti politique, avec des permanents, avec des locaux qui lui demandent beaucoup de budget, c'est d'avoir une élection qui d'un seul coup le fait diminuer extrêmement fortement."

Petite consolation pour le PS, le parti ne devrait pas être trop amputé de ses subventions pour cause de non-respect de la parité. Avec 44,2% de candidates, le parti n'est pas trop éloigné de l'objectif des 50%. En outre, il n'est pas endetté et est propriétaire de son siège, rue de Solférino à Paris. Le premier secrétaire du parti, Jean-François Cambadélis, éliminé dès le premier tour à Paris, avait évoqué l'idée d'un déménagement pendant la campagne. "Nous allons être amenés à faire des économies drastiques", avait de son côté prévenu le trésorier du PS, Jean-François Débat, dans Le Canard enchaîné. "Cela étant, j'espère que nous n'en serons pas au niveau des législatives de 1993", avait-il glissé. Le PS au pouvoir n’avait obtenu que 57 sièges à l’Assemblée nationale. Soit beaucoup plus que les projections actuelles...

Un manque à gagner estimé à 5 millions d'euros par an pour Les Républicains

Le revers financier est moins important pour le parti de droite. En 2016, les Républicains avaient touché une manne d'environ 19 millions d'euros.  Avec près de 3,5 millions de voix perdues et une centaine de députés en moins, le parti devrait voir s'évanouir un peu moins de 5 millions d'euros par an. Mais contrairement au PS, LR est endetté en raison de l’affaire Bygmalion. "[Notre] endettement a été réduit de 20 millions d'euros, calculait dans Le Parisien le trésorier Daniel Fasquelle, début juin. Le montant que nous devons encore rembourser correspond au prix de notre siège rue de Vaugirard."

Du reste, le parti est mauvais joueur en termes de parité. En 2012, l'UMP n'a présenté que 25,5% de femmes aux élections législatives, faisant une croix sur 3,5 millions d’euros de financement public. En 2017, LR fait un peu mieux avec 39% de candidates, selon La Tribune, mais il devrait de nouveau écoper d'une sanction. 

En outre, l'hémorragie financière pourrait s'accentuer en début d'année prochaine, lorsque les parlementaires devront signaler à quel parti ils souhaitent être rattachés. "Il est probable que certains députés LR préfèrent être rattachés à des structures satellites, pour prendre un nouvel élan", explique à franceinfo Abel François. Si le PS devrait aussi être confronté à ce phénomène, ces petites formations sont plus nombreuses à droite, précise le chercheur.  

Un jackpot à partager avec le MoDem pour La République en marche   

Au contraire, le parti d'Emmanuel Macron est non seulement bon élève sur le plan de la parité, avec 50,43% de candidates, mais il devrait rafler une grande majorité de sièges à l'Assemblée. Rien qu'avec ses 6,4 millions de voix au premier tour, le parti créé il y a tout juste un an peut espérer plus de 9 millions d'euros chaque année sous la mandature à venir. Son alliance avec le MoDem peut espérer entre 415 à 455 députés, selon notre estimation Ipsos//Sopra Steria*. Si le résultat se confirme au second tour, jusqu'à 17 millions d'euros s'ajouteraient à la cagnotte, à partager avec la formation de François Bayrou.

Un trésor de guerre qui permettrait d'assurer une confortable assise financière au tout jeune parti, qui ne comptait, depuis un an, que sur les généreux dons de particuliers – dans la limite de 7 500 euros par personne – et sur un emprunt de 8 millions d'euros effectué par Emmanuel Macron. Le président fera les comptes au soir du second tour, dimanche 18 juin.

*Estimation Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France, "Le Point", France 24 et LCP-AN.