Législatives 2022 : pourquoi les projections de sièges à l'Assemblée nationale sont à prendre avec prudence

A l'approche des élections législatives des 12 et 19 juin, les sondages se multiplient sur le nombre de sièges que pourraient obtenir les différentes formations.

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Des députés dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, à Paris, le 21 septembre 2021. (QUENTIN DE GROEVE / HANS LUCAS / AFP)

Emmanuel Macron disposera-t-il d'une majorité parlementaire pour appliquer ses réformes ? Jean-Luc Mélenchon réalisera-t-il son ambition d'imposer une cohabitation à l'actuel chef de l'Etat ? Le Rassemblement national de Marine Le Pen aura-t-il un groupe parlementaire ? Autant de questions centrales dont la réponse sera donnée par les urnes lors des élections législatives des dimanches 12 et 19 juin. D'ici là, les instituts de sondages tentent de mesurer les intentions de vote des électeurs et leurs conséquences sur la future composition de l'Assemblée nationale.

Deux types de sondages ont fleuri ces dernières semaines : ceux qui mesurent le rapport de forces des différents partis ou coalitions au premier tour et les projections de sièges au lendemain du second tour. Comme l'explique à franceinfo Mathieu Gallard, directeur d'études à l'institut Ipsos, ces derniers doivent être considérés avec prudence, car ils intègrent un grand nombre de variables.

Franceinfo : les sondages en projections de sièges sont-ils fiables ?

Mathieu Gallard : Le mode de scrutin des législatives fait qu'il n'y a pas du tout de proportionnalité dans la répartition des sièges, qui ne se fait pas en fonction du pourcentage de voix au premier tour, mais selon plusieurs aspects importants. Le premier, c'est le nombre de circonscriptions dans lesquelles vous pouvez vous maintenir au second tour. Soit vous arrivez dans les deux premiers et vous êtes automatiquement qualifié, soit vous êtes troisième et vous vous qualifiez si vous obtenez un score supérieur à 12,5% des inscrits.

A l'incertitude du nombre de candidats qualifiés au second tour s'ajoute celle des reports de voix. Il y a ainsi des configurations différentes d'une circonscription à l'autre. Dans la plupart d'entre elles, il y aura des duels entre la majorité présidentielle et la Nupes, mais on trouvera aussi des seconds tours qui incluront le Rassemblement national, Les Républicains, voire d'autres forces. Il faut prendre en compte les reports de voix des électeurs des candidats éliminés, dans des configurations multiples, sur tout le territoire. Le processus est assez complexe. Quand on fait des projections en sièges, on donne des fourchettes, qui sont souvent assez larges.

Justement, comment sont construites ces projections ?

Pour le premier tour, on présente aux personnes interrogées la liste des candidats présents dans leur circonscription et on leur demande pour qui elles vont voter. Ensuite, à Ipsos, on a découpé le pays en différentes strates. On sait qu'il y a des circonscriptions dans lesquelles le scénario Ensemble-Nupes est le plus probable au second tour, mais d'autres penchent vers un duel Ensemble-RN. Dans un second temps, on va demander aux électeurs pour qui ils voteraient dans ces deux types de second tour.

"Un autre paramètre entre en compte : on applique une sorte de coefficient avec les résultats de 2017, dans chaque circonscription, pour chaque parti."

Mathieu Gallard, directeur d'études à l'institut Ipsos

à franceinfo

On regarde notamment ce que donne ce coefficient dans les circonscriptions où il y a des députés sortants d'un parti. Ainsi, même si un parti s'effondre par rapport à 2017, comme ce pourrait être le cas pour Les Républicains, il devrait nettement moins s'effondrer dans les circonscriptions où il a des députés sortants, ce qui a une incidence sur la répartition finale des sièges à l'Assemblée nationale.

Ces projections sont-elles beaucoup plus complexes à réaliser qu'un sondage classique ?

Oui, notamment par rapport à l'élection présidentielle, car il y a beaucoup plus d'incertitudes que pour un rapport de forces "classique". Si on regarde ce qui s'est passé en 2017, ce n'était pas parfait et il y a eu une surévaluation du vote pour LREM, mais aucun institut de sondage ne s'est trompé dans le classement des forces politiques. En termes de rapports de forces très précis, les sondages donnent une indication relativement solide dans l'ensemble.

Les reports de voix sont-ils plus difficiles à mesurer, plus volatiles, que lors des élections législatives précédentes ?

C'est plus compliqué que d'habitude. Avant 2017, on avait traditionnellement des affrontements entre la droite et la gauche, ce qui était beaucoup plus facile. Là, il y a beaucoup plus d'incertitudes sur l'identité des finalistes dans chaque circonscription car il y a trois blocs rapprochés en termes de voix. Les députés sortants de droite occupent aussi une place importante, ce qui complexifie davantage les projections.

Les projections de l'Assemblée nationale seront-elles plus précises au lendemain du premier tour ?

Après le premier tour, on saura qui est qualifié dans chaque circonscription, ce qui enlève une partie de l'incertitude. Après, il y a la question des reports de voix et on n'a que très peu de temps pour bien les mesurer, d'autant plus que les candidatures sont déposées le mardi, à trois jours de la fin de campagne. En 2017, entre les deux tours, on n'avait pas totalement vu ce qui s'était passé : dans bon nombre circonscriptions où les candidats macronistes étaient bien placés, il y a eu un petit front contre la majorité pour Emmanuel Macron, ce qui s'était soldé par quelques dizaines de circonscriptions perdues pour LREM et le MoDem, à qui on prédisait une majorité plus importante.

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