VIDEO. Européennes 2019 : les affiches hors-la-loi des partis

A chaque campagne électorale, ça recommence : l’affichage sauvage. Des militants, incognito, tapissent nos villes ! Une infraction au Code de l’environnement qui a au moins un mérite : les noms et les visages des coupables sont placardés sur tous les murs.

Atelier collage à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise). Lors d’une campagne, les affiches sont autorisées à des endroits bien précis, comme sur des colonnes publiques ou sur les panneaux électoraux.

Mathieu Bouda, militant de La République en Marche (LREM), vient de recevoir de nouvelles affiches, à l'effigie du président Macron. Sa mission du jour : en coller un maximum. “C’est un collage tout à fait autorisé, assure ce macroniste de 28 ans, suppléant du député Aurélien Taché. Chacun est libre d’y afficher ce qu’il veut.”

Rien à voir avec de l’affichage sauvage qui, lui, est interdit ? “Non absolument pas, répond-il sans hésitation. C’est une pratique avec laquelle je ne suis pas du tout à l’aise et qui dégrade l’environnement.” Bref, ici tout est en règle…

Des jeunes macronistes en infraction

Mais à la nuit tombée, c’est une autre histoire. Les Jeunes avec Macron (JAM) sont de sortie dans la capitale. Nom de code de l’opération : TAC, pour tractage, apéro, collage. Mais un collage sauvage cette fois-ci : la dizaine de militants en action ce soir-là apose leurs affiches sur des barrières de chantier, sous nos yeux. "C'est pour un festival de musique !" tente dans un premier temps l'un des participants. Une autre finit par admettre. "On colle uniquement sur les endroits où une affiche a déjà été posée, et on s'engage à tout décoller à la fin de la campagne, dès dimanche", promet-elle. Nous vérifierons...

En attendant, c’est illégal : l’affichage sauvage est puni d’une amende de 200 euros maximum, par affiche et par jour selon le Code de l’environnement. Martin Bohmert, délégué général des Jeunes avec Macron, en a conscience et assume. Il avance même un argument politique. “C’est pas bien ce qu’ils ont fait, juge-t-il. Mais je préfère recoller des panneaux avec des affiches de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella plutôt que de les laisser à la vue de tous les Français.”

Toulouse, une ville qui a déjà sévi

Mais l’affichage sauvage n’est pas l’apanage du parti présidentiel : les visages de François Asselineau, Manon Aubry, Benoît Hamon ou Nicolas Dupont-Aignan décorent aussi nos rues. Au point qu’à Toulouse (Haute-Garonne), lors des dernières élections législatives, le maire a mis les partis à l’amende : 12 euros par affiche hors des panneaux officiels. "Je voyais une prolifération d’affichages sauvages, se souvient Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse. Les gens savaient que ce n’était pas réprimé, qu’on n'appliquait pas la loi. Cela pose surtout un problème de propreté et d’esthétique.”

En 2017, Toulouse a dressé pour 30 000 euros d’amendes pour affichage électoral illicite. Si toutes les communes de France s’y mettaient, pas de doute, cela ferait mal aux partis politiques.