Pourquoi Jean-Claude Juncker présidera la Commission européenne alors que personne n'en voulait

L'ancien Premier ministre du Luxembourg, candidat officiel du Parti populaire européen, a réussi à s'imposer à défaut de charmer.

Le Premier ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker, le 29 juin 2012, à Bruxelles (Belgique) pour le sommet de l\'Union européenne.
Le Premier ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker, le 29 juin 2012, à Bruxelles (Belgique) pour le sommet de l'Union européenne. (GEORGES GOBET / AFP)

David Cameron a eu beau s'agiter, il devra s'y résoudre. Le candidat du Parti populaire européen (PPE), Jean-Claude Juncker, a été élu, mardi 15 juillet, président de la Commission européenne, après avoir été proposé par 26 des 28 chefs d'Etat et de gouvernement européens.

La campagne de celui qui visait a priori la présidence du Conseil européen et qui a déjà refusé le poste en 2004 était pourtant mal engagée. Détesté par le Premier ministre britannique, peu charismatique et lui-même initialement réticent, selon Libération, le Luxembourgeois a fini par faire consensus. 

Pourquoi a-t-il triomphé ?

Parce qu'il est le candidat du parti européen majoritaire

C'est la nouveauté de cette élection, depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2009 : le président de la Commission doit être désigné "en tenant compte des élections au Parlement européen". 

En théorie, le Conseil européen, qui regroupe les chefs d'Etat et de gouvernement des 28 membres, a toujours l'initiative de la proposition, validée ensuite par le Parlement à travers un vote. Mais les partis européens représentés au Parlement lui ont habilement damé le pion en désignant chacun un candidat officiel en amont des élections européennes.

Au lendemain du scrutin, le PPE, arrivé en tête des élections avec 211 sièges contre 193 pour le Parti socialiste européen, a donc aussitôt revendiqué son dû. 

Parce qu'il est un homme de consensus

Reste que le PPE ne dispose pas d'une majorité absolue au Parlement : Juncker devait donc convaincre au delà de sa famille politique, et notamment les sociaux-démocrates européens, pour rassembler une majorité derrière son nom avant le vote au Parlement, qui aura lieu en juillet.

Heureusement, c'est peu dire que Jean-Claude Juncker maîtrise l'art du consensus. L'ancien secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a dit de lui qu'il l'admirait pour son "génie du compromis". Dans un portrait que lui a consacré Le Monde alors qu'il était président de l'Eurogroupe, réunion des ministres des Finances européens, Juncker se présentait comme étant "le seul au Conseil à avoir vécu des événements en Europe dont [ses] homologues n'ont même pas entendu parler", manière de mettre en avant son expérience dans les couloirs des institutions bruxelloises. 

Plutôt que de s'opposer à ce candidat conservateur mais modéré, les chefs d'Etat et de gouvernement de gauche ont donc préféré négocier. En soutenant Jean-Claude Juncker, les socialistes européens espèrent obtenir du "temps pour la réduction des déficits", affirme le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel, et une flexibilité sur l'austérité souhaitée par Bruxelles. Pour l'ancien ministre des Finances Pierre Moscovici, pressenti comme futur commissaire européen, le soutien à Juncker n'est pas "un chèque en blanc". Selon lui, la nomination du Luxembourgeois est le moyen d'avoir une Europe "moins libérale". 

Parce que David Cameron a perdu sa bataille

Dans son camp, Juncker n'était pas vraiment le candidat coup de cœur. Il est en particulier la bête noire de David Cameron qui, confronté à la montée de l'euroscepticisme dans son pays, voit d'un très mauvais œil l'arrivée aux commandes de ce fervent fédéraliste, qui s'est souvent opposé aux multiples exemptions réclamées par les Britanniques.

Les conservateurs suédois et néerlandais, un temps tentés de rejoindre le front anti-Juncker, ont fini par lâcher Cameron. Le Premier ministre britannique a sorti l'artillerie lourde en brandissant la menace d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE. Peine perdue, il s'est attiré les foudres de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui n'a pas hésité à le remettre à sa place : "J'ai dit que Jean-Claude Juncker était mon candidat, que je souhaite qu'il soit le président de la Commission." Et tant pis pour la piste Christine Lagarde, un temps évoquée pour tenter, selon La Tribune, d'apaiser l'allié britannique.

Reste la Hongrie, qui s'est jointe au réquisitoire de David Cameron. Pas de quoi faire pencher la balance contre Jean-Claude Juncker.