Européennes : "le double pari risqué" de Marine Le Pen, détaillé par un politologue

La présidente du Rassemblement national tente de "ringardiser la jeunesse du macronisme", mais le ralliement d'un ancien ministre de droite "peut aussi ringardiser" le parti, selon Erwann Lecœur, spécialiste de l'extrême droite.

Le siège du Rassemblement national à Paris, le 3 décembre 2018 (illustration).
Le siège du Rassemblement national à Paris, le 3 décembre 2018 (illustration). (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

Le Rassemblement national (RN) entre en campagne, dimanche 13 janvier, pour les élections européennes du 26 mai prochain. Selon Erwan Lecœur, politologue, Marine Le Pen réalise "un double pari", avec Jordan Bardella, 23 ans, à la tête de la liste, tout en recrutant "des gens d'expérience" comme Thierry Mariani. Mais c'est un "pari risqué", souligne-t-il.

franceinfo : Des électeurs de droite traditionnelle peuvent-ils se rallier au RN après le recrutement de Thierry Mariani, ex-Les Républicains (LR) ?

Erwan Lecœur : Cela peut rallier des électeurs de droite qui pensaient que le RN n'avait pas des gens d'expérience parmi ses cadres. Et puis il y a un double pari que Marine Le Pen est en train de tenter. Tout d'abord, elle met Jordan Bardella, un très jeune, à la tête de la liste aux européennes et elle tente de ringardiser la jeunesse du macronisme. Et en même temps, elle essaie de dire que le RN est un parti qui peut attirer un certain nombre d'électeurs anciennement de droite, voire de gauche. On verra si ce pari marchera. Toutefois, avoir un ancien ministre de droite dans ses rangs peut aussi ringardiser le RN. C'est donc un double pari risqué.

Est-ce que le RN peut faire mieux que le FN lors des élections européennes de 2014 dont il était sorti en tête avec 25,4 % des suffrages ?

Le FN a toujours fait de bons scores aux élections européennes, mais également lors des années "en 4". C'est d'ailleurs en 1984 que le Front national dépasse la barre des 10% et devient un parti réellement national. Le RN veut aujourd'hui rester le premier parti de France pour les européennes et on s'oriente vers cela puisque depuis quelques semaines, La République en marche n'est plus en tête des sondages. Toutefois, en 2014, les 25% du FN étaient totalement inédits. Si le RN refait le même score en 2019, ce sera une énorme victoire pour le parti.

Le Rassemblement national semble être la principale force politique du pays : comment l'expliquer ?

Beaucoup de phénomènes convergent pour rendre l'ambiance sociale et politique favorable aux idées du RN. Dans l'actualité, il y a bien sûr l'effet "gilets jaunes". Mais plus largement, depuis quelques années, il y a un rejet des institutions et du président de la République, comme on a pu le voir dans le dernier baromètre du Cevipof. Derrière cela, il y a un phénomène européen et mondial avec ces grandes puissances qui ont basculé à l'extrême droite, comme le Brésil, les États-Unis, l'Inde, la Turquie, la Russie, l'Autriche ou la Hongrie. On se demande si la France n'est pas encore une sorte de dernier petit vaisseau, dans lequel le FN est arrivé tôt, mais où les populistes nationalistes n'ont pas encore pris le pouvoir.