Voter FN avantage-t-il vraiment le PS, comme le dit Nicolas Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy a fait du "FNPS" son nouveau leitmotiv de campagne, arguant devant les militants que voter pour le FN revient à aider le PS.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, lors de la convention de son parti pour les élections départementales, le 28 février 2015 à Paris.
La présidente du Front national, Marine Le Pen, lors de la convention de son parti pour les élections départementales, le 28 février 2015 à Paris. (CHAMUSSY / SIPA)

A l'approche des élections départementales des 22 et 29 mars, Nicolas Sarkozy en a fait son élément de langage favori. Pour le président de l'UMP, "le FNPS est la seule réalité électorale". "Voter pour le FN au premier tour, c'est faire gagner la gauche au second", explicite-t-il d'abord dans Le Figaro, lundi 2 mars. "Une voix pour le FN, c'est une voix pour la gauche", répète-t-il en meeting à Marseille, jeudi 5 mars. Mais le président de l'UMP a-t-il raison ?

Oui, les triangulaires ont déjà favorisé le PS dans le passé

Cet angle d'attaque de la droite à l'encontre du FN et du PS n'est pas nouveau : il date des années quatre-vingt. Pour affaiblir le RPR aux élections législatives de 1986, François Mitterrand instaure la proportionnelle. Pas moins de 35 députés frontistes font alors leur entrée à l'Assemblée nationale. La droite accuse aussitôt le PS d'être l'allié du FN, pour la faire perdre. 

Rebelote en 1997. Aux élections législatives, le Front national parvient à imposer 76 triangulaires au PS et au RPR. Dans une majorité des cas (62%), le PS sort vainqueur. De quoi nourrir l'argumentaire de la droite, selon lequel voter pour l'extrême droite servirait le Parti socialiste.

Oui, le FN prend plus de voix à droite qu'à gauche

Cette idée de l'UMP est confortée par les enquêtes d'opinion, qui montrent que le Front national prend globalement plus de voix à droite qu'à gauche. "Une part importante de l'électorat de Nicolas Sarkozy en 2012 est aujourd'hui tentée par le vote FN", acquiesce le politologue Frédéric Dabi, sondeur à l'Ifop, contacté par francetv info.

Selon un sondage Ifop publié en février dans le JDD, 19% des Français qui ont voté Nicolas Sarkozy au premier tour en 2012 souhaitent aujourd'hui la victoire des candidats du Front national aux élections départementales. Une proportion nettement plus importante que celle des électeurs de François Hollande (13%). Autrement dit, l'UMP pourrait perdre plus d'électeurs que le PS, ce qui risquerait, mathématiquement, d'avantager la gauche.

Non, dans les faits, les choses sont plus compliquées

Dans le détail, pourtant, les choses sont bien plus complexes. "Le propos selon lequel voter FN au premier tour ferait gagner le PS au second est tout sauf une évidence", assure Frédéric Dabi. D'abord, les élections départementales, c'est 2 054 cantons, et autant de particularités locales. Or, "le plus probable, vu le contexte actuel, c'est que les candidats du PS arrivent derrière ceux de l'UMP et du FN dans de très nombreux endroits". Dans la plupart des cas, le PS devrait alors appeler à voter pour le candidat de droite, pour empêcher, au nom du principe de front républicain, l'élection de candidats lepénistes.

En réalité, c'est dans les régions où l'UMP n'est pas très forte ni très bien implantée qu'elle pourrait surtout faire les frais du vote FN au premier tour (notamment dans le nord et l'est de la France). Dans les régions où la droite est mieux ancrée, en revanche, le vote FN devrait davantage pénaliser le Parti socialiste. Mais seuls les résultats au soir du 22 mars permettront de savoir qui de l'UMP ou du PS aura le plus souffert du vote frontiste.