Départementales : pourquoi les résultats ont donné l'impression d'un grand bazar

Union de la gauche, divers gauche... Comment expliquer cette valse des étiquettes politiques ? Pourquoi les estimations des résultats du premier tour ont-elles autant varié, entre les instituts de sondage et la nomenclature du ministère de l'Intérieur ? 

Pointage des voix à la mairie de Guargualé (Corse-du-Sud), le 22 mars 2015, au premier tour des départementales. 
Pointage des voix à la mairie de Guargualé (Corse-du-Sud), le 22 mars 2015, au premier tour des départementales.  (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

D'où vient le grand cafouillage ? A 20 heures, dimanche 22 mars, il y avait autant d'estimations du vote au premier tour des élections départementales que d'instituts de sondage. Et l'ordre d'arrivée des partis sur le podium différait également. Ipsos créditait le bloc de droite (UMP-UDI-divers droite) de 36% des voix, plaçait le bloc de gauche (PS-PRG-divers gauche) à 28,5% et le FN à 24,5%.

A la même heure, l'Institut CSA donnait l'UMP et l'UDI en tête, à 31% des voix, le FN derrière avec 24,5% et le "PS et alliés" à seulement 19,7%. L'Ifop, quant à lui, situait l'UMP-UDI-MoDem à 29,2%, le Front national à 26,3% et le PS à 21,4%. De quoi donner un sentiment de confusion et mettre en doute la crédibilité des estimations.

Ces estimations divergentes traduisent en fait une différence de méthodologie. Car si les scores des forces de droite (l'UMP alliée au centre) et du FN semblent avoir fait consensus, plusieurs méthodes ont été utilisées pour le décompte du bloc de gauche. 

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La gauche morcelée et des binômes difficiles à étiqueter

L'une des difficultés réside dans l'originalité du scrutin : pour la première fois, seuls des binômes constitués d'une femme et d'un homme pouvaient se présenter pour les départementales. Mais ils ne rassemblaient pas forcément des candidats issus de la même formation politique. Le décompte par partis était donc très délicat. L'UMP a formé de très nombreux binômes avec l'UDI. Et la gauche s'est présentée particulièrement désunie pour ce scrutin : PS, Europe Ecologie-Les Verts, PCF, Parti de gauche, Parti radical de gauche... Selon les configurations et alliances locales, un binôme constitué du PS et du Parti radical de gauche pouvait par exemple se retrouver face un tandem EELV-Front de gauche. Difficile dans ce cas d'évaluer le score du bloc formé, au niveau national, par le Parti socialiste et ses alliés locaux. 

A cela s'ajoute la qualification choisie par le ministère de l'Intérieur pour répertorier les candidats. Union de la gauche, divers gauche, union de la droite et divers droite, s'ajoutent aux étiquettes traditionnelles des partis politiques (PS, UMP, FN, etc) dans les résultats communiqués par le ministère de l'Intérieur. Quelles réalités derrière ces appellations ?

Là aussi, les cas sont complexes. L'union de la gauche désigne les binômes investis par le PS et accompagnés par l'un des partis de gauche. Résultat : si l'on prend le cas d'EELV, les candidats écologistes sont comptabilisés en partie sous la bannière d'EELV, sous l'étiquette union de la gauche lorsqu'ils étaient alliés au PS et sous l'étiquette divers gauche lorsqu'ils étaient en binôme avec l'une des autres forces de la gauche... Si bien que seul un binôme constitué de deux personnes issues du même parti est comptabilisé par l'Intérieur comme un score de ce parti. Les autres binômes vont enrichir les catégories citées précédemment.

Colère d'EELV, du Front de gauche... 

Le Monde (article abonnés) signale un autre cas litigieux : celui du Front de gauche (qui est une coalition de partis, principalement formée par le PCF et le Parti de gauche). Aux yeux du ministère de l'Intérieur, un binôme Front de gauche ne pouvait être constitué que d'un candidat PCF et d'un autre Parti de gauche. Un tandem avec deux membres PCF est étiqueté PCF, idem pour deux candidats Parti de gauche. Quant aux membres d'une autre composante du Front de gauche, ils seront comptabilisés comme des divers gauche. De quoi susciter la colère d'EELV et du Front de gauche, qui ont tenu à communiquer "leurs" résultats du premier tour, lundi 23 mars. L'UMP avait aussi dénoncé en février un usage abusif de l'étiquette divers droite. 

Plus problématique : Le Monde a aussi constaté que dans l'Ain, un binôme Radical de gauche-divers gauche s'est retrouvé sous la bannière union de la gauche (mais sans le PS). Deux tandem PS-divers gauche ont également la même dénomination. Enfin, le quotidien recense un binôme union de la gauche constitué par un divers gauche et un divers droite ! "La corrélation entre le RNE [Répertoire national des élus, qui listent les élus et leurs nuances politiques] et les nuances individuelles des candidats n'est pas automatique. La nuance attribuée à un scrutin peut refléter l'évolution politique du candidat (…) à partir de l'ensemble des éléments connus de celui-ci", s'est justifié le ministère de l'Intérieur, interrogé par Le Monde