Relance du fret ferroviaire : pour faire revenir les clients, "il faut une qualité de service et des trains à l'heure", prévient un spécialiste

Selon Franck Tuffereau, il faudrait consacrer un budget important notamment aux travaux d'infrastructures pour arriver à une qualité de service convenable.

Des trains de fret en gare de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime).
Des trains de fret en gare de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime). (ROBERT FRANCOIS / AFP)

"Il faut une qualité de service, des plans de transport respectés et des trains à l'heure", prévient mardi 28 juillet sur franceinfo Franck Tuffereau, coordinateur de l’Alliance 4F (fret ferroviaire français du futur), qui regroupe les acteurs de la filière en France. Il réagit à la volonté de l'État de relancer le fret ferroviaire en France.

franceinfo : Quelle est concrètement aujourd'hui la situation du fret en France ?

Franck Tuffereau : Elle représente 9% de part modale de marché, par rapport aux autres modes, contre une moyenne de 18% en Europe. Ceci montre que la France est quand même très en retrait par rapport à ce qu'on devrait faire. Ce secteur ferroviaire a prouvé son intérêt pendant la crise sanitaire. On a bien vu que 100% des plans de transport ont pu fonctionner pour livrer les Français confinés.

L'État veut notamment relancer l'autoroute ferroviaire Perpignan-Rungis, les premiers et derniers kilomètres étant reliés par camion. Elle a été supprimée en juillet 2019, faute de clients. Qu'est-ce qui nous prouve qu'aujourd'hui, elle pourrait à nouveau séduire ?

Ce qui est important, au-delà des annonces de l'État, c'est la qualité de service. Pour avoir une qualité de service, il faut avoir accès au réseau de manière très libre, avec des plans de transport qui soient respectés, des trains à l'heure. Pour ça, des financements sont prévus. Nous avons fait des propositions, pour doubler la part du fret en dix ans, c'est-à-dire d'arriver à 18% en 2030. Pour cela, on peut consacrer une première enveloppe, qu'on a à peu près chiffrée à 1,3 milliard d'euros, qui serviraient à la relance et au lancement des études. Ensuite, ce sera une enveloppe d'environ 1,5 milliard d'euros en dix ans pour arriver à avoir les travaux d'infrastructure nécessaires.

En termes d'objectifs, le gouvernement table sur 20 000 poids lourds de moins sur les routes en 2021, ce qui correspond à 425 000 tonnes de CO2 en moins. Est-ce que ça vous paraît réaliste ?

Oui, à partir du moment où il y a une vraie volonté politique. On l'a vu en Europe : certains pays sont à 45% de part modale de marché, comme en l'Autriche. On rappelle que dans notre ambition de doubler la part de fret, c'est plus d'un million de tonnes de CO2 par an d'économisées.