Prix du carburant : "On ne peut pas avoir de transition écologique sans justice sociale, sans justice fiscale"

Les députés LR Damien Abad et Guillaume Peltier lancent un appel pour la création d'un chèque carburant de 100 euros destiné aux salariés "des territoires" pour compenser la hausse des prix de l'essence et du diesel.

Pompe à essence Total, à Vesoul, en région Bourgogne-Franche-Comté.
Pompe à essence Total, à Vesoul, en région Bourgogne-Franche-Comté. (JEAN-FRANCOIS FERNANDEZ / RADIOFRANCE)

"On ne peut pas avoir de transition écologique sans justice sociale, sans justice fiscale", a réagi lundi 5 novembre sur franceinfo Damien Abad. Le député Les Républicains lance un appel, avec le député Guillaume Peltier, pour la création d'un chèque carburant de 100 euros destiné aux salariés "des territoires" pour compenser la hausse des prix de l'essence et du diesel. Mais le gouvernement n'a pas l'intention de généraliser à toute la France ce "chèque carburant", existant dans la région Hauts-de-France. "On demande à ce que cet effort, en vue de la transition écologique, soit un effort partagé et supporté par tout le monde, et pas simplement par la France des milieux de cordée ou des classes moyennes qui n'ont jamais le droit à rien et qui paient toujours tout", répond Damien Abad.

franceinfo : Quelle est la différence avec l'aide qui existe dans les Hauts-de-France ?

Damien Abad : C'est un dispositif qui partage la même philosophie. L'objectif, c'est de s'appuyer sur le modèle de ticket restaurant, et qui est de permettre à chaque citoyen et salarié qui se rend sur son lieu de travail de pouvoir bénéficier d'un chèque carburant à hauteur de 100 euros par mois, ce qui permet tout simplement de compenser la hausse des carburants. Ce ne sont pas les salariés qui doivent être pénalisés. L'objectif est de répondre à une inégalité aujourd'hui entre celles et ceux qui vivent en agglomération, qui ont parfois le droit à des remboursements de cartes orange ou de pass Navigo, et ceux qui vivent en zone rurale ou péri-urbaine, qui n'ont pas d'autres choix que d'utiliser leur voiture et qui n'ont le droit à aucun remboursement. À partir de là, ce que nous proposons, ce que nous disons au gouvernement, c'est de ne pas avoir une fiscalité écologique punitive. On ne peut pas avoir de transition écologique sans justice sociale, sans justice fiscale. Dans nos propositions, on partage la même philosophie que ce qu'a fait Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France, et nous demandons au gouvernement, non pas d'assumer cette hausse des carburants, mais d'entendre la colère des Français.

Vous avez pris l'exemple du ticket restaurant avec une part employeur/une part employé, et vous l'avez évoqué vous-même : des employeurs remboursent déjà une partie des dépenses de transport de leurs salariés...

Oui, ils remboursent une partie des dépenses de transport notamment pour celles et ceux qui sont en agglomération, par le biais du pass Navigo, ou pour ceux qui peuvent déduire un certain nombre de frais réels. Nous proposons justement de toucher dans le dispositif, non pas tous les Français, mais celles et ceux qui n'ont pas le droit à ces remboursements, parce que pour eux c'est la double peine ! Non seulement ils ne sont pas remboursés, mais en plus de cela ils doivent supporter la hausse des carburants, et malheureusement ils n'ont parfois pas d'autres choix que de prendre leur voiture parce que le réseau de transports en commun n'est pas assez dense. C'est pour cela qu'on propose aussi la création d'un fonds mobilité qui permettra de financer la mobilité propre, parce qu'on ne peut pas avoir de fiscalité écologique uniquement punitive.

Qui met la main à la poche ? Les régions ?

D'abord, il y aura une part employeur et une part employé sur le modèle du ticket restaurant, ainsi qu'une contribution des sociétés d'autoroutes, parce que, comme l'a dit le rapport qui a été rendu par l'Autorité de la concurrence, depuis leur privatisation, il y a un déséquilibre financier au détriment de l'État et au profit des sociétés d'autoroutes. On demande à ce que cet effort, en vue de la transition écologique, soit un effort partagé et supporté par tout le monde, et pas simplement par la France des milieux de cordée ou des classes moyennes qui n'ont jamais le droit à rien et qui paient toujours tout.


Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire est opposé à ce genre de mesures, il y voit "une solution à court terme qui contribuerait au réchauffement climatique". Que lui répondez-vous ?

Je lui dis qu'il faut qu'il accorde ses violons avec son propre président de la République, parce que vous avez d'un côté un Premier ministre et un ministre de l'Économie qui ferment la porte, qui nous disent "Circulez, il n'y a rien à voir", et de l'autre un président de la République qui lui-même dit qu'on pourrait lancer cette négociation avec les employeurs. Je me pose tout simplement la question de qui il faut écouter ? Et dans le même temps, le porte-parole du gouvernement M. Griveaux qui considère que "Ceux qui fument des clopes et roulent au diesel" sont des pestiférés. Il a démenti, mais enfin, il a démenti mollement, et lorsqu'il a répondu à Laurent Wauquiez, il n'était pas dans le démenti à ce moment-là, donc permettez-moi d'en douter. Au-delà de ça, ce qu'on attend aujourd'hui, ce sont des réponses fortes du gouvernement, qu'il comprenne et entende la colère des Français, qui est une colère forte parce que le travail n'est plus suffisamment rémunérateur. Quand j'entends le président de la République qui nous dit qu'il privilégie la taxation des carburants sur la taxation du travail, nous lui disons que taxer les carburants, c'est taxer le travail de manière déguisée, puisque c'est s'en prendre aux salariés qui utilisent leur voiture pour se rendre sur leur lieu de travail.