Ces intox qui circulent sur les réseaux sociaux autour de la mobilisation des "gilets jaunes"

Les blocages organisés partout en France depuis le 17 novembre ont donné lieu à quelques "fake news" relayées sur Twitter et Facebook notamment.

Une des intox diffusées le 17 novembre à l\'occasion de la première journée nationale de mobilisation des \"gilets jaunes\". Cette photo de la place de Jaude à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) a en réalité été prise lors de la finale de la Coupe d\'Europe de rugby, le 13 mai 2017.
Une des intox diffusées le 17 novembre à l'occasion de la première journée nationale de mobilisation des "gilets jaunes". Cette photo de la place de Jaude à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) a en réalité été prise lors de la finale de la Coupe d'Europe de rugby, le 13 mai 2017. (THIERRY ZOCCOLAN / AFP)

Une mobilisation d'un genre inédit, un mouvement peu structuré et un climat général de défiance à l'égard des médias. La mobilisation des "gilets jaunes", qui organisent des blocages sur la voie publique depuis le samedi 17 novembre, réunit tous les ingrédients pour que fleurissent sur les réseaux sociaux des informations erronées, des photos utilisées à mauvais escient ou des montages grossiers. Tour d'horizon des "fake news" les plus partagées depuis le début du mouvement.

La fausse agression d'un homme en fauteuil roulant

La vidéo, postée par le compte Twitter "Lesgiletsjaunes.fr", a été retweetée plus de 3 800 fois et vue près de 100 000 fois. "Des CRS s'en prennent à un handicapé en chaise roulante, ils tabassent son accompagnant et ensuite s'en prennent à la personne qui filme la scène", est-il écrit en légende.

Sur les images, on voit une dizaine de CRS à proximité d'une personne en fauteuil roulant. Au loin, on entend ce qui semble être des insultes proférées à l'encontre des policiers. Puis les policiers maîtrisent, plaquent au sol et matraquent un homme qui se trouvait par là.

L'homme en fauteuil roulant, Stéphane Le Bourdon, est un conseiller départemental PS du Finistère. Il livre à Ouest-France une autre version que celle rapportée par "Lesgiletsjaunes.fr" : "Cette vidéo, c'est n'importe quoi. Elle ne montre pas du tout ce qu'il s'est passé, explique-t-il. Les CRS ne m'ont pas agressé, ils ont au contraire voulu me protéger."

La scène s'est produite à Quimper, alors que des affrontements opposaient des manifestants aux forces de l'ordre. "Je vois alors un autre homme en fauteuil roulant qui s'en prend aux CRS. Il leur jette des béquilles dans le dos. J'interviens pour tenter de le calmer. Je ne comprends pas pourquoi il s'en prend aux policiers. Il se lève de son fauteuil et je vois d'autres jeunes, près de lui, en train de filmer. Il s'en prend à moi. Les CRS interviennent car ils reçoivent des coups. C'était une mise en scène. Les jeunes ont réussi à me filmer de dos. Et ils prétendent que la personne frappée et mise à terre était mon accompagnant. Tout est faux", raconte-t-il.

A la suite de cette affaire, le préfet du Finistère a décidé de déposer plainte "contre les auteurs de ces vidéos et des présentations mensongères, ainsi que contre les sites hébergeurs".

L'image détournée de la manif post-"Charlie Hebdo"

Le 18 novembre, un utilisateur espagnol de Twitter poste ce message sur les rassemblements de la veille en France. "Un million de personnes sortent dans les rues de Paris pour protester contre le prix des carburants et l'arnaque énergétique", écrit-il, accompagnant son tweet d'une photo où l'on voit une immense foule sur la place de la République. Le message a été retweeté 11 000 fois et "liké" plus de 19 000 fois.

Sur cette photo, on ne distingue pourtant aucune touche de jaune, et il y a en revanche un certain nombre de drapeaux français. Et pour cause : il s'agit d'une photo de l'immense manifestation du 11 janvier 2015, organisée après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher.

La pseudo-censure du JT de France 3 Aquitaine

La vidéo a fait le tour de tous les groupes liés aux "gilets jaunes" sur Facebook, où elle a été vue plus de 7 millions de fois. Il s'agit d'une vidéo authentique du "12/13" de France 3 du 17 novembre, mais dont l'interprétation est sujette à caution. Une journaliste réalise un duplex en direct de la rocade de Bordeaux, bloquée par des "gilets jaunes". Elle y explique que "la situation se tend" du fait de l'attitude des forces de l'ordre, qui ont menacé de relever les plaques d'immatriculation. Au moment où elle évoque l'arrivée des CRS "avec leurs matraques et leurs boucliers", la présentatrice l'interrompt : "Merci Laurianne, je suis désolée on est obligés de couper ce direct. A ce soir."

"Censure !" s'exclame-t-on sur les réseaux sociaux. A France 3 Aquitaine, on se défend de toute censure. "Il s'agit simplement d'un duplex qui a débordé et qui a été coupé car nous devions repasser l'antenne au national", explique-t-on. "J'avais un temps imparti de 15 secondes, en fin de journal, et j'ai débordé", a expliqué la journaliste au site Checknews. "Je n'entends pas tout de suite dans mon oreillette que je dois rendre l'antenne car il y a un temps de latence, alors je continue, ce qui force ma collègue à me couper la parole."

En regardant les secondes suivant la fin du duplex (qui n'apparaissent pas dans la vidéo) on se rend compte que la présentatrice est contrainte de rendre l'antenne pour des raisons de timing, puisque le générique retentit quelques secondes plus tard.

Voir la vidéo

L'inexistant comptage de 2 millions de manifestants par CNN

Dans ce message partagé près de 100 000 fois sur Facebook, un internaute semble affirmer que CNN a confirmé la présence de 2 millions de manifestants en France. C'est en tout cas comme cela que l'ont compris de nombreux utilisateurs qui ont repris ce post.

Capture d\'écran d\'un post paru sur le groupe Facebook \"La France en colère - Carte des rassemblements\".
Capture d'écran d'un post paru sur le groupe Facebook "La France en colère - Carte des rassemblements". (DR)

Mais comme l'a relevé Checknews, le message initial a été mal interprété. En écrivant "CONFIRMATION PAR CNN EN DIRECT PAR TÉLÉPHONE !!!", l'internaute voulait simplement expliquer que les "gilets jaunes" avaient été "censurés de partout". Y compris sur CNN, donc.

L'interview truquée d'Emmanuel Macron qui veut "attaquer nos concitoyens"

"Macron déclare ordonner au gouvernement d'attaquer les concitoyens, il révèle que ça sera une vraie boucherie..." écrit un internaute sur Facebook, en postant la vidéo d'une interview du chef de l'Etat. "J'ai demandé au gouvernement d'attaquer nos concitoyens. Du nord au sud, on va faire de ce territoire l'une des pires boucheries. (...) C'est ça le plan que je mène depuis un an et que je continuerai à mener", dit-il.

Sauf que cette vidéo est un grossier montage, réalisé dans un but humoristique par "Tu décodes ou quoi", une page parodique. L'interview originale, elle, a été diffusée sur France 3 le 9 novembre à l'occasion des commémorations de la Première Guerre mondiale. 

Dans son post initial, la page "Tu décodes ou quoi" avait d'ailleurs clairement souligné qu'il s'agissait d'un détournement et adressait cette mise en garde : "Attention, on peut faire dire ce qu'on veut aux images".

La fausse marée humaine sur une autoroute

"Juste pour en avoir le cœur net : combien voyez-vous de 'gilets jaunes' sur cette image ?" a demandé à Emmanuel Macron un internaute se présentant comme un "fachosphériste amalgameur de déséquilibrés". Sur cette photo postée sur Twitter samedi soir, on voit une marée humaine de "gilets jaunes" (et quelques gilets orange éparpillés) occupant ce qui semble être une autoroute ou une voie rapide.

Le tweet, partagé plus de 2 200 fois et ayant recueilli plus de 3 000 "J'aime" sur Twitter, est censé montrer que les chiffres de la participation communiqués par le ministère de l'Intérieur – 282 000 manifestants pour la journée de samedi – sont en deçà de la réalité. Sauf que la photo en question ne date pas du tout du 17 novembre. Comme l'a démontré l'AFP dans une série de tweets, le cliché a en réalité été pris le 1er février 2014 lors d'une manifestation de travailleurs frontaliers à Saint-Louis, dans le Haut-Rhin.

La foule trompeuse à Clermont-Ferrand

Un autre message, cette fois-ci sur Facebook, a été partagé près de 100 000 fois. "Ça fait plaisir de voir qu'il y a du monde pour les 'gilets jaunes', autant que pour la Coupe du monde ! Les Français se réveillent ! Bravo !" s'exclame son auteure. L'image montre la célèbre place de Jaude, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), remplie par une foule compacte d'où émergent des drapeaux jaunes.

Capture d\'écran d\'un compte Facebook faisant état d\'une mobilisation massive des gilets jaunes sur la place de Jaude à Clermont-Ferrand, avec une photo datant de 2017.
Capture d'écran d'un compte Facebook faisant état d'une mobilisation massive des gilets jaunes sur la place de Jaude à Clermont-Ferrand, avec une photo datant de 2017. (FRANCEINFO)

Mais la photo n'a été prise ni ce 17 novembre, ni pendant la Coupe du monde : il s'agit d'une scène datant du 13 mai 2017, à l'occasion de la finale de la Coupe d'Europe de rugby, qui opposait l'ASM Clermont Auvergne aux Saracens. Samedi, sur la place de Jaude, il y avait bien des gilets jaunes mobilisés. Mais l'affluence n'avait rien de comparable, comme le montre cette photo (bien réelle cette fois-ci, prise par un journaliste local).

Le prétendu bandeau de BFMTV

"Gilets jaunes : 12 morts légers et 300 blessés graves", peut-on lire sur un titre incrusté dans ce qui semble être une capture d'écran de la chaîne BFMTV. Sur Twitter, un utilisateur qui a posté l'image a été retweeté plus de 350 fois. "Merci BFMTV", écrit-il en se moquant de la bourde qu'aurait faite la chaîne en parlant de "morts légers".

Mais il s'agit évidemment d'une image retouchée. Jamais la chaîne n'a écrit une telle ânerie à l'antenne. D'ailleurs, un œil un peu plus avisé aurait pu aisément se rendre compte que la police de caractères utilisée pour ce détournement ne correspond pas à celle de BFMTV. L'image détournée provient en fait du site parodique Nordpresse.be. Mais le ressort comique n'étant pas évident, beaucoup d'internautes n'ont pas compris l'aspect parodique de cette "information", croyant donc que BFMTV avait réellement commis une bourde.