Journée sans voiture : environ deux tiers des habitants des grandes villes sont favorables aux restrictions de circulation

Une enquête Ifop publiée mardi montre un soutien clair aux mesures donnant moins d'espace aux voitures dans les grands centres urbains. Toutefois, la diminution des places de stationnement se heurte à une nette opposition.

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Des cyclistes circulent dans Paris, le 30 juillet 2020. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

"Dans Paris, en vélo, on dépasse les autos..." Quelques décennies plus tard, le refrain de Joe Dassin n'a pas pris une ride, et les polémiques sur les bouchons en ville continuent d'animer les repas de famille. Faut-il diminuer encore davantage la place de la voiture en ville ? Favoriser le vélo ? Réduire les places de stationnement ? Les habitants des grandes villes répondent plutôt oui aux deux premières questions... et non à la troisième, selon une enquête de l’Ifop, qui a pris le pouls des Français sur ces questions clivantes au sujet des transports.

L'institut a en effet effectué une enquête intitulée "Les mesures anti-voitures et la place de l'automobile dans les grandes villes à l'heure du Covid" *, à l'initiative du site spécialisé Caroom.fr. Voici ce qu'il faut retenir de ce sondage publié à l’occasion de la Journée mondiale sans voiture, mardi 22 septembre.

Les habitants des grandes villes veulent que la place de la voiture soit limitée

Une petite majorité (51%) des Français reste défavorable aux mesures restreignant la circulation automobile dans leur commune, selon ce sondage Ifop. Mais à l'inverse, les habitants des 40 villes de plus de 100 000 habitants soutiennent plutôt clairement cette stratégie. Près des deux tiers (62%) souhaitent en effet que leur municipalité réduise nettement la place de l’automobile dans leur commune. C'est encore plus vrai, dans cette même population, chez les jeunes (à hauteur de 79% pour les 18-24 ans et de 76% pour les 25- 34 ans), les cadres (66%) et les sympathisants EELV (95%).

"Cette enquête va à rebrousse-poil des critiques féroces contre la mairie de Paris, puisque les urbains, qui sont les premiers concernés, soutiennent assez nettement les mesures anti-voitures", relève François Kraus, le directeur du pôle actualité de l'Ifop. Mais il note aussi que l'opposition de catégories moins favorisées à ces mêmes mesures s'explique. "La voiture reste beaucoup utilisée par les ouvriers ou les employés chassés des centres-villes par un prix de l’immobilier prohibitif comme c'est le cas à Paris. Ils habitent en banlieue ou plus loin, et ont besoin de leur véhicule pour se déplacer et travailler. Il y a un attachement central à la voiture en milieu périurbain".

Ils plébiscitent le vélo et la mobilité douce... 

Autre enseignement du sondage : les habitants des grandes villes soutiennent majoritairement (57%) les systèmes de véhicules en libre-service, ainsi que l’essor des pistes cyclables dans leur commune (55%). Cette politique volontariste a un certain impact, estime l'Ifop. Selon son enquête, "les citadins utilisent de moins en moins la voiture pour se rendre sur leur lieu de travail/d’études : ils sont désormais moins d’un tiers à le faire (29%) contre 44% en 2015". De plus, la part du vélo comme moyen de transport au quotidien a triplé dans les grandes villes entre 2015 et 2020, passant de 5 à 15%. Les déplacements à pied sont eux privilégiés par 17% des personnes interrogées (+ 6 points).

Un bémol tout de même : en 2020, l'épidémie de coronavirus a sans doute accentué l'engouement pour la petite reine, "le vélo étant beaucoup moins anxiogène que les transports en commun", selon l'Ifop. "Seuls 14% des cyclistes ont peur d’être infectés par le coronavirus tous les jours, contre 31% des adeptes de la marche à pied, 57% des utilisateurs du métro et 68% des utilisateurs de train", remarque encore l'institut. Il souligne enfin que les personnes se déplaçant en transports en commun soutiennent à 76% les "politiques favorables aux mobilités douces" et sont parmi les plus susceptibles de passer à l’utilisation du vélo.

... mais ils tiennent aux places de stationnement

En revanche, la question du stationnement polarise les critiques. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : "77% [des habitants des grandes villes] se déclarent défavorables à la hausse des tarifs de stationnement dans la rue et 74% à la diminution des places de stationnement dans la rue ou en sous-sol", indique l'Ifop.

Les habitants des grandes villes sont d'accord sur la plupart des mesures anti-voitures. Ils veulent des pistes cyclables, des transports plus propres, davantage de piétonnisation, mais sur le stationnement, il y a un vrai blocage. Ils souhaitent pouvoir garer leur voiture.

François Kraus, directeur du pôle actualité de l'Ifop

à franceinfo

De manière générale, l'Ifop observe aussi un "mécontentement général" concernant les conditions de circulation. Seuls 34% des automobilistes, 39% des usagers des transports en commun et 36% des cyclistes se disent satisfaits. Cela est "sans doute lié à la fréquence des bouchons et à l’absence [de] places de stationnement ordonnées", estime l'institut.

* Etude Ifop pour Caroom, réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 14 au 16 septembre 2020 auprès d’un échantillon de 1 017 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, résidant en France métropolitaine, et d’un échantillon de 1 031 personnes, représentatif de la population vivant dans les villes de 100 000 habitants et plus.

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