Air France : Bruno Le Maire est "totalement hors sujet" pour le syndicat de pilotes Spaf

Christophe Campestre, vice-président du Syndicat des pilotes d'Air France (Spaf), estime lundi sur franceinfo que Bruno Le Maire est "totalement hors sujet", alors que ce dernier a annoncé, dimanche, que l'État n'épongerait pas les dettes d'Air France.

Des avions Air France sur le tarmac de l\'aéroport Roissy-Charles de Gaulle le 24 avril 2018.
Des avions Air France sur le tarmac de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle le 24 avril 2018. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Bruno Le Maire a estimé, dimanche, que l'État n'épongerait pas les dettes d'Air France et que la compagnie "disparaîtrait" si elle ne faisait pas "les efforts de compétitivité nécessaires". "Je pense que Monsieur Le Maire est totalement hors sujet", répond Christophe Campestre, le vice-président du Syndicat des pilotes d'Air France (Spaf), lundi 7 mai sur franceinfo.

franceinfo : Que pensez-vous des propos de Bruno Le Maire sur Air France ?

Christophe Campestre : Je pense que Monsieur Le Maire est totalement hors sujet, dans plusieurs de ses propos. Il parle de l'État qui doit reprendre la dette d'Air France. Pour mémoire, l'État n'est pas intervenu au sein des comptes d'Air France depuis plus de 25 ans maintenant, c'était en 1993, donc pour nous c'est totalement hors sujet. Deuxièmement, pour une compagnie qui se porte si mal, elle a remboursé quand même deux milliards d'euros de dette l'année dernière, M. Janaillac [ancien PDG d'Air France] l'a exprimé lui-même dans son message quand il démissionnait [vendredi dernier]. Quand depuis deux jours on entend cette espèce de réaction alarmiste, on est un petit peu amusés. Les efforts ont été faits pendant cinq-six ans. La base de ce mouvement est quand même une rétribution suite aux efforts effectués.

Le ministre estime que vos revendications salariales ne sont pas justifiées.

Là c'est pareil, il est totalement hors sujet. Partout autour de nous, les salaires dans les entreprises de l'aérien ont augmenté, et en particulier notre cousin KLM Royal Dutch Airlines, sans parler de Delta Air Lines où les chiffres sont incommensurablement plus élevés. Nous avons essayé de négocier mais nous nous sommes heurtés à une fin de non-recevoir à chaque réunion, donc, si vous voulez, maintenant, il est temps que la direction de la compagnie et éventuellement le gouvernement, puisque je pense qu'il a un poids non-négligeable, intervienne pour qu'on aille dans le bon sens.

Air France assure pouvoir maintenir 85% de ses vols aujourd'hui, dont 99% des vols long-courrier. Y a-t-il une érosion du mouvement de grève ?

Il y a forcément de l'érosion, c'est un mouvement qui s'installe dans la durée. C'est certainement pollué par le résultat du référendum aussi parce que ça change quand même beaucoup la donne. Les gens attendent peut-être maintenant autre chose. Et il faut voir quand même que, par exemple, on nous dit que tous les vols seront assurés, moi je viens d'être sollicité par la compagnie demain pour assurer des vols alors que je suis gréviste. Donc je pense qu'ils ne sont pas aussi à l'aise que ça quand ils disent qu'ils arrivent à maintenir leurs vols. Je pense que ce n'est pas tout à fait réaliste. [D'ailleurs, après le référendum,] on est extrêmement motivés puisqu'on a vu qu'une énorme partie de la population de la compagnie, bien au-delà des gens qui sont en grève, est pour que quelque chose change, pour que quelque chose aille de l'avant donc on est vraiment très motivés et très positifs.