VRAI OU FAKE VIDEO. 1er-Mai : un policier a-t-il jeté un pavé sur les manifestants à Paris ?

Une scène, tournée mercredi à Paris, montre un membre des forces de l'ordre en train de lancer un projectile dans la foule. Depuis la publication de notre article, une enquête a été ouverte et confiée à l'IGPN. 

Capture d\'écran d\'une vidéo tournée à Paris, le 1er mai 2019.
Capture d'écran d'une vidéo tournée à Paris, le 1er mai 2019. (AGENCE LINE PRESS)

"Aucun doute, c'est bien un pavé que lance le CRS." Au bout du fil, Laurent Bortolussi est formel sur ce qu'il a vu de ses yeux, mercredi 1er mai, à la toute fin du défilé parisien. Journaliste pour l'agence indépendante Line Press, c'est lui qui est à l'origine de la vidéo dans laquelle on voit un membre des forces de l'ordre jeter un projectile sur les manifestants qui lui font face. "C'était vers 17h40. J'étais juste à côté", explique le reporter, contacté par franceinfo. Dans notre live, plusieurs lecteurs nous ont interrogés sur la véracité de cette vidéo, retweetée plus de 700 fois depuis sa mise en ligne. Une rapide recherche permet de localiser la scène sur le boulevard de l'Hôpital, à l'angle du boulevard Saint-Marcel. C'est-à-dire à l'endroit où des heurts ont éclaté.

La vidéo, qui ne dure que neuf secondes, ne permet pas de comprendre clairement ce qu'il se passe à ce moment précis. Mais l'agence Line Press a accepté de fournir à franceinfo la séquence qui précède. Sur celle-ci, on peut remarquer que les forces de l'ordre se trouvent alors à proximité d'un tas de pavés. Il y en a une vingtaine environ, posés au pied d'un arbre.

D'où viennent-ils précisément ? Sur ce point, difficile d'avoir une réponse claire. Ont-ils été regroupés ici par des manifestants, en amont ? Les policiers les ont-ils déposés après des fouilles ? Le journaliste Laurent Bortolussi est en tout cas "persuadé" que "le CRS en question s'est servi dans le tas de projectiles qu'il avait sous ses pieds pour ensuite viser les manifestants." Néanmoins, aucune des images que nous avons obtenues ne montrent un policier en train de ramasser un projectile. Tout comme il est impossible de voir où ce dernier a atterri, sur qui ou sur quoi.

"Les pavés peuvent être un recours"

L’usage de l'armement du maintien de l'ordre et les procédures de sa mise en œuvre est régi par plusieurs textes à caractère officiel. Selon l’article 431-3 du Code pénal, "la force déployée doit être proportionnée au trouble à l'ordre public et doit prendre fin lorsque celui-ci a cessé". Témoin de la scène, le journaliste Laurent Bortolussi reconnaît que "c'était un peu tendu", que "ça chauffait depuis quelques minutes entre les manifestants et les forces de l'ordre."

Du côté du syndicat Unité SGP Police, on n'a pas la même lecture des faits. "Sur les images, on voit clairement que nos collègues sont accrochés, qu'ils doivent tenir un point, explique à franceinfo Grégory Joron, son secrétaire nationalIls n'ont pas des moyens inépuisables. Si la LBD est défaillante, s'il n'y a plus de grenades, c'est l'état de nécessité qui fait loi. En clair, si le groupe manquait de moyens, les pavés peuvent être un recours. Ca peut être de la légitime défense."

Voir un des collègues lancer un pavé n'est pas une image agréable à voir. Pour autant, c'est parfois le seul moyen à un instant T. Il faut voir tout ce qui nous tombe dessus en matière de projectiles.Grégory Joron, du syndicat Unité SGP Policeà franceinfo

Un autre syndicaliste policier abonde... sans aller jusqu'à prononcer le terme de légitime défense. "Si la cible était un groupe qui s'en prenait aux policiers, je ne vois pas de souci majeur, dit-il. Ca peut se comprendre en fonction de la situation."

Une enquête interne lancée 

Chris, le policier auteur du blog "Police de caractère", n'est pas aussi affirmatif. "En tout état de cause, il ne semble pas y avoir de nécessité à utiliser des pavés lorsque les policiers sont équipés de moyens de défense prévus à cet effet. Comme c'est le cas ici, explique-t-il à franceinfo. En agissant de la sorte, on aurait tendance à se mettre au niveau des casseurs, ce qui n'est pas souhaitable."

Contacté par franceinfo, le Service d’information et de communication de la police nationale (Sicop) précise qu'une enquête interne est lancée pour déterminer les circonstances, l'unité dont dépend le fonctionnaire de police en question, mais aussi le cadre de son intervention (qu'on ne voit pas sur la vidéo). "Il semblerait que ce soit un CRS, il faut le confirmer. L'enquête doit aussi répondre à la question : 'Est-ce qu’il n’avait pas d’autre choix pour se défendre que de lancer ce pavé ?' Ce qui rentrerait dans le cadre de la légitime défense, si la réponse est affirmative", commente le Sicop.

Après la publication de notre article, franceinfo a appris que le parquet de Paris a ouvert une enquête des chefs de violence par personne dépositaire de l'autorité publique et l'a confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).