Christophe Dettinger "n'a pas les mots d'un gitan" selon Emmanuel Macron : l'avocate de l'ex-boxeur se dit "abasourdie et stupéfaite" par les propos du président

Le chef de l'État a déclaré que Christophe Dettinger avait été "briefé par un avocat d'extrême gauche" avant de se rendre à la police pour avoir frappé des gendarmes mobiles.

Christophe Dettinger (à droite avec une veste noire) lors d\'une manifestation des \"gilets jaunes\" le 5 janvier 2019 à Paris.
Christophe Dettinger (à droite avec une veste noire) lors d'une manifestation des "gilets jaunes" le 5 janvier 2019 à Paris. (IAN LANGSDON / EPA)

L'avocate de Christophe Dettinger, Laurence Léger, dénonce samedi 2 février sur franceinfo "une atteinte indiscutable au principe de séparation des pouvoirs", après les propos tenus par Emmanuel Macron sur le boxeur. D'après l'hebdomadaire Le Point, le chef de l'État a estimé, au cours d'un entretien informel avec des journalistes, que le boxeur avait été "briefé par un avocat d'extrême gauche" avant de se rendre à la police pour avoir frappé des gendarmes mobiles. "Le boxeur, la vidéo qu’il fait avant de se rendre, il a été briefé par un avocat d’extrême gauche", a déclaré Emmanuel Macron, avant d'ajouter : "Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan."  

Dans cette vidéo diffusée sur Facebook lundi 7 janvier, l'ancien boxeur Christophe Dettinger explique pourquoi il s'en est pris violemment aux gendarmes : "Je suis un 'gilet jaune', j'ai la colère du peuple en moi. Je vois tous ces présidents, ces ministres, tout l'Etat se gaver et se pomper, ils ne sont même pas capables de montrer l'exemple, ils se gavent sur notre dos."

"Pas digne d'un président"

"Je suis abasourdie et stupéfaite. Qu'est-ce que c'est les mots d'un gitan ? Qu'est-ce que ça suppose comme sous-entendus ?, a réagi l'avocate du boxeur. Ça voudrait dire quoi, que les gitans ne parlent pas français, peut-être ? Ou qu'ils le parlent moins bien que les autres ? Ou que les gitans sont moins Français que les autres, ou des citoyens de seconde zone ? Je dis que ce sont des propos extrêmement graves, extrêmement choquants, ça a un nom, ça s'appelle du racisme, de la discrimination, et venant d'un chef de l'État… Je pense que ce n'est pas digne d'un président", s'insurge Me Léger.

"Là, on a une intervention directe du président de la République qui jette le discrédit sur mon client, poursuit l'avocate, qui jette le discrédit également sur les avocats, sous-entendant que nous, avocats d'extrême gauche, lui aurions soufflé ses propos" "La vidéo en question est une pièce du dossier pénal, explique Me Leger. C'est sur la base de cette pièce que le procureur de la République a fondé ses réquisitions pour le placement en détention." "On nous a dit que, puisque M. Dettinger a dit dans sa vidéo qu'il appelait à poursuivre pacifiquement le mouvement des 'gilets jaunes', on en déduit qu'il y a un risque de réitération de l'infraction, c'est la raison par laquelle on a motivé son maintien en détention", poursuit l'avocate.

Le bâtonnier de Paris sollicité

"Donc voir le président de la République jeter le discrédit, et sur les avocats, et sur une pièce du dossier pénal, dans une affaire qui n'a pas encore été jugée, je dis que c'est extrêmement problématique et qu'on a, à mon sens, une atteinte indiscutable au principe de séparation des pouvoirs. Je ne dis pas que les juges sont nécessairement influençables ou manipulables, mais il y a incontestablement, déjà, dans ce dossier, une volonté politique de faire pression sur les magistrats qui pose problème, et cette pression est forte."

Laurence Léger précise que la vidéo a été tournée la veille du jour où elle a rencontré son client pour la première fois, pour l'accompagner au commissariat, où il s'est rendu à la police. L'avocate annonce avoir sollicité le bâtonnier de Paris, face aux propos d'Emmanuel Macron : "J'estime que ça ne concerne pas uniquement M. Dettinger et moi. Des avocats sont visés, des avocats à qui l'on prête des intentions politiques réelles ou supposées, pour en déduire qu'ils manipuleraient des pièces du dossier, et cela me paraît grave."

Christophe Dettinger est accusé d'avoir frappé deux gendarmes samedi 5 janvier, à Paris, lors d'une manifestation de "gilets jaunes". Il a été placé en détention provisoire dans l'attente de son procès, qui doit se tenir le 13 février.