"On a reçu une dizaine d'alertes rien que ce matin" : face aux intox des "gilets jaunes", le service de vérification de l'AFP en surchauffe

Photos détournées, montages grossiers... Des journalistes de l'agence France-Presse passent leur journée à dénicher les "fakes" qui circulent sur les réseaux sociaux. Voici comment ils travaillent au quotidien.

Capture d\'écran d\'une photo postée sur Facebook le 24 novembre 2018, mais qui date en réalité d\'une manifestation de policiers en colère qui s’était déroulée sur le parvis de Notre-Dame le 21 octobre 2016. (FACEBOOK / FRANCEINFO)
Capture d'écran d'une photo postée sur Facebook le 24 novembre 2018, mais qui date en réalité d'une manifestation de policiers en colère qui s’était déroulée sur le parvis de Notre-Dame le 21 octobre 2016. (FACEBOOK / FRANCEINFO) (FACEBOOK / FRANCEINFO)

"Souvent, c'est quand même très grossier." A force, Guillaume Daudin sait repérer de loin les grosses ficelles. Responsable de l'AFP Factuel, le blog de "fact-checking" de l'agence France-Presse, le journaliste passe ses journées sur les réseaux sociaux à la recherche d'intox plus grosses les unes que les autres. Et le mouvement des "gilets jaunes" ne fait malheureusement pas exception.

Franceinfo : Le mouvement des "gilets jaunes" vous donne-t-il beaucoup de travail ?


Guillaume Daudin : Clairement, oui. AFP Factuel existe depuis un an, et on atteint en ce moment un pic d'activité. On en a déjà traité une quinzaine. C'est plus que n'importe quelle autre manifestation. Mais c'est aussi parce que ce mouvement des "gilets jaunes" dure dans le temps.

Quel genre d'intox circule ces temps-ci ?

Contrairement à d'habitude, il y a finalement peu de montages. Il s'agit essentiellement de photos que certains ressortent pour leur faire dire complètement autre chose. On prend une photo de 2010 et on fait croire que ça s'est passé hier. C'est le cas d'images montrant des violences policières. Parfois, ça n'a même pas eu lieu en France mais à l'étranger. Ces "fakes" sont parfois partagés des dizaines de milliers de fois, c'est terrible. Je pense à cette guillotine qui est présentée comme une photo récente de la manifestation des "gilets jaunes". Près de 50 000 personnes l'ont partagée sur Facebook. La vérité, c'est que la photo a en fait été prise lors d'une manifestation de la CGT Spectacles au début de l'année...

Comment travaillez-vous au quotidien ?

Malgré l'afflux de travail, on n'a pas véritablement eu besoin de renforcer l'équipe. Nous sommes quatre à Paris. Les journalistes des autres services donnent des coups de main sur des sujets précis. C'est le cas notamment des équipes des réseaux sociaux. On scrute en permanence les réseaux sociaux pour dénicher les intox. De plus en plus d'internautes nous signalent eux-mêmes des contenus douteux. On a reçu une dizaine d'alertes rien que ce matin [mardi]. Souvent, c'est quand même très grossier. On arrive à retrouver la source exacte de la photo en trente secondes.

Parfois, ça demande plusieurs jours. Alors on enquête, on passe des coups de fil...Guillaume Daudin, journaliste à l'AFPà franceinfo

C'est un travail sans fin...

Disons qu'il faut recommencer tous les jours. Mais c'est d'intérêt public, et les gens apprécient. La preuve, depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", notre compte Twitter a doublé son nombre d'abonnés (30 000). On travaille aujourd'hui en quatre langues [français, anglais, espagnol et portugais] et dans treize pays, soit une vingtaine de journalistes au total. Et puis on reçoit de plus en plus de messages de remerciements de la part de gens qui saluent notre travail et notre honnêteté. Ça fait plaisir. Il arrive même que des personnes qui ont partagé des intox nous écrivent pour s'excuser. Elles disent : "J'ai vu ça tourner, je ne savais pas trop, j'y ai bêtement cru, désolé." Comme quoi...