Mobilisation des "gilets jaunes" : "C'est une situation qui est démocratiquement dangereuse"

"On voit bien que les alternances politiques, sauf aux extrêmes, ne sont pas possibles", juge Raymond Soubie, le président de la société de conseil en ressources humaines Alixio et ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy.

Raymond Soubie à Paris en 2014
Raymond Soubie à Paris en 2014 (OLIVIER CORSAN / MAXPPP)

Les "gilets jaunes" préparent leur troisième samedi de mobilisation ce 1er décembre alors que le mouvement est largement soutenu, par 84% des Français selon le dernier sondage Odoxa-Dentsu consulting pour franceinfo et Le Figaro publié mercredi 27 novembre.

Une situation qui paraît "très inquiétante" à Raymond Soubie, président de la société de conseil en ressources humaines Alixio et ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, de 2007 à 2010. Pour lui, il y a "une situation qui est démocratiquement dangereuse" car "c'est un mouvement quasi spontané, soutenu par l'opinion et sans qu'il n'y ait d'alternance politique ou d'intermédiation syndicale".

franceinfo : le mouvement des "gilets jaunes" commence-t-il tout juste ou bien est-il en train de s'essouffler ?

Raymond Soubie : ce qui me frappe beaucoup, ce n'est pas tellement le mouvement des "gilets jaunes", mais le soutien dont il dispose dans l'opinion. Les Français soutiennent le mouvement avec des pourcentages d'opinion favorable très élevés. Ils s'allient aux "gilets jaunes" par procuration même s'ils ne descendent pas de leurs étages, de leurs appartements et dans les rues.

Vous étiez aux côtés de Nicolas Sarkozy au moment de la réforme des retraites en 2010 et des manifestations syndicales. Aujourd'hui, la contestation est très différente.

Oui. En 2010, c'était un mouvement lancé par les organisations syndicales, et très suivi d'ailleurs, contre une mesure précise, qui était le report de 60 à 62 ans. Là, c'est un amalgame de contestations sur des sujets différents. La situation me paraît très inquiétante. On voit bien que les alternances politiques, sauf aux extrêmes, ne sont pas possibles. Ni à gauche ni à droite, il n'y a vraiment d'alternance politique reconnue. Les organisations syndicales ne sont pas à l'origine des mouvements, elles sont même tenues à l'écart. 

Les violences peuvent-elles nuire à un mouvement comme celui des "gilets jaunes" ?

Les violences n'ont pas nui au mouvement, puisque le soutien de l'opinion n'a pas bougé, il a même augmenté. Quand un syndicat organise la manifestation, il y a des échanges avec la préfecture de police. On discute du parcours, on discute du service d'ordre donc c'est relativement encadré. Les "gilets jaunes" n'ont rien de tout cela. Si le soutien de l'opinion baisse, le mouvement va s'arrêter ou bien se durcir et se radicaliser. Mais dès lors que le mouvement des "gilets jaunes" ne s'est pas arrêté au bout de 24 heures de manifestation, il risque de durer encore.