Le maire de Saint-Étienne appelle Emmanuel Macron à trouver une "issue politique qui permette de sortir de cette ornière"

Gaël Perdriau attend des "réponses très concrètes" aux revendications des "gilets jaunes", après le pillage de plus d'une dizaine de magasins samedi 8 décembre à Saint-Étienne.

Gaël Perdriau, le maire Les Républicains de Saint-Étienne, le 4 novembre 2016.
Gaël Perdriau, le maire Les Républicains de Saint-Étienne, le 4 novembre 2016. (YVES SALVAT / MAXPPP)

Gaël Perdriau, le maire Les Républicains de Saint-Étienne appelle sur franceinfo à trouver une "issue politique qui nous permette de sortir de cette ornière", après les "dégâts considérables" qui ont touché cette ville de la Loire, samedi 8 décembre, lors de la mobilisation des "gilets jaunes". Plus d’une dizaine de magasins ont été pillés, du mobilier urbain a été détruit et une voiture de la police municipale a été incendiée.

Gaël Perdriau attend désormais d'Emmanuel Macron qu'il apporte des "réponses très concrètes aux revendications pour certaines légitimes des 'gilets jaunes'" ce lundi soir, lors de son allocution pour sortir de ce conflit.

franceinfo : Le calme est-il revenu à Saint-Étienne ?

Gaël Perdriau : Le calme est revenu, mais les dégâts sont considérables. Samedi, ce sont plus d’une dizaine de magasins qui ont été pillés, vandalisés, du mobilier urbain complètement détruit, une voiture de la police municipale qui a été incendiée. Mais au-delà des dégâts matériels, c’est le choc qu'a ressenti la population et surtout, il nous faut une issue politique qui nous permette de sortir de cette ornière dans laquelle le président de la République s’est placé.

Vous demandiez une présence plus forte des forces de l’ordre samedi dernier ?

J’ai alerté le préfet sur les moyens supplémentaires que nous souhaitions pour éviter d’avoir à revivre une telle journée et malheureusement ce fut encore pire [que le samedi d'avant]. J’ai bien compris que le président de la République et le ministre de l’Intérieur ont voulu privilégier Paris parce qu’il y a eu des images choc, je pense à l’Arc de Triomphe et puis Lyon qui avait une Fête des Lumières. La CRS de Saint-Étienne était répartie dans ces deux villes. Nous avions des moyens policiers mais ils étaient là pour protéger la préfecture. C’est le syndrome "préfecture du Puy-en-Velay" qu’il ne fallait pas revoir à la télévision. Comme ils étaient en nombre insuffisant, ils ont surtout protégé la préfecture et observé des casseurs en centre-ville, mais sans véritablement agir.

270 gendarmes et policiers étaient mobilisés samedi à Saint-Étienne, ce qui était plus que le week-end d’avant, assure le préfet de la Loire. Comment expliquez-vous qu'il y ait eu autant de casse ?

Ce n’était pas suffisant. Le préfet ne peut pas accepter d’avoir un tel bilan de magasins pillés sous les yeux des policiers. Ils étaient peut être plus nombreux que le samedi précédent, mais surtout, ils étaient mobilisés à la préfecture. Il y a une rue que je n’ai pas eu besoin de nettoyer, c’est la rue de la préfecture. L’objectif, c’était de protéger la préfecture et le reste de la ville a été laissé à la merci des casseurs.

La plupart des interpellés ont moins de 20 ans, a indiqué le parquet

Je pense que la justice à l’endroit des mineurs n’est plus adaptée et qu’il faut revoir ce système de sanctions. Le voyou n’a pas peur de commettre des méfaits, car derrière il sait que la justice n’est pas capable de suivre. Et ce n’est certainement pas la décision de Nicole Belloubet de proscrire l’emprisonnement pour les très courtes peines de moins de six mois qui va arranger les choses. Il y a un sentiment d’impunité dans notre pays qui accroît et participe à la fois au désordre mais aussi à la délinquance.

Qu’attendez-vous de l’allocution d’Emmanuel Macron lundi 10 décembre au soir ?

Je suis heureux qu’enfin il s’exprime. Il aurait dû le faire depuis longtemps car ce silence nous a coûté très cher, il a alimenté les rancœurs. Le fait qu’il prenne la parole est une bonne chose. Je souhaite qu’il apporte maintenant des réponses très concrètes, très précises aux revendications pour certaines légitimes des "gilets jaunes". Dans notre pays, la principale difficulté, c’est le chômage. Il faut demander un effort partagé entre l’État et les entreprises sur la fiscalité dédiée aux entreprises pour permettre à ces dernières de redistribuer une partie de leur bénéfice, pour augmenter le pouvoir d’achat. Il faut que ceux qui travaillent gagnent mieux leur vie et que ceux qui cherchent un emploi en trouvent un. Les décisions qui ont été prises depuis 18 mois ne sont pas à la hauteur des attentes des Français ou ont échoué.