"La République en marche essaye de montrer qu'elle sert enfin à quelque chose" pour le grand débat

Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l'université Paris 2-Assas, analyse sur franceinfo la contribution de LREM au grand débat national, présentée dimanche 10 mars à Chartres.  

Une conférence de presse de rentrée de la République en marche le 24 janvier 2019. Stanislas Guerini, le délégué général du parti. 
Une conférence de presse de rentrée de la République en marche le 24 janvier 2019. Stanislas Guerini, le délégué général du parti.  (THOMAS PADILLA / MAXPPP)

"La République en marche avait besoin d'essayer de montrer qu'il était devenu enfin ce qu'est normalement un parti qui produit des idées et qui aide à réfléchir", a déclaré dimanche 10 mars sur franceinfo, Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l'université Paris 2-Assas, avant la présentation par LREM, à Chartres, de ses contributions au grand débat national sous le titre "nos idées pour la France", fruit de 3 500 contributions récoltées en ligne. La République en marche et son délégué général Stanislas Guérini avancent plusieurs propositions notamment, l'indexation des retraites sur l'inflation.

franceinfo : La République en marche présente dimanche 10 mars sa contribution au grand débat national : "Nos idées pour la France". Quelle est votre appréciation sur cette appellation choisie par le parti d'Emmanuel Macron ?

Arnaud Mercier : Je crois que cela a pour fonction d'essayer de montrer que le parti de La République en marche servirait enfin à quelque chose puisqu'on a vraiment le sentiment que depuis l'élection d'Emmanuel Macron le parti était tombé un peu en sommeil, il ne servait pas, ce qui est normalement le cas dans la démocratie avec un appareil idéologique qui permet de mobiliser, de faire fructifier les idées. La République en marche avait besoin d'essayer de montrer qu'il était devenu enfin ce qu'est normalement un parti qui produit des idées et qui aide à réfléchir.

Que répondre aux "gilets jaunes" qui disent que les dés sont pipés et qu'on va devoir se prononcer dans le cadre du grand débat sur des idées qui viennent de l'exécutif, de La République en marche. Comment être sûr que ce qui va être discuté vient bien des Français eux-mêmes ?

On peut dissocier deux aspects, la manière dont l'exécutif va exploiter tout ce qui est remonté et va essayer de choisir, on voit bien que depuis le début cette démarche peut donner lieu à des "manipulations" comme le diraient les "gilets jaunes", c’est-à-dire que l'exécutif peut aller piocher ce qui l'arrange dans ce qui est remonté et laisserait de côté ce qui fait partie des revendications de base souvent exprimées dans le mouvement et que l'exécutif ne souhaite pas voir émerger. L'autre dimension c'est de savoir si La République en marche a joué le jeu, là en l'occurrence ils ont joué le jeu sincèrement, puisque c'est dans l'ADN depuis l'histoire du parti d'aller voir des gens et de faire remonter leurs idées puisque c'est comme ça qu'a commencé la campagne d'Emmanuel Macron. Ils ont fait le job sincèrement puisqu'ils ont consulté leurs adhérents.

Parmi les propositions avancées par La République en marche, il y a l'indexation des retraites sur l'inflation ou encore des "propositions de loi citoyennes" ou encore une meilleure prise en compte du vote blanc. Ce sont les principales revendications des "gilets jaunes" ?

On est dans quelque chose qui est la recherche d'une forme d'équilibre entre les revendications de base les plus réclamées par le mouvement des "gilets jaunes" et quelque chose qui serait acceptable par l'exécutif. C'est comme marcher sur une poutre en équilibre. Par exemple, cette indexation des retraites sur l'inflation est extrêmement populaire dans le milieu des retraités et que le gouvernement avait exclu a priori. La question qui reste à se poser : tout cela est-il cousu de fil blanc ? Parce que si LREM exprime cette idée cela veut dire qu'en fait l'exécutif est en train d'accepter l'idée et que c'est cela qui sera annoncé ou bien peut-être est-ce une manière pour le parti d'essayer d'imposer ses idées à l'exécutif.

Après une communication parfois un peu flottante du gouvernement. Est-ce que la conclusion du grand débat qui va suivre va permettre au gouvernement de reprendre la main ?

Ça a été flottant pour ne pas dire contradictoire, maintenant ils essaient de se remettre en ordre de marche. On voit bien que c'est tout l'enjeu de cette fin de grand débat national. En décembre alors qu'Emmanuel Macron était en apnée profonde, il commençait vraiment à avoir du mal, il a tenté ce coup de poker du grand débat national en se disant au moins 'je vais gagner du temps'. Maintenant, l'enjeu c'est de savoir comment on en sort car la vérité c'est qu'il n'a jamais dit ce qu'il allait en faire et la manière dont il allait procéder pour tenir compte de ce qui allait remonter.