"Je me sens vivant grâce à ce mouvement" : Stéphane "gilet jaune" de la première heure, n'a rien perdu de sa détermination malgré la prison

Un an après le début du mouvement, franceinfo a retrouvé les "gilets jaunes" de la première heure pour savoir ce qu'ils sont devenus et comment ils voient le mouvement aujourd'hui. 

Le \"gilet jaune\" Stéphane un an après le début du mouvement. 
Le "gilet jaune" Stéphane un an après le début du mouvement.  (MATTHIEU MONDOLONI / RADIO FRANCE)

Alors que les "gilets jaunes" célèbrent leur premier anniversaire samedi 16 novembre, franceinfo a retrouvé les manifestants croisés ces derniers mois pour savoir ce qu'ils sont devenus. Certains ont été marqués par le mouvement, comme Stéphane qui a connu la prison pour la première fois de sa vie. Cet habitant de Saillans dans la Drôme a vécu 11 jours de détention préventive pour des violences qu'il conteste. Un an plus tard, il est toujours aussi déterminé. 

L'angoisse d'un retour en prison 

Quand franceinfo avait rencontré Stéphane il y a plusieurs mois, il était encore marqué par son passage entre quatre murs. "C'est des moments durs", racontait-il avec des trémolos dans la voix. Il a été marqué par "le bruit des clefs dans les portes. Chaque fois qu'on sort, on est soit menotté soit avec un gardien derrière. La moindre attente pour aller chez le médecin, on est dans une petite cellule. Ça pèse." 

Condamné à 18 mois de prison, dont 12 fermes, Stéphane a fait appel. Il est aujourd'hui libre et plus décontracté malgré l’attente de son nouveau procès qui tarde à arriver. "Ça ne m'inquiète pas, explique-t-il. Ça arrivera un jour ou un autre. Quand je reçois un recommandé, il y a une petite alerte, je me dis 'ca y est, c'est reparti'. J'ai pas envie de retourner dans ces bâtiments froids et hostiles." Cette expérience a été traumatisante et injuste selon lui, mais elle n'a pas entamé sa détermination. 

Je pense que je suis beaucoup mieux personnellement. Je me sens vivant, je veux aller de l'avant, ça m'a donné une énergie folle et c'est ce mouvement qui m'a amené à ça. Stéphaneà franceinfo

Le mouvement des "gilets jaunes" a même inspiré de nombreuses initiatives citoyennes dans la vallée de la Drôme. Des réunions publiques ont été organisées ainsi que des débats sur la privatisation d’Aéroports de Paris ou encore la réforme des retraites. Il y a aussi eu des projections, un info-kiosque et une cantine collective. "Sur Saillans, on est en train de faire progresser le projet d'une 'maison du peuple' qui est né du mouvement des 'gilets jaunes' avec d'autres personnes qui s'agrègent sur ce projet, raconte Stéphane. L'idée c'est d'avoir une maison commune, ce que devrait être la mairie, où on puisse organiser des activités, partager des expériences. Bref, un lieu de vie auto-organisé." 

Vers une internationalisation du mouvement 

Il y a quinze jours, il a également été mandaté par les "gilets jaunes" de la région Auvergne-Rhône-Alpes pour les représenter à la quatrième assemblée des assemblées qui s’est tenue à Montpellier. "Il y a eu vraiment un moment fort, raconte Stéphane. C'est le moment où on a parlé de l'internationalisation de la lutte. On voit que ça bouge dans pleins d'endroits." 

Ce qui se passe au Chili ou à Hong Kong, ce sont des choses qui touchent beaucoup les 'gilets jaunes'. Il y en a qui disent que ces mouvements-là sont nés des "gilets jaunes". Je ne sais pas mais en tout cas c'est une suite.Stéphaneà franceinfo

Selon Stéphane, voir ce qui se passe à l'étranger "donne une énergie. On se dit 'oui, on peut se soulever et obtenir des choses'." Lors de cette assemblée, il a été décidé de créer trois slogans internationaux : "Revolution everywhere" en anglais, "que se vayan todos" en espagnol et "le peuple veut la chute du régime" en arabe. Ces slogans seront criés dans les manifestations en France ce week-end dit Stéphane. Lui sera à Saillans avec son gilet jaune sur le dos.

Malgré une période de prison, Stéphane "gilet jaune" de la première heure, est autant déterminé qu'il y a un an - Le reportage de Matthieu Mondoloni
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