"Gilets jaunes" : qui est Jérôme Rodrigues, l'une des figures du mouvement, blessé à l'œil samedi à Paris ?

Jérôme Rodrigues a été blessé samedi dans l'après-midi, alors qu'il se trouvait face à des forces de l'ordre, place de la Bastille, à Paris. Ce "gilet jaune" est un proche d'Eric Drouet, habitué des "lives" de manifestations sur Facebook. 

Jérôme Rodrigues lors d\'une manifestation de femmes \"gilets jaunes\" au Champ de Mars, le 20 janvier 2019 à Paris. 
Jérôme Rodrigues lors d'une manifestation de femmes "gilets jaunes" au Champ de Mars, le 20 janvier 2019 à Paris.  (KARINE PIERRE / HANS LUCAS / AFP)

Ils appellent désormais à une mobilisation "sans précédent, par tous les moyens utiles et nécessaires". Le collectif La France en colère !!!, regroupant bon nombre de "gilets jaunes", a vivement réagi samedi 26 janvier dans la soirée, après qu'un des meneurs du mouvement, Jérôme Rodrigues, a été blessé à l'œil lors de leur 11e journée de mobilisation, à Paris. 

Le "gilet jaune" a reçu un projectile au niveau de l'œil en fin d'après-midi samedi, alors qu'il se trouvait face à des forces de l'ordre et qu'il filmait la manifestation en direct, place de la Bastille. Des photos et vidéos montrant la scène et son œil ensanglanté ont été largement relayées sur les réseaux sociaux. "Je vais perdre mon œil la famille", a écrit Jérôme Rodrigues sur Facebok samedi soir. 

La préfecture de police a saisi samedi soir l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, "afin que soient établies les circonstances dans lesquelles cette blessure est intervenue". Une plainte a été déposée contre X samedi soir auprès du procureur de la République de Paris, pour "coups et blessures volontaires", a confirmé à franceinfo Philippe de Veulle, avocat de Jérôme Rodrigues. La sœur du "gilet jaune" a porté plainte vers 22h30 samedi soir, au commissariat du 13e arrondissement de Paris. 

On me lance une grenade et derrière je me prends une balle (de défense). C'est de l'abattage dans les règles de l'art. (...) Je ne lâcherai rien.Jérôme Rodrigues à LCI

Sur Facebook, la France en colère présente Jérôme Rodrigues comme un "gilet jaune" "bien connu de tous par ses lives sur les réseaux sociaux et ses engagements à la cause". Qui est cette figure du mouvement ? Eléments de réponse. 

Un proche d'Eric Drouet

Jérôme Rodrigues est connu comme l'un des "gilets jaunes" proches d'Eric Drouet, l'un des premiers meneurs – et initiateurs – du mouvement. "Ils ont touché à toi mon ami, toi Jérôme qui filmais et qui étais pacifiste !" s'est indigné ce dernier sur Facebook samedi soir, face à la blessure à l'œil de Jérôme Rodrigues. 

Jérôme Rodrigues fait ainsi partie d'un "petit groupe d'historiques (...) et de 'liveurs' influents" gravitant autour d'Eric Drouet, explique L'Obs. On compte dans ce groupe Laetitia Dewalle, Farouk Largo, Ramous ou encore Mike Rambo, précise le magazine. Plusieurs d'entre eux ont confié à L'Obs que Jérôme Rodrigues était "un pacifique", "un gentil qui fédère", "un calme"

Ce groupe de "gilets jaunes", très populaire sur les réseaux sociaux, cherche à poursuivre au maximum la mobilisation sur le terrain, en particulier à Paris, relève LCI. Comme Eric Drouet, Jérôme Rodrigues a soutenu l'idée d'une "nuit jaune" à Paris samedi soir. "On fait flipper le gouvernement, c’est ce qu’on cherche", a-t-il déclaré lors d'une assemblée générale à Pontoise (Val-d'Oise), le 23 janvier. "L'idée de la nocturne, dans un premier temps, c'était de faire flipper le gouvernement, et ça a dix fois mieux marché qu'on pouvait l'espérer, a-t-il poursuivi, note le HuffPost. On a créé un stress." 

Un militant très suivi sur Facebook 

"Ça va la famille ?" Jérôme Rodrigues est également connu pour être un "gilet jaune" très actif, et très influent sur Facebook. Ses messages adressés aux "gilets jaunes" ont la particularité de souvent inclure ces deux mots : "la famille". Selon L'Obs, ce dernier répète allègrement que "les gilets jaunes, nous sommes une famille"

Sur son compte, Jérôme Rodrigues relaie très souvent des événements appelant à des manifestations. Il en a même organisé certaines, d'après le HuffPost. Jeudi, le "gilet jaune" a ainsi partagé deux appels : un pour une manifestation à l'occasion de la 11e journée de mobilisation, samedi à Paris, et l'autre pour la "nuit jaune" samedi soir, place de la République. Jérôme Rodrigues a également relayé l'appel d'Eric Drouet à la "grève générale" le 5 février. 

 

La page Facebook de Jérôme Rodrigues est également connue pour ses "lives", ses vidéos en direct particulièrement suivies lors des rassemblements de manifestants. Son dernier live samedi – interrompu quand il a été blessé à l'œil – a été partagé plus de 67 000 fois, et vu plus de 1,4 million de fois. 

Deux autres "lives" que le "gilet jaune" a réalisés samedi avaient été vus 79 000 et 92 000 fois dimanche matin. Et le 29 décembre, le direct de Jérôme Rodrigues à l'occasion de la septième journée de mobilisation du mouvement a recueilli 192 000 vues.

Un commerçant en reconversion

Quel est le parcours de cet homme vivant à Paris et originaire de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), selon son profil Facebook ? Dans un entretien au Luso Journal, un média s'adressant à la communauté portugaise en France, Jérôme Rodrigues raconte qu'il est d'origine portugaise. "Mon père est arrivé en France en 1978, il n’a pas fait partie de la grande vague d’émigration", relate-t-il. "Puis en 2016, ma mère et lui sont repartis au Portugal. Je suis originaire de Coimbra, dans le centre du pays, précise-t-il. J'adore ce pays qui est aussi le mien, et je me suis déjà posé la question d’aller y habiter." 

Dans cette même interview, Jérôme Rodrigues confie qu'il a "travaillé dans différents coins de la France" et qu'il a également vécu en Espagne. Le "gilet jaune" dit avoir "été dans le commerce pendant vingt ans", et être actuellement en reconversion professionnelle "pour être plombier". D'après L'Obs, il a géré un magasin de jouets parisien pendant quelques années, mais "un accident de vie affectif" l'a fait "tout plaquer". Jérôme Rodrigues s'est retrouvé un temps sans domicile fixe. 

"Depuis quelques mois, il se reconstruisait, en travaillant comme plombier sur des chantiers pour sa sœur", précise L'Obs. Il envisageait également de quitter la France pour le Portugal, pour poursuivre sa nouvelle carrière de plombier.