Affaire Geneviève Legay : son avocat dénonce une volonté de "nier les faits" de violences policières

Le ministère de la Justice exige des explications de la part du procureur de Nice, mis en cause dans sa gestion controversée de l'affaire. Pour l'avocat de Geneviève Legay, il y a une volonté de "masquer la réalité".

Geneviève Legay lors d\'un rassemblement de \"gilets jaunes\" à Nice, le 23 mars 2019.
Geneviève Legay lors d'un rassemblement de "gilets jaunes" à Nice, le 23 mars 2019. (VALERY HACHE / AFP)

Geneviève Legay, la militante d'Attac blessée fin mars lors d'une manifestation de "gilets jaunes" à Nice, "est encore affaiblie mais elle va de mieux en mieux", a affirmé samedi 13 avril son avocat sur franceinfo. "Elle est toujours à l'hôpital. Elle a encore les fractures du crâne qui ne sont pas résorbées, elle a toujours des hématomes sous-duraux, elle a des problèmes d'audition, de vue, une fracture du coccyx mais son moral va beaucoup mieux", explique Me Arié Alimi.

Le procureur de Nice va devoir s'expliquer sur la gestion de cette affaire devant le procureur général. Pour l'avocat de Geneviève Legay, non seulement il y a le problème "structurel" de "systématiquement nier les violences policières", qui se double ici par une volonté de "masquer la réalité".

franceinfo : Qu'attendez-vous de la procédure ?

Me Arié Alimi : Le procureur de la République est convoqué pour s'expliquer par rapport à ces exactions. Mais il est important de souligner qu'avant lui le préfet des Alpes-Maritimes a été muté en Seine-Saint-Denis, le 10 avril, en conseil des ministres et qu'on assiste à une sorte de nettoyage de tous ceux qui ont participé à cette affaire regrettable pour la République. Le procureur de la République est convoqué devant le procureur général de la cour d'appel d'Aix-en-Provence pour s'expliquer à la demande du ministre de la Justice. Pourquoi ? Parce qu'il a tout simplement menti au départ. Il a entrainé dans son sillage le président de la République, le préfet des Alpes-Maritimes mais également le maire de Nice, Monsieur Estrosi. C'est une procédure assez rarissime. On attend évidemment que ce procureur ne reste pas là où il est.

Comment expliquez-vous son comportement et plus globalement le traitement de l'affaire par les autorités ?

D'abord, je l'explique par un problème structurel des violences policières. Dans toute violence policière, il y a une communication qui consiste à nier l'évidence, à nier les faits systématiquement. Ça avait déjà été le cas dans l'affaire Rémi Fraisse, d'Adama Traoré. Toutes les violences policières donnent lieu à une négation des autorités. Donc ce n'est pas quelque chose d'inhabituel. En revanche, ici, ça se double d'un contexte local avec un procureur de la république qui a nié, et en plus désigné, pour masquer la réalité, une enquêtrice qui était la conjointe du commissaire divisionnaire qui peut être impliqué puisque c'est lui qui a donné la charge contre les quelques manifestants qui étaient sur la place.

Où en est l'enquête ?

On avait annoncé le dépôt de deux plaintes. Une plainte pour violences volontaires avec armes par personne dépositaire de l'autorité publique contre une personne vulnérable, et une plainte pour subornation de témoin puisque Geneviève Legay avait dès le départ dit que les enquêteurs qui étaient venus le lendemain de son agression avaient essayé de lui faire dire le contraire de la réalité, c’est-à-dire de lui faire dire que ce n'était pas un fonctionnaire de police qui l'avait fait tomber mais un cameraman qui n'avait rien à voir avec l'affaire. Ces deux plaintes n'ont pas été ouvertes en enquêtes préliminaires par monsieur le procureur de la République, ce que nous regrettons gravement. En revanche, une information judiciaire a été ouverte, confiée à trois juges d'instruction. Malheureusement quand je me suis présenté aux juges d'instruction, j'ai été un petit peu renvoyé dans les cordes puisqu'ils ne m'ont pas donné accès aux pièces et qu'ils ont visiblement considéré que cette affaire n'avait pas à être traitée avec la considération requise.