"Gilets jaunes" : à quoi va ressembler la mobilisation du samedi 12 janvier ?

A la veille du grand débat national voulu par le président de la République, des "gilets jaunes" ont prévu de se rassembler à nouveau, ce samedi, pour poursuivre le mouvement.

Un manifestant \"gilet jaune\", le 5 janvier 2019 à Rouen (Seine-Maritime).
Un manifestant "gilet jaune", le 5 janvier 2019 à Rouen (Seine-Maritime). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Nouveau week-end, nouvel "acte". A quelques jours du coup d'envoi du grand débat national, qui sera donné le 15 janvier par Emmanuel Macron, des "gilets jaunes" ont prévu de se rassembler, samedi 12 janvier, pour poursuivre le mouvement et afficher leur opposition au gouvernement. Voici à quoi il faut s'attendre.

Un premier rassemblement annoncé près de Paris

C'est la question de ce samedi. Sur Facebook, deux événements se détachent. Le premier, baptisé "Actes 9 : Paris Nous Revoilà", prévoit un rassemblement à la Défense, le quartier d'affaires aux portes de Paris. Trois mille personnes comptent y participer, 15 000 se disent intéressées. Mais l'événement est-il un leurre pour tromper les autorités, comme le fut le rassemblement annoncé à Versailles (Yvelines) pour l'"acte 6" ?

L'une des figures du mouvement, Eric Drouet, semble en tout cas continuer de privilégier la capitale pour ses actions : début janvier, il avait marqué son désaccord avec certains de ses collègues, estimant qu'"ils s'éloign[aient] trop de Paris"

Une seconde mobilisation organisée à Bourges

L'autre événement, "Acte 9 : Rassemblement des Gilets Jaunes au centre de la France", est organisé à Bourges (Cher) par le collectif La France en colère. Quelque 2 400 personnes déclarent qu'elles participeront, et 12 000 se disent intéressées. Ce second rassemblement a le soutien de deux figures du mouvement, Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle. Cette dernière a assuré mardi que la manifestation avait fait l'objet d'une déclaration en préfecture, ce qu'a contesté le lendemain la préfecture du Cher. Vendredi 11 janvier, la préfète, Catherine Ferrier, a interdit la manifestation "à l'intérieur du périmètre du centre-ville de Bourges". Les manifestants ont été autorisés à se rassembler place de Séraucourt, un vaste espace près du centre à l'extérieur du périmètre délimité.

Sur Konbini, Maxime Nicolle, plus connu sous le pseudonyme de Fly Rider, a expliqué le choix de Bourges. "On a voulu changer de ville pour faire en sorte que les gens n'aient pas beaucoup de distance à faire. C'est à peu près à distance équivalente de toutes les grandes villes. On voulait une ville un peu moins connue des forces de l'ordre pour éviter qu'il y ait du 'nassage', la tension qui monte", explique-t-il. Vendredi, Priscilla Ludoski annonce être en route pour Bourges dans une vidéo diffusée sur la page Facebook de Vécu.

Horodateurs enlevés, décorations de Noël retirées, hôtel de ville et musées fermés… Comme le raconte France 3 Centre-Val de Loire, la mairie de Bourges prend ses précautions avant la manifestation de samedi, tout comme certains commerçants. "Ils ont raison d'être inquiets, moi personnellement, je le suis", a déclaré le maire, Pascal Blanc. Mais le président de l'Office de commerce et d'artisanat de la ville préfère attendre le dernier moment pour se décider, à cause des soldes qui débutent. "On tirera le rideau s'il y a des échauffourées, mais seulement au dernier moment. Ce samedi-là, ce n'est juste pas possible de fermer", explique Stéphane Jacquet.

Interdiction de manifester à Reims

Deux arrêtés préfectoraux ont été pris par la préfecture de la Marne afin d'interdire les manifestations de samedi à 8 heures jusqu'à dimanche à 22 heures, dans certaines zones de Reims. Il s'agit de l’autoroute A344, dite "traversée urbaine de Reims", et des abords du stade Auguste Delaune. Sur son site, la préfecture dit vouloir "prévenir des troubles que ne manqueraient de provoquer ces manifestations". 

Le maire de Bourg-en-Bresse (Ain) avait également réclamé dans un tweet "que le centre ville soit totalement interdit" ce samedi "à toute manifestation". Contactée par franceinfo, la préfecture de l'Ain dit partager l'exaspération du Maire mais refuse toutefois d'interdire le centre-ville au manifestants. Cette décision "serait sans doute censurée par le tribunal administratif" justifie la préfecture. 

Environ 80 000 policiers et gendarmes mobilisés dans toutes la France

En début de semaine, le Premier ministre, Edouard Philippe, a dit un mot du dispositif déployé par les forces de l'ordre. "Il y aura près de 80 000 agents des forces de l'ordre, près de 5 000 policiers et gendarmes à Paris samedi prochain pour veiller à ce qu'il n'y ait pas de débordement", a-t-il expliqué sur TF1.

Un appel à retirer ses économies des banques

Enfin, certains membres des "gilets jaunes", dont Maxime Nicolle, ont appelé à un "référendum des percepteurs". Le principe est simple : retirer simultanément des sommes d'argent des banques, afin de paralyser leur fonctionnement. "Nous allons voter devant un distributeur de billets, explique un de ses promoteurs, Tahz San, sur YouTube. Samedi à 8 heures du matin, montre en main, nous allons tous voter en retirant notre argent. Peu importe que nous retirions 10 euros ou 1 000. (...) Vous avez vos billets dans la main, vous dites : 'a voté' . Tu votes, tu ruines l'Etat, jusqu'à ce qu'il cède sur le RIC. Et il cédera."

Cette idée n'est pas nouvelle. En France, Eric Cantona avait déjà porté, en vain, cette idée en décembre 2010. "Pour que cette démarche soit couronnée de succès, il faudrait que des millions de gens retirent leur argent, or personne ne le fera. Car avant d'être un attentat contre le système, une telle initiative représenterait un danger pour les épargnants eux-mêmes", expliquait Nicolas Bouzou, économiste du cabinet de conseil Asterès, dans Le Monde, au moment de l'appel d'Eric Cantona.

Une mobilisation des gitans à Paris ?

Dans une vidéo devenue virale, un membre de la communauté gitane met en garde le gouvernement en cas d'incarcération de Christophe Dettinger, le boxeur surnommé "le gitan de Massy" qui a frappé des gendarmes. "Si tu veux tous qu’on vienne samedi prochain ? Prends le garçon, ramasse le garçon !", lance-t-il. Un autre homme, dans une seconde vidéo, en appelle "au peuple gitan, manouche, yeniche pour qu’on se mobilise et qu’on monopolise Paris pour plusieurs jours". Christophe Dettinger a depuis été placé en détention provisoire.