VIDEO. "Le lobby du nucléaire l'a emporté", accuse Ségolène Royal après le discours d'Emmanuel Macron

L'ex-ministre de l'Environnement Ségolène Royal accuse Emmanuel Macron d'avoir accordé une victoire au "lobby du nucléaire" dans sa Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).

FRANCE INTER / RADIO FRANCE

Ségolène Royal, a ouvertement critiqué, mercredi 28 novembre sur France Inter, les annonces faites par Emmanuel Macron la veille. L'ancienne ministre de l'Environnement estime que le "lobby du nucléaire" l'avait "emporté".

Le président de la République a annoncé un report à 2035 (contre 2025 précédemment) de la réduction à 50% de la part du nucléaire dans le mix-énergétique français. "Je trouve cela désolant", a regretté Ségolène Royal, reprochant à Emmanuel Macron de "repousser" à plus tard les questions difficiles tout en envoyant un mauvais signal aux filières industrielles en lien avec la transition écologique.

La fermeture de Fessenheim était déjà actée. Rien de nouveau n'a été annoncé

Ségolène Royal

à France Inter

"Pendant le quinquennat, il n'y aura aucune décision à prendre, donc c'est une forme de confort : toutes les questions difficiles, on les repousse pour après", a critiqué Ségolène Royal. Pour l’ancienne ministre de l’Environnement, le report annoncé par Emmanuel Macron montre que le gouvernement "n'a pas confiance dans la montée en puissance des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique."

Ségolène Royal aurait préféré un peu de patience. "On aurait très bien pu attendre et voir en 2022 [s'il fallait repousser l'échéance de 2025], parce que là, on déstabilise toutes les filières industrielles qui se disent que l'Etat ne croit plus en notre capacité à monter en puissance", a-t-elle jugé.

"Pas de couperet en 2025"

L'ancienne ministre, qui avait fixé dans la loi de transition écologique la date de 2025 pour réduire de 50% la part du nucléaire dans l'énergie française, a également rejeté l'idée d'un "couperet" et d'une date qui était impossible à tenir, un argument souvent avancé par le gouvernement pour justifier ce report.

"Il n'y avait pas de couperet en 2025, j'avais pris soin de mettre 'l'horizon 2025', c'est à dire de pouvoir jouer sur quelques années pour pouvoir éventuellement repousser de quelques années et voir le moment venu, pour repousser cette échéance. C'était très pragmatique", a dit Ségolène Royal.

"Un danger pour la sécurité nucléaire"

"Je rappelle quand même qu'aujourd'hui, nous produisons en énergie renouvelable l'équivalent de six réacteurs nucléaires", a ajouté l’ancienne candidate à l’élection président de 2007, convaincue que la montée en puissance des énergies renouvelables est possible.

Si on réussit l'efficacité énergétique des bâtiments, c'est l'équivalent de quatre réacteurs nucléaires dont on pourrait du coup se passer

Ségolène Royal

à France Inter

L'ex-ministre de l'Environnement voit également dans ce report de 10 ans de la fin de vie d'un certain nombre de réacteurs un "danger pour la sécurité nucléaire". "Qu'est-ce que ça veut dire de repousser de 10 ans ? Ça veut dire maintenir des réacteurs nucléaires qui ont plus de 40 ans, ça veut dire des investissements massifs en terme de sécurité", a dit Ségolène Royal.

Ségolène Royal était l\'invitée de France Inter mercredi 28 novembre.
Ségolène Royal était l'invitée de France Inter mercredi 28 novembre. (FRANCE INTER / RADIO FRANCE)