Dans les calanques, il faut "se défaire de son comportement urbain", appelle le président du parc national Didier Réault

Des pics de fréquentation ont été atteints dans le parc national des calanques qui veut expérimenter un système de réservation pour accéder à la calanque de Sugiton pour limiter le nombre de visiteurs.

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Radio France
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La calanque de Sugiton en juillet 2020. Photo d'illustration. (VALERIE VREL / MAXPPP)

Dans les calanques, il faut "se défaire de son comportement urbain", a appelé jeudi 15 juillet sur franceinfo Didier Réault, président du parc national des calanques, dans les Bouches-du-Rhône, vice-président de la métropole d'Aix-Marseille-Provence, alors que le parc national connaît une fréquentation en hausse en ce début de vacances.

Cet afflux de visiteurs est "beaucoup moins sympathique pour la nature et sa préservation", a-t-il alerté. "Le comportement le plus emblématique, c'est de considérer les fonds de calanques comme le nouveau rooftop de Marseille, ça n'est pas possible", s'est agacé Didier Réault. Le parc national va donc expérimenter un système de réservation dans la calanque de Sugiton pour "limiter à 500 personnes par jour" le nombre de visiteurs.

franceinfo : Avez-vous constaté un afflux de touristes dans les calanques ?

Didier Réault : Depuis deux ans, on a une explosion de la fréquentation qui est sympathique pour la connaissance et l'apprentissage de la nature, mais beaucoup moins pour cette même nature et sa préservation. Il y a beaucoup de monde. Pas aujourd'hui parce qu'il y a un tel risque incendie que le massif est fermé. Mais c'est vrai que les jours de beau temps, on a beaucoup de monde. Cela reste de l'hyper-fréquentation.

Avez-vous anticipé l'afflux de touristes ?

On a anticipé parce qu'on a enclenché une campagne de communication qui a été appelée campagne de "démarketing" pour non pas dissuader les gens de venir, car le visiteur est le bienvenu dans le parc national des calanques, mais pas à n'importe quelles conditions. Il doit se défaire de son comportement urbain, donc, si possible, laisser sa voiture le plus loin possible des fonds de calanques, sans son enceinte connectée, sans sa cigarette et tout ce qui fait que l'on a ce comportement urbain dans la nature, car on vient chercher une sérénité, une tranquillité, une beauté des paysages. Le comportement le plus emblématique, c'est de considérer les fonds de calanques comme le nouveau rooftop de Marseille. Ça n'est pas possible.

Faut-il aussi contenir la fréquentation des bateaux ?

Les bateaux sont libres de naviguer. Ce qui pose problème, c'est l'ancrage sur les herbiers de posidonies. Le préfet maritime a enclenché un arrêté extrêmement important, qu'il a concerté avec l'ensemble des collectivités et le parc national. Et nous-mêmes, au sein du parc, nous avons proposé des solutions qui ont été retenues, notamment d'interdire l'ancrage dans les calanques d'En-Vau et de Port Pin, parce que ça détruit une plante emblématique qui est l'herbier de posidonie. Un hectare d'herbiers, c'est cinq fois de plus capteur de CO2 qu'un hectare de forêt tropicale et sept fois plus qu'une forêt tempéré.

La sur-fréquentation fragilise-t-elle les calanques ?

Oui, parce que quand on a trop de voitures sur certains sites, elles se garent sur l'espace naturel, elles érodent le sol. Les divagations des piétons pour trouver une place agréable, cela veut dire marcher sur des plantes. Par exemple, sur Sugiton, nous avons une calanque qui est très fréquentée, 2 500 personnes parfois par jour, et qui connaît ces phénomènes d'érosion, de déracinement des pins, de saccages des plantes emblématiques, comme l'astragale qui a été endommagé. La fréquentation, pas contrôlée, pas jugulée, est un handicap pour la nature et la biodiversité qui est le cœur de métier d'un parc national.

Au conseil d'administration, nous avons voté une délibération qui instaure une expérimentation sur la calanque de Sugiton pour un contingentement. Je vous ai parlé de 2 500 personnes sur ce site parfois. On souhaite le limiter à 500 personnes par jour à partir de février ou mars 2022. C'est un sujet important et difficile à caler. Donc il faut prendre une décision, le travailler avec les personnels du parc, le travailler avec les collectivités et les propriétaires terriens. Et puis il faut commencer à "culturer" la population, le visiteur qui va venir, qui va petit à petit apprendre qu'il faut réserver pour aller à Sugiton. Cela se fera par l'application "Mes Calanques", avec un système de réservation style SNCF, par exemple, un mois avant, puis après une ouverture des places quelques jours avant. Et de l'information et de la communication bien en amont. C'est pour ça qu'il faut prévoir les choses six mois à l'avance.

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