Retraites : "Il faudra rechoisir" entre durée de cotisation et âge pivot, estime Jean-Paul Delevoye

Interrogé par France Bleu Nord, le Haut-Commissaire aux retraites explique que le "débat aura lieu" et qu'il faudra "rechoisir" entre durée de cotisation et âge pivot. 

Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites, le 10 octobre 2018, à Paris.
Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites, le 10 octobre 2018, à Paris. (MAXPPP)

Jean-Paul Delevoye qui fait son entrée au gouvernement en tant que Haut-Commissaire aux retraites est revenu ce mercredi 4 septembre sur France Bleu Nord sur sa nomination mais également sur la réforme qu'il s'apprête à présenter au Parlement. Une nomination qui s'inscrit "dans la poursuite logique" de sa mission et qui lui donne "l'autorité publique et la légitimité pour effectivement présenter la loi au Parlement", a-t-il expliqué. 

Alors qu'Emmanuel Macron a indiqué fin août qu'il préférait "un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l'âge", Jean-Paul Delevoye estime qu'"il faudra rechoisir et peut-être tirer une synthèse de ces deux positions" que sont la durée de cotisation et l'âge pivot.

France Bleu Nord : Comment avez-vous su que vous alliez rentrer au gouvernement ?

Jean-Paul DelevoyeC'était quelque chose qui était dans la poursuite logique de la première phase qu'était l'élaboration du rapport, avec laquelle le président m'avait demandé de pouvoir engager un dialogue citoyen avec les partenaires sociaux. Maintenant, on rentre dans la phase de préparation de la loi, sous l'autorité du Premier ministre, et le président m'a fait confiance pour aider à écrire la loi, à présenter la loi, à défendre la loi, dans une démarche qu'il a souhaité citoyenne et participative, et donc c'est une décision logique. Mais je mesure la confiance que me font le président et le Premier ministre sur ce sujet extrêmement important sur un contrat social du XXIe siècle. Ça donne l'autorité politique et la légitimité pour effectivement présenter la loi au Parlement.

Emmanuel Macron a annoncé sa préférence pour une modulation de la durée de cotisation plutôt que de l'âge de départ. N'est-ce pas compliqué de commencer avec une sorte de fausse note ?

Non, dans mon rapport, il y avait deux propositions. Il y a plusieurs sujets qui sont importants. Nous avons proposé dans notre rapport de réduire l'écart entre les hommes et les femmes, de redistribuer en fonction des retraites les plus précaires et de faire en sorte qu'à cotisation égale, retraite égale. Métier identique, retraite identique. Et sur des problématiques d'âge qui sont très importantes, le président a souhaité maintenir une liberté de choix à partir de 62 ans et, comme dans le système actuel, de réfléchir à la notion du taux plein qui est liée à la durée. Moi j'ai fait une autre proposition, une autre préférence, et le débat aura lieu et il faudra rechoisir et peut-être tirer une synthèse de ces deux positions.

Comment s'annonce le dialogue avec les organisations syndicales ?

Le Premier ministre reçoit dès jeudi les organisations syndicales et dès la semaine prochaine, il tirera la synthèse de ces rencontres et il aura l'occasion, à ce moment-là, de fixer le calendrier, la séquence, la méthode, et tout se fera de façon très claire. En ce qui me concerne, j'ai vécu une année et demie de richesse humaine, de rencontres extrêmement riches sur le plan humain, et extrêmement riches sur le plan de la densité et du dialogue, avec une franchise. Les organisations syndicales ont très clairement exprimé qu'elles étaient opposées à la remise en cause des 42 régimes et affichent leurs positions de façon très claires. Moi je les respecte, je souhaite non plus avoir le débat français qui consiste à écraser celui qui ne pense pas comme vous, mais nourrir la controverse et s'enrichir de la différence, et ils ont aussi exprimé un certain nombre d'inquiétudes et d'interrogations. Et ces inquiétudes et ces interrogations, je me dois d'y répondre.