Réforme des retraites : "62 ans, c'est déjà à la limite du supportable", estiment ces cadres qui veulent que l'on reconnaisse la "pénibilité psychique" du travail

Le gouvernement souhaite prendre en compte l'usure physique dans son projet de réforme des retraites. Plusieurs syndicats demandent à ce que les syndromes liés à l'usure psychique soit également reconnus comme maladies professionnelles

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Radio France
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Dans le quartier de La Défense (illustration). (MARTIAL COLOMB / PHOTODISC VIA GETTY IMAGES)

Le gouvernement l'a promis, l'usure professionnelle sera prise en compte dans le cadre du report de l'âge légal prévu par la prochaine réforme des retraites, qu'Elisabeth Borne souhaite fixer à 65 ans. Mais il s'agit uniquement d'usure physique et non d'usure psychologique ou mentale, dont patissent de plus en plus de cadres.

>> Réforme des retraites : "report progressif" de l'âge légal de départ, fin des régimes spéciaux... Les pistes présentées par Elisabeth Borne

C'est ce que raconte cette manageuse, qui souhaite rester anonyme. "J'ai 58 ans, je travaille dans un grand groupe et je dirige des équipes depuis près de 30 ans, raconte-t-elle. J'aime mon métier mais là, je n'en peux plus. J'ai toujours plus de missions et de pression pour atteindre les objectifs".

Surtout, précise-t-elle, on lui demande de travailler les week-ends, de pouvoir consulter ses mails y compris les jours de congés. "Je le fais mais ce n'est pas par plaisir. Je le fais car c'est le manager qui est responsable en cas de probleme..." Personne ne semble s'intéresser à sa charge de travail. "Se plaindre est vu comme un manque de professionnalisme ou un signe de déloyauté. Les heures sup et la disponibilité totale, combien de fois on m'a dit que j'étais payée pour ça ? Alors attendre 62 ans pour partir à la retraite, c'est déjà à la limite du supportable. J'aimerais bien que ce stress lié aux responsabilités soit reconnu." 

"On fuit le travail, on en a marre"

Chez les cadres intermédiaires, écartelés entre la direction et le terrain, cette souffrance au travail est bien réelle, affirme Bernard Salengro, médecin du travail dans un service inter-entreprise. "Cette pénibilité psychique existe, c'est une vraie usure. J'en veut pour symptôme l'étonnement qu'on a eu lorsque des cadres ont racheté des années d'études qui coûtent pourtant cher. Tous ceux que j'ai pu interroger disaient : on fuit le travail, on en a marre, on ne supporte plus. On ne veut pas la retraite pour la retraite et les vacances, on veut fuir ces conditions de travail inhumaines et délétères."

Face au projet de report de l'âge légal de la retraite à 64 ou 65 ans, plusieurs syndicats demandent que les syndromes liés à l'usure psychique soit reconnus comme maladies professionnelles. Pour inciter les entreprises à améliorer les conditions de travail. Et aménager les dernières années avant la retraite.

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