Île-de-France : le blocage des sites d'incinération des déchets, une "catastrophe écologique", dénonce l'agence de gestion

Les trois plus importants sites d'incinération d'Ile-de-France sont bloqués depuis le 23 janvier par la CGT Énergie, en opposition au projet de réforme des retraites.

Blocage du centre d\'incinération d\'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 15 janvier 2020.
Blocage du centre d'incinération d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 15 janvier 2020. (FAUSTINE MAUERHAN / FRANCE-BLEU PARIS)
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La CGT-Energie bloque depuis une semaine les trois plus grands sites d'incinération des déchets d'Ile-de-France, en opposition au projet de réforme des retraites. Pour Martial Lorenzo, directeur général du Syctom, l'agence métropolitaine des déchets ménagers, qui gère ce site, ce blocage représente une "catastrophe écologique", qui "risque de bloquer la collecte", mais aussi pourrait présenter "un risque" dans l'alimentation en chauffage des hôpitaux parisiens et de quelques 300 000 logements franciliens.

franceinfo : Que deviennent les déchets si on ne peut pas les incinérer ? On les enfouit ?

Martial Lorenzo : Aujorud'hui, notre seule solution c'est d'envoyer 20 000 tonnes de déchets ménagers en décharge, dans les centres d'Ile-de-France, et en particulier en Seine-et-Marne. Ce sont des casiers étanches qui permettent d'enfouir des déchets ménagers. Chaque année le Syctom en enfouit environ 6%, parce que nous avons des problèmes de capacité, mais aujourd'hui nous sommes à 85% d'enfouissement. Habituellement, on enfouit 100 à 150 000 tonnes par an, et là on est à pratiquement 50 000 tonnes en quelques jours.

Et cela commence à poser problème ?

D'abord c'est une catastrophe écologique, l'enfouissement. Ensuite cela pose un problème de transport, de beaucoup de véhicules sur la route, puisque les camions doivent faire 50 km. Enfin et surtout, cela risque de bloquer la collecte puisque nos capacités de transfert ne permettront pas d'accueillir toutes les bennes à ordures. On risque la saturation des sites de transfert. Les bennes à ordures ont des petits réservoirs, elles ne sont pas faites pour faire beaucoup de kilomètres. Et on est obligés de transférer la benne à ordures dans un semi-remorque. Ce centre de transfert est évidemment saturé parce qu'il n'est pas prévu pour recevoir 400, 500 bennes par jour. Il y a la queue, les rotations ne se font plus, donc le risque c'est les ordures ménagères non collectées. Cela a déjà malheureusement commencé dans quelques communes et arrondissements parisiens. Hier le président du Syctom a décidé de demander une réquisition à l'État. Il a la capacité d'obliger les personnels, au nom de la salubrité publique, de remettre en fonctionnement les usines. Pour le moment nous attendons une réponse de l'État.
On n'a jamais connu ça, c'est un peu inédit. On a eu des mouvements sociaux, mais jamais sur les trois usines en même temps.

La vapeur des incinérateurs fournit de l'énergie au chauffage urbain. Y a-t-il un risque d'arrêt du chauffage ?

Effectivement, c'est un problème. D'abord financier, puisque c'est une recette que le Syctom n'encaisse plus. Nous ferons notre affaire de ce manque à gagner. Mais c'est surtout un risque pour la CPCU, qui distribue. Le Syctom produit 45% de la vapeur qui est distribuée par la CPCU. Or le réseau distribue toute l'AP-HP [les hôpitaux de Paris], de nombreux ministères et 300 000 logements. On peut avoir un risque de rupture de l'alimentation. La CPCU a compensé en faisant fonctionner ses secours. Mais s'il s'avère qu'il fait beaucoup plus froid, ou s'il s'avérait, par malheur, q'une installation tombe en panne, alors il y aurait un réel danger.